Une femme enceinte en tenue professionnelle dans une salle de mairie, près d'une fenêtre.

Une maire japonaise prend un congé maternité que la loi ne prévoit pas

À 35 ans, elle sera la première maire du Japon à s'arrêter pour accoucher. Sans cadre légal. Un vide juridique que la France connaît aussi.

Mise en perspective

À Yawata, petite ville de sanctuaires et de cerisiers au sud de Kyoto, la maire a annoncé une nouvelle banale presque partout ailleurs : elle attend un enfant et compte s’arrêter quelques semaines. Le Japon s’est enflammé. Dans la quatrième économie du monde, aucun texte ne prévoit qu’une élue municipale prenne un congé maternité. Le contraste avec la France saute aux yeux : ici, les femmes tiennent environ 20 % des mairies, contre à peine 4 % des exécutifs municipaux japonais, mais les deux pays partagent le même silence juridique.

Façade d'une mairie japonaise avec cerisiers et une porte de sanctuaire au loin.
Yawata, au sud de Kyoto : c’est de cette petite ville qu’est parti un débat national.

Le fait

Shoko Kawata, 35 ans, dirige Yawata depuis qu’elle est devenue, à 33 ans, la plus jeune femme maire du pays. Diplômée d’économie de l’université de Kyoto, elle a fait carrière dans l’administration locale avant de conquérir la mairie. Elle prévoit aujourd’hui de se retirer quatre mois, deux avant et deux après un terme attendu à la mi-septembre, une première pour un maire japonais. Faute de cadre légal, elle ne sera pas officiellement en congé : elle a confié l’intérim à son adjoint, Shigeto Nose, qui exercera l’autorité municipale pendant son absence. Son adjoint le reconnaît lui-même : beaucoup observent comment un tel cas, une femme qui accouche en cours de mandat, peut se gérer concrètement.

Notre lecture

L’ampleur des réactions en dit long. Sur les réseaux, des milliers de messages se sont opposés, certains jugeant la décision irresponsable, d’autres estimant qu’une élue ne devrait pas toucher son salaire pendant cette période. Ce tollé éclaire une réalité têtue : les femmes ne représentent qu’environ 4 % des 1 720 exécutifs municipaux du pays. Au classement du Forum économique mondial sur les écarts de genre, le Japon pointe au 118e rang sur 146, dernier des pays du G7. Le débat déborde le cas d’une élue : il interroge la place des femmes en politique, dans un pays où grossesse et harcèlement figurent parmi les freins identifiés à leur engagement.

La nuance

Le Japon n’est pas dépourvu de droits parentaux. Les salariées disposent de six semaines avant l’accouchement et huit après, les pères de congés dédiés, et un dispositif de congé parental existe pour soutenir la natalité. Mais l’usage reste freiné par les habitudes de travail, surtout chez les hommes. Et ces règles ne couvrent pas les élues à temps plein : c’est le statut de maire, pas le droit commun, qui reste muet. D’où les critiques sur le maintien du salaire, que Kawata rejette fermement, refusant d’exclure de la vie publique toutes les femmes en âge d’avoir un enfant.

À surveiller

La France connaît le même angle mort. En 2024, la maire de Poitiers, Léonore Moncond’huy, a vu son indemnité suspendue pendant son congé maternité, faute de disposition légale. Le cas avait fait réagir jusqu’au président de l’Association des maires de France. Depuis, une proposition de loi portant statut de l’élu local, cosignée par 308 sénateurs sur 348, vise à combler ce vide. Le sujet dépasse la parité : il touche à la crise des vocations, quand des centaines de communes peinent déjà à trouver des candidats.

Une comparaison résume l’écart. Tokyo et Paris partagent le même silence juridique sur le congé des élues, mais pas la même présence féminine dans les mairies.

Part des femmes dans les mairies : environ 4 % des exécutifs municipaux au Japon contre environ 20 % des maires en France.
Graphique Actu Alt Plus. Même vide juridique sur le congé maternité, présence féminine très différente : la France compte cinq fois plus de femmes aux commandes des mairies. Sources : Resonate Voices, d’après le WEF ; Public Sénat.
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La France part de plus loin dans les textes, mais elle aussi laisse ses maires sans filet quand la vie s’en mêle. La différence tient moins au droit qu’à la marche que chaque pays accepte de franchir, et à la vitesse à laquelle il la franchit. À Nantes, la maire Johanna Rolland résumait déjà en 2024 des règles héritées d’une époque où la plupart des édiles étaient des hommes, créant une inégalité de fait entre femmes et hommes en politique.

Une écharpe tricolore de maire pliée sur un bureau en bois, bureau vide.
En France aussi, une maire peut se retrouver sans filet : le cas de Poitiers l’a montré en 2024.

Kawata dit espérer une chose simple : que son cas surprenne, puis devienne ordinaire. Elle veut, dit-elle, une société où il soit banal, pour une femme, de mener de front un mandat et une famille, sans avoir à choisir. Le jour où plus personne ne s’en étonnera, le débat aura déjà changé de camp, à Yawata comme à Poitiers. En attendant, une élue de 35 ans aura, sans le vouloir, mis un mot sur un impensé que deux pays du G7 avaient laissé dans l’ombre.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Malik » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Monde & Pop Monde : l’actualité internationale reliée à la France, avec ce qu’elle change ici.

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