
En août 2022, un béluga égaré remontait la Seine jusqu’à l’écluse de Notre-Dame-de-la-Garenne, à une centaine de kilomètres de Paris. Les images avaient fait le tour du monde. L’animal, qui n’avait rien à faire dans un fleuve normand, est mort quelques jours plus tard malgé les tentatives de sauvetage. Cette intrusion dans notre quotidien avait révélé à quel point on sait peu de choses sur ces baleines blanches. Une étude publiée dans Frontiers in Marine Science et relayée le 4 juin 2026 vient de lever un coin du voile : les bélugas ont une vie amoureuse bien plus complexe qu’on ne le pensait, et c’est peut-être ce qui les maintient en vie.
L’étude a été menée en baie de Bristol, en Alaska, par une équipe de la Florida Atlantic University dirigée par le Dr Greg O’Corry-Crowe. Sur 13 ans, les chercheurs ont collecté de petits prélèvements de tissu sur 623 bélugas, en collaboration avec des chasseurs subsistants autochtones de la région. Le profil génétique de chaque animal a ensuite été établi, permettant de reconstituer des arbres de filiation. Résultat : mâles et femelles ont des petits avec des partenaires différents au fil des années. Quand des bélugas partagent un parent, ils n’en partagent généralement qu’un seul.

Jouer la montre sur 90 ans
Ce que les scientifiques attendaient, c’est un système polygyne classique : quelques grands mâles dominants qui concentreraient la quasi-totalité des accouuplements. C’est ce qu’on observe chez beaucoup de grands mammifères marins, et la morphologie des bélugas mâles, plus grands que les femelles, laissait présager une compétition intense. « Les mâles bélugas étaient bien polygames, mais, étonnamment, seulement modérément », note O’Corry-Crowe. L’environnement aquatique tridimensionnel limite la capacité d’un mâle à contrôler plusieurs femelles. Mais il existe un autre facteur : les bélugas peuvent vivre jusqu’à 90 ans, peut-être plus. Un mâle n’a pas besoin de s’imposer brutalement dans une saison s’il peut sécuriser quelques accouplements chaque année pendant des décennies.
Du côté des femelles, la logique est différente. Elles ont délibérément varié leurs partenaires d’une saison reproductive à l’autre, sur toute une longue vie fertile. « Cela pourrait être une stratégie pour limiter le risque de s’accoupler avec des mâles de mauvaise qualité », explique le chercheur. C’est ce que les biologistes appellent du « bet-hedging », une façon de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier génétique.
La conséquence est saisissante. Cette population de baie de Bristol ne compte que 2 000 individus environ. Pour une telle taille, on s’attendait à trouver une diversité génétique appauvrie et des signes de consanguinité élevée. C’est exactement l’inverse. La diversité génétique de ces bélugas est comparable à celle de populations bien plus grandes, et elle est restable stable dans le temps. Le changement fréquent de partenaire limite le nombre de descendants fortement apparentés dans la population, réduisant ainsi le risque que deux individus trop proches se reproduisent.

Ce que 13 ans d’ADN changent
« On ne peut pas se permettre d’être complaisants, mais on peut être optimistes : les stratégies d’accouplement des bélugas fournissent une preuve de la résilience de la nature », résume O’Corry-Crowe. C’est une conclusion rare dans les études sur les grands mammères marins, souvent dominées par des bilans alarmants. Ici, la logique évolutive semble avoir trouvé une réponse efficace à l’isolement et à la petite taille de la population.
Les chercheurs précisent cependant que ces résultats ne sont pas nécessairement représentatifs de toutes les populations de bélugas. Les individus de baie de Bristol présentent un dimorpshisme sexuel relativement faible entre mâles et femelles, ce qui pourrait signaler une compétition mâle moins intense que dans d’autres sous-populations. O’Corry-Crowe travaille précisement sur cette variable, en utilisant des drones pour observer des comportements d’accouplement en milieu naturel. « Plus de détails bientôt », promet-il.
En attendant, l’image qui reste c’est celle d’une baleine blanche qui vit presque un siècle, qui parcourt des milliers de kilomètres sous la glace arctique et qui, à chaque saison de reproduction, choisit un nouveau partenaire. Une forme de liberté, au fond de l’océan.
En bref
Comment les chercheurs ont-ils étudié les bélugas ?
En collectant des échantillons de tissu sur 623 bélugas de la baie de Bristol, en Alaska, sur 13 ans. L’analyse ADN a permis de reconstituer des arbres de filiation et d’identifier les schémas de reproduction.
Qu’est-ce qui est vraiment surprenant dans ces résultats ?
Que les femelles changent aussi de partenaire, pas seulement les mâles. Et que malgré une population de seulement 2 000 individus, la diversité génétique reste élevée et stable, sans signes importants de consanguinité.
Pourquoi les bélugas vivent-ils si longtemps ?
Les bélugas peuvent atteindre 90 ans, peut-être plus. Cette longévité est probablement un avantage évolutif lié à leur environnement arctique, et elle joue un rôle clé dans leur stratégie de reproduction étalée sur toute une vie.
Est-ce que tous les bélugas fonctionnent de cette façon ?
Pas nécessairement. L’étude porte sur une seule population (baie de Bristol) qui présente un faible dimorpshisme sexuel. D’autres populations pourraient avoir des systèmes d’accouplement différents.
Quel est le lien avec la France ?
En août 2022, un béluga égaré avait remunté la Seine jusqu’à la Normandie, suscitant une forte émotion avant de mourir. Cet épisode avait révélé à quel point cette espèce reste méconnue du grand public.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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