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Décryptage
Ils sont arrivés avec un contrat de travail, un diplôme reconnu, parfois toute une famille dans les valises. Et près de 260 000 d’entre eux ont fini par refaire leurs cartons pour quitter l’Allemagne. Le pays le plus riche d’Europe n’a aucun mal à attirer les talents venus d’ailleurs, montre une vaste enquête présentée à Berlin début juillet 2026 : son problème, c’est de les garder. Or la deuxième raison de ces départs n’est ni le salaire ni le climat, c’est la lourdeur administrative.
En bref
- Environ 260 000 immigrés ont quitté l’Allemagne après y avoir posé leurs valises, selon une enquête de l’Institut de recherche sur l’emploi (IAB) présentée à Berlin début juillet 2026.
- La bureaucratie arrive en deuxième cause de départ (32 %), juste derrière les raisons familiales (39 %).
- Parmi les partants, 60 % rentrent au pays et 40 % filent vers un autre pays, l’Espagne en tête.
- Côté France, les visas Passeport Talent ont bondi de +90 % en quatre ans, de 12 590 à 23 979.
Recruter beaucoup, retenir mal
Le constat vient de l’Institut de recherche sur l’emploi (IAB), le centre d’études rattaché à l’agence fédérale allemande pour l’emploi. Depuis fin 2024, ses chercheurs suivent un panel baptisé IMPa, un vaste sondage en ligne mené auprès d’environ 50 000 personnes nées à l’étranger et installées en Allemagne, âgées de 18 à 65 ans.
Un premier volet, publié à l’été 2025, avait déjà lâché un chiffre inconfortable : un immigré sur quatre songeait à repartir. Le nouveau suivi, poursuivi jusqu’en février 2026 auprès de plus de 15 000 de ces mêmes personnes, mesure cette fois les départs réels. Environ 3 % avaient formé un projet de départ, 2,6 % l’ont concrétisé. Rapporté à l’ensemble, cela représente près de 260 000 personnes qui ont bel et bien plié bagage, comme le détaille l’enquête de l’IAB.
La paperasse, deuxième raison de plier bagage
Quand on demande à ces partants pourquoi ils ont quitté l’Allemagne, un motif domine : les liens de couple et de famille, cités par 39 % d’entre eux. Mais juste derrière arrive une cause que l’on n’attend pas dans une grande économie : la bureaucratie, mentionnée par 32 % des partants. Devant un tel score, difficile de parler de hasard.
Dans le détail, les personnes interrogées pointent des demandes administratives restées sans réponse, des frais élevés et des procédures illisibles. Reconnaissance des diplômes, permis de séjour, délais de naturalisation : chaque étape ajoute sa dose de découragement. Lorsque les démarches sont vécues comme longues, incompréhensibles ou difficiles d’accès, cela peut peser sur l’envie de rester, résume une chercheuse de l’institut, Julia Reinold, citée par la Berliner Zeitung.

Le sentiment d’être mal accompagné revient sans cesse : plus d’un partant sur deux aurait souhaité davantage d’aide de l’agence pour l’emploi ou du centre d’insertion pour trouver du travail ou faire reconnaître ses compétences.
Ceux qui rentrent, ceux qui filent ailleurs
Tous ne repartent pas au même endroit. Six partants sur dix rentrent dans leur pays d’origine, souvent la Croatie, la Turquie, la Pologne ou la Roumanie. Les quatre autres sur dix ne rentrent pas chez eux : ils rebondissent vers un autre pays, et c’est là que la concurrence européenne se lit à l’oeil nu.
Parmi ces 40 % qui poursuivent leur route ailleurs, l’Espagne rafle la plus grosse part, devant la Suisse, l’Italie et la Croatie. Autant de voisins qui récupèrent, sans effort de recrutement, des profils que l’Allemagne avait mis des mois à faire venir.

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Le message est limpide : une partie du travail d’attraction allemand profite en réalité au reste de l’Europe.
Le portrait-robot du partant
Le plus gênant pour Berlin tient à l’identité de ces partants. Ce ne sont pas les moins intégrés qui s’en vont, mais souvent les plus qualifiés : des personnes jeunes, très diplômées, qui disposent de vraies chances ailleurs. Ce sont, très exactement, celles dont le pays a besoin pour combler sa pénurie de main-d’oeuvre.
Le premier volet de l’étude l’avait déjà pointé secteur par secteur. Dans l’informatique et la communication, la finance et l’assurance ou les services aux entreprises, entre 30 et 39 % des personnes interrogées envisageaient de partir. Même dans des métiers en tension comme la santé, l’industrie ou la logistique, la proportion oscillait entre 24 et 28 %. S’y ajoute un facteur plus sourd : ceux qui ne se sentent pas vraiment bienvenus pensent plus souvent à faire leurs valises.
Le remords d’après
Il y a, dans cette étude, un chiffre qui devrait retenir l’attention des responsables politiques : 53 % des partants confient qu’avec le recul, ils seraient bien restés en Allemagne. Le départ n’est donc pas toujours une rupture assumée, c’est parfois un renoncement faute de mieux.
Cela change tout pour l’action publique. Un talent qui part en claquant la porte est presque perdu d’avance. Un talent qui part à regret peut être retenu, à condition de lever les obstacles à temps. Pour une politique migratoire tournée vers l’avenir, encourager les arrivées ne suffit pas, il faut aussi créer des raisons de rester, plaident les chercheurs de l’institut.
La France sur la même ligne de départ
La scène n’a rien d’allemand : la France court après les mêmes profils, et commence tout juste à mesurer sa propre attractivité. Son principal outil, le visa Passeport Talent, a connu un envol spectaculaire. Selon un rapport parlementaire de septembre 2025 qui reprend les chiffres de la Direction générale des étrangers en France, le nombre de ces visas a bondi de 90 % en quatre ans, passant de 12 590 en 2020 à 23 979 en 2024.
Dans le détail, ce sont les scientifiques et chercheurs (près de 4 924 visas en 2024) et les entrepreneurs qui tirent la hausse, ces derniers passant de 516 à 1 444 en quatre ans. Une dynamique réelle mais fragile : le même rapport pointe des délais administratifs et des écarts de traitement d’un consulat à l’autre. Le mal allemand n’est jamais très loin.
| Catégorie de visa Passeport Talent | 2020 | 2024 |
|---|---|---|
| Total des visas | 12 590 | 23 979 |
| Salariés qualifiés | 2 700 | 5 063 |
| Scientifiques et chercheurs | 3 185 | 4 924 |
| Entrepreneurs et investisseurs | 516 | 1 444 |
Le tableau raconte la même histoire que l’Allemagne, à l’envers : ouvrir la porte ne sert à rien si l’on oublie de la maintenir ouverte.

Surtout, la France ne joue pas seule : elle est en compétition directe avec l’Allemagne, le Canada et le Royaume-Uni pour attirer les mêmes chercheurs, soignants et ingénieurs. Retenir devient un avantage compétitif autant qu’un enjeu social.
Retenir coûte moins cher que recruter
Au fond, l’histoire allemande ressemble à celle d’un seau percé. On verse de l’eau par le haut, on organise des salons de recrutement, on simplifie les visas d’entrée, pendant qu’une partie s’échappe par en bas, découragée par un guichet qui ne répond pas. Recruter un ingénieur à l’autre bout du monde coûte cher et prend du temps ; réparer une procédure de séjour coûte beaucoup moins.
C’est peut-être la vraie leçon de cette enquête pour tous les pays vieillissants, France comprise : la bataille des talents ne se gagne pas seulement à l’aéroport d’arrivée. Elle se joue aussi, des mois plus tard, au guichet d’une préfecture ou d’un service des étrangers, là où l’on décide, sans le savoir, qui aura envie de rester.
Questions courantes
Combien d’immigrés ont quitté l’Allemagne ?
Environ 260 000, selon l’IAB : 2,6 % des personnes interrogées qui avaient formé un projet de départ l’ont concrétisé entre 2024 et début 2026.
Pourquoi partent-ils ?
D’abord pour des raisons de couple ou de famille (39 %), puis à cause de la bureaucratie (32 %) : démarches longues, frais élevés, procédures jugées illisibles.
Où vont ceux qui s’en vont ?
Six sur dix rentrent dans leur pays d’origine ; quatre sur dix repartent ailleurs, surtout en Espagne, en Suisse, en Italie et en Croatie.
Qui est le plus tenté de partir ?
Souvent les plus qualifiés : des personnes jeunes et diplômées, en particulier dans l’informatique, la finance et les services aux entreprises.
La France est-elle concernée ?
Oui : elle attire de plus en plus de talents, avec 23 979 visas Passeport Talent en 2024, mais rivalise avec l’Allemagne, le Canada et le Royaume-Uni pour les mêmes profils.
Que recommandent les chercheurs ?
Accélérer et clarifier les démarches administratives, mieux accompagner l’insertion professionnelle et créer de vraies perspectives pour rester, pas seulement pour venir.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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