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Publié le 9 mai 2026 · Mis à jour le 20 mai 2026 à 12h52
Un groupe de classe peut tenir dans une poche. Il peut aussi rallumer l’humiliation à 22 h 43, quand l’école est fermée, que le CPE n’est plus là et qu’un enfant croit enfin être rentré chez lui. Voilà le vrai sujet des réseaux sociaux avant 15 ans: des insultes qui suivent jusqu’à la chambre, des captures qui tournent sans fin, des embuscades organisées dans des fils privés, des rendez-vous pour coincer un élève à la sortie, et parfois des scarifications qu’un parent découvre trop tard sur un bras ou une cuisse.
Le texte avance, mais il avance tard. Le Sénat indique qu’il a adopté avec modifications, le 31 mars 2026, la proposition de loi visant à protéger les mineurs des risques des réseaux sociaux. L’Assemblée nationale mentionne ensuite un dépôt pour une deuxième lecture le 1er avril 2026. Entre-temps, la loi de 2023 sur la majorité numérique existe déjà sur Légifrance. Trois ans de latence, dans la vie numérique d’un collégien, ce n’est pas un détail. C’est parfois tout un collège. — à lire aussi : Chèque énergie numérique : le code aide, mais l’oubli coûte encore.
Quand l’école ne ferme plus vraiment
Le harcèlement avait autrefois des lieux. La cour, le bus, le couloir, le vestiaire. Le numérique lui a donné une rallonge: la maison. Service-public.fr rappelle que le cyberharcèlement repose sur une répétition des faits et peut être commis par une seule personne ou par un groupe, même si chaque membre n’agit pas plusieurs fois. Dit autrement: le téléphone a supprimé la sonnerie de fin de journée.
Les chiffres récents rendent le problème impossible à minimiser. Le baromètre 2025 publié par e-Enfance évoque 37 % de jeunes touchés par le harcèlement ou le cyberharcèlement, 41 % des jeunes cyberharcelés via WhatsApp, et un quart des cas sur des groupes de classe. Info.gouv.fr rappelait déjà que 28 % des collégiens et 23 % des lycéens se déclaraient victimes de cyberharcèlement en 2022. Ce n’est plus un bruit de fond. C’est un problème d’ambiance scolaire prolongé jusqu’au lit.
Scarifications, sommeil cassé, estime de soi: la preuve existe
Le mot « perdition » est trop large pour une démonstration scientifique. Mais les traces, elles, sont bien documentées. Une revue systématique publiée dans JAMA Pediatrics, fondée sur des études longitudinales, associe l’usage des réseaux sociaux à davantage de symptômes dépressifs, de comportements problématiques, de pensées d’automutilation et de moindre réussite scolaire. On peut discuter les degrés d’intensité. On ne peut plus dire que le risque psychique est une invention de parents inquiets.
L’Anses a rendu, en décembre 2025, un avis sur les usages des réseaux sociaux numériques et la santé des adolescents. Le CCNE et le CCNEN en tirent une conclusion sévère: les mécanismes actuels peuvent toucher le sommeil, l’attention, l’estime de soi, l’image corporelle, l’automutilation et le suicide. La vraie violence de la situation est là: la preuve est déjà disponible, mais la sauvegarde des enfants prend encore trop de temps.
La loi protège, mais les parents éduquent
Une interdiction avant 15 ans peut être utile. Elle peut obliger les plateformes à cesser de faire semblant, à vérifier l’âge, à réduire certains mécanismes de recommandation et à mieux protéger les mineurs. Mais elle n’effacera pas à elle seule le téléphone dans la chambre, le compte public ouvert en cachette, les notifications laissées toute la nuit ou le groupe où l’on se moque d’un élève sans discontinuer entre l’école et la maison.
Le droit rappelle déjà qui tient le volant. Le Code civil définit l’autorité parentale comme un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant, sa sécurité, sa santé, sa vie privée, sa moralité et son éducation. C’est là que la règle devient plus simple que le débat: la loi fixe une digue, mais la maturité réelle de l’enfant doit dicter l’autorisation, le rythme, les horaires, le contrôle et, si nécessaire, la suspension pure et simple de l’accès.

Langage, mémoire, ignorance: l’autre fracture
Les réseaux sociaux n’expliquent pas seuls la chute des savoirs, et il serait paresseux de tout leur faire porter. Mais ils s’inscrivent dans un paysage où l’attention se fragmente, où la lecture recule et où la langue se contracte. L’OCDE a relevé dans PISA 2022 une baisse inédite des performances moyennes, avec dix points perdus en compréhension de l’écrit et près de quinze en mathématiques entre 2018 et 2022 dans les pays de l’OCDE. Ce n’est pas une querelle de vieux professeurs. C’est un signal international sur la fragilité cognitive d’une génération surexposée aux flux.
La tentation est grande d’aligner des citations célèbres sur cette inquiétude. Mais même là, l’ignorance fait parfois un tour ironique. Quote Investigator rappelle que la formule souvent attribuée à Churchill, « ceux qui ne connaissent pas l’histoire sont condamnés à la répéter », renvoie en réalité à George Santayana. Et la phrase que l’on prête parfois à Simone de Beauvoir sur l’ignorance n’est pas solidement retrouvée par le Guichet du savoir. Si les adultes veulent dénoncer l’ignorance des plus jeunes, ils doivent d’abord vérifier ce qu’ils répètent eux-mêmes.
Ce qu’il faut faire dès ce soir
Trois règles valent mieux qu’un grand discours. D’abord, aucun smartphone dans la chambre la nuit: le sommeil passe avant le fil. Ensuite, revoir avec l’enfant les paramètres de confidentialité, les groupes de classe, la géolocalisation, les demandes de contacts et les comptes publics. Enfin, instaurer un droit de regard annoncé, pas espion, mais réel. Si le téléphone déclenche une crise de manque, si des messages humiliants arrivent en rafale, si l’enfant s’isole, se scarifie, refuse l’école ou craint la sortie des cours, l’accès doit être suspendu, les preuves conservées, et le 3018 contacté sans attendre.
Questions courantes
Le texte français interdit-il déjà les réseaux sociaux aux moins de 15 ans ? Non. Au 9 mai 2026, la proposition de loi est encore en navette parlementaire après son adoption modifiée par le Sénat. C’est précisément le cœur du problème soulevé ici: la réponse publique suit son calendrier, alors que les usages dangereux, eux, sont déjà installés dans la vie quotidienne des enfants.
Les réseaux sociaux causent-ils à eux seuls les scarifications et l’automutilation ? Non. Aucune source sérieuse ne réduit ces gestes à une cause unique. En revanche, les travaux cités montrent une association entre usage problématique, détresse psychique, pensées d’automutilation et dégradation du sommeil, de l’estime de soi et du climat relationnel. Le risque ne doit donc ni être nié, ni caricaturé.
Que doit faire concrètement un parent avant même que la loi change ? Poser un cadre domestique clair: horaires fixes, téléphone hors de la chambre, compte privé, contrôle des paramètres, discussion régulière sur les groupes et suspension immédiate en cas d’usage compulsif, de harcèlement ou de mise en danger. Attendre une interdiction nationale pour commencer à éduquer reviendrait à laisser la plateforme fixer la règle à la place des adultes.
La loi peut aider. Elle doit même arriver. Mais elle arrive après coup pour bien des enfants qui vivent l’école le matin, le groupe le soir et la peur entre les deux. La vraie protection commence avant le Journal officiel, au moment où les parents acceptent de redevenir responsables du cadre numérique de la maison.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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