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Panorama
Six dixièmes de point. C’est ce qui sépare l’écart de 2014 de celui de 2024, entre les communes françaises les plus défavorisées et les moins défavorisées, face à la mortalité autour de la naissance. Rapporté à son point de départ, ce creusement vaut près d’un tiers en dix ans : de 1,9 point à 2,5 points, selon l’étude publiée par la Drees en juillet 2026. Le niveau national, 11,2 pour 1 000 naissances, circulait déjà. La trajectoire de l’écart, elle, n’avait pas été mise en avant.
En bref
- Entre les communes les plus et les moins défavorisées, l’écart de mortalité périnatale s’est creusé de près d’un tiers en dix ans, de 1,9 point en 2014 à 2,5 points en 2024, d’après les taux publiés dans Études et Résultats n° 1378 de la Drees (calcul Actu Alt Plus).
- En 2024, 7 398 enfants sont nés sans vie ou sont décédés dans leur première semaine de vie, pour 661 822 naissances, soit 11,2 pour 1 000.
- Le taux était stable de 2014 à 2021. Il monte depuis 2022, et particulièrement en 2024 avec +0,4 point en un an.
- Les facteurs de risque connus n’expliquent qu’une partie de la hausse : la Drees chiffre à +0,5 point l’effet de la part croissante des naissances très prématurées entre 2014 et 2024.
Ce que compte au juste cet indicateur
La mortalité périnatale n’est pas la mortalité infantile. Elle réunit les enfants nés sans vie, à la suite d’une mort fœtale spontanée ou d’une interruption médicale de grossesse, et ceux qui naissent vivants puis meurent dans leurs sept premiers jours. Le décompte démarre à 22 semaines d’aménorrhée ou à 500 grammes, seuil fixé par l’Organisation mondiale de la santé.
En 2024, la Drees dénombre 7 398 enfants concernés pour 661 822 naissances, soit un peu plus d’une naissance sur cent. La mortinatalité pèse 82 % de ces cas, à 9,2 pour 1 000. La mortalité néonatale précoce fait les 18 % restants, soit 2,0 pour 1 000 naissances vivantes, ou 1 304 enfants.
La précision compte, car un autre chiffre circule sur le même terrain : la mortalité avant un an, que l’Insee situe à 4,1 pour 1 000 en 2024 et que nous avons documentée dans notre dossier enfance. Les deux ne mesurent pas la même chose et ne s’additionnent pas. Celui de la Drees regarde la fenêtre la plus étroite, celle où se concentre le risque.

Une courbe plate pendant sept ans, puis qui monte
La série exploitable démarre en 2014, année où les données hospitalières deviennent la source de référence. Elle part de 10,4 pour 1 000 et arrive à 11,2 en 2024, après une longue stabilité autour de 10,5 jusqu’en 2021 et une remontée qui s’accélère l’an dernier, avec 0,4 point gagné en douze mois.
Le paradoxe tient au dénominateur. Les décès périnatals ont franchement baissé, de 8 548 en 2014 à 7 398 en 2024, soit 13,5 % de moins. Mais les naissances ont reculé plus vite encore, de 19,3 %. Moins d’enfants meurent, et pourtant le taux monte. Nous avons regardé ce recul dans notre enquête sur le renoncement à faire des enfants.
Ce qui a bougé entre 2014 et 2024
| Indicateur | 2014 | 2024 |
|---|---|---|
| Taux de mortalité périnatale, France | 10,4 ‰ | 11,2 ‰ |
| Nombre de décès périnatals | 8 548 | 7 398 |
| Écart entre communes extrêmes | 1,9 point | 2,5 points |
| Naissances de mères de 40 ans ou plus | 4,2 % | 5,6 % |
| Naissances multiples | 3,5 % | 3,1 % |
Tableau Actu Alt Plus, d’après la Drees, Études et Résultats n° 1378, juillet 2026. Les décès reculent en nombre, mais moins vite que les naissances : c’est pourquoi le taux monte.
La Drees a testé les explications les plus évidentes, et elles ne suffisent pas. En appliquant aux naissances de 2024 la répartition par âge gestationnel de 2014, le taux tomberait à 10,7 : la part croissante des naissances aux termes extrêmes pèse +0,5 point sur dix ans. L’âge des mères, souvent invoqué, ne pèse presque rien : à structure d’âge inchangée, le taux serait de 11,1, la hausse des grossesses après 40 ans étant compensée par le recul de celles avant 20 ans.
Reste la prématurité, qui domine tout. Elle concentre 84 % des morts périnatales, dont la moitié parmi les enfants nés avant 28 semaines, avec un risque 63 fois plus élevé qu’à terme : 125,7 pour 1 000 contre 2,0. La vraie question n’est donc pas seulement « pourquoi meurt-on », mais « pourquoi naît-on trop tôt ».
L’écart entre communes, chiffré et daté
C’est ici que l’étude apporte sa donnée la plus nette. En France métropolitaine, le taux atteint 12,0 pour 1 000 dans les communes qui rassemblent le cinquième de la population la plus défavorisée, contre 9,5 dans celles qui rassemblent la population la moins défavorisée. Soit 26 % de plus, d’un bout à l’autre de l’échelle sociale.
La photographie était connue. Le film l’est moins : cet écart valait 1,9 point en 2014, il en vaut 2,5 en 2024. Il ne se stabilise pas, il s’ouvre, et il s’ouvre pendant que le taux national remonte. Les deux mouvements sont liés.

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Le classement se lit d’un coup d’œil : le risque n’est pas réparti au hasard. Les mères de moins de 20 ans affichent 18,1 pour 1 000, celles de 40 ans ou plus 17,6, près du double des 9,9 observés chez les 30-34 ans. Et l’adresse pèse autant que la biologie : entre régions, le rapport va de 1 à 2,3, de 9,3 en Auvergne-Rhône-Alpes à 21,0 en Guadeloupe.
Un travail antérieur avait déjà posé le mécanisme, sur un indicateur voisin. Publiée le 15 septembre 2025 dans BMJ Medicine par une équipe de l’Inserm et de l’Université Paris Cité, une étude portant sur 4 293 403 naissances vivantes entre 2015 et 2020 mesure un risque de décès néonatal 1,71 fois plus élevé dans les 20 % de communes les plus défavorisées que dans les 20 % les moins défavorisées. Ses auteurs calculent que 2 496 décès, 23 % du total, ne seraient pas survenus si le taux des communes favorisées s’appliquait partout. Surtout, ce taux est resté stable dans les communes aisées et s’est dégradé dans les communes pauvres. La moyenne nationale ne se dégrade pas partout : elle se dégrade quelque part.
Le 16e rang européen, et ce qu’il compare vraiment
Le chiffre qui circule le plus est celui qu’il faut manier avec le plus de précaution. En 2019, dernière année disponible en comparaison européenne, la France se classait au 16e rang sur 28 pays. Mais pas avec les 11,2 pour 1 000 dont il est question ici : le réseau Euro-Peristat retient un indicateur différent, hors interruptions médicales de grossesse et à partir de 24 semaines d’aménorrhée, seuil au-delà duquel les prises en charge deviennent comparables. Sur cette base, la France affichait 5,4 pour 1 000.
Ce rang la situe parmi les taux élevés du continent, proche de l’Angleterre ou des Pays-Bas, au-dessus de la Suisse, de l’Espagne et de l’Europe du Nord. L’indicateur monte lui aussi, plus doucement : 5,2 en 2014, 5,7 en 2024. Et la Drees le dit sans détour : les facteurs de risque connus expliquent une partie de la hausse française, pas le rang du pays face à des populations comparables.
Ce que l’État met en face
La réponse publique est pour l’instant un chantier d’observation. Depuis septembre 2025, la Drees construit avec l’Inserm et Santé publique France un système national d’observation obstétrical, périnatal et infantile, baptisé Snoopi. Autorisé par la Cnil, il réunira données de santé, état civil, causes de décès et certificats de santé de l’enfant, pour livrer à partir de 2027 des indicateurs déclinés à l’échelon local.
En attendant, une évolution passe sous les radars. Selon l’Agence de la biomédecine, le nombre de grossesses poursuivies malgré une pathologie fœtale grave qui aurait pu justifier une interruption médicale est passé de 1 189 en 2014 à 2 143 en 2023. Elles aboutissent à une mort fœtale ou une fausse couche dans 19 % des cas. Elles alimentent donc mécaniquement les colonnes de la mortalité périnatale, sans que la Drees puisse en chiffrer l’effet exact.
Voilà, au fond, ce que dit cette étude. Le pays ne recule pas partout ni pour tout le monde. Il recule là où les communes sont pauvres, là où les enfants naissent trop tôt, et il ne sait pas encore dire pourquoi. Deux virgule cinq points d’écart, ce n’est pas un débat de statisticiens : c’est la distance qui sépare deux naissances selon le code postal de la mère.

Les indicateurs promis pour 2027 diront si cet écart continue de s’ouvrir. D’ici là, il reste une donnée publique et vérifiable, que chacun peut opposer aux décisions prises sur les maternités de son département.
Méthode et limites
Sauf mention contraire, les chiffres de cet article viennent d’Études et Résultats n° 1378, publié par la Drees en juillet 2026 sur les données 2024, provisoires. Ils sont issus de la base mère-enfant corrigée construite par l’équipe OPPaLE de l’Inserm avec la Drees, à partir des séjours hospitaliers et des certificats de décès du Système national des données de santé.
Trois limites. L’écart social est mesuré à l’échelle de la commune de résidence et non de la mère : la Drees précise que les inégalités seraient probablement plus fortes au niveau individuel. Les taux de 12,0 et 9,5 pour 1 000 portent sur la France métropolitaine, quand le taux national de 11,2 couvre le territoire entier, DROM compris. Enfin, l’indice de désavantage social n’est pas disponible dans les DROM, où les taux sont pourtant les plus hauts. Le calcul du creusement en pourcentage est le nôtre.
Questions courantes
Quelle différence entre mortalité périnatale et mortalité infantile ?
La première réunit les enfants nés sans vie à partir de 22 semaines d’aménorrhée et ceux qui meurent dans leurs sept premiers jours, soit 11,2 pour 1 000 naissances en 2024. La seconde compte les enfants nés vivants et décédés avant leur premier anniversaire, soit 4,1 pour 1 000 selon l’Insee. Les deux se recoupent partiellement et ne s’additionnent pas.
Que signifie un écart de 2,5 points entre communes ?
Que le taux atteint 12,0 pour 1 000 dans les communes rassemblant le cinquième de la population la plus défavorisée de France métropolitaine, contre 9,5 dans celles rassemblant la population la moins défavorisée. L’écart valait 1,9 point en 2014. Il est mesuré au niveau de la commune de résidence de la mère, pas au niveau individuel.
L’âge de la mère explique-t-il la hausse ?
Non, pas à lui seul. Le risque est bien plus élevé avant 20 ans (18,1 pour 1 000) et à partir de 40 ans (17,6) qu’entre 30 et 34 ans (9,9). Mais à structure d’âge identique à celle de 2014, la Drees calcule que le taux 2024 serait de 11,1 au lieu de 11,2 : la hausse des grossesses tardives est compensée par le recul des grossesses très précoces.
Qu’est-ce qui est prévu pour comprendre cette hausse ?
Un système national d’observation obstétrical, périnatal et infantile, Snoopi, développé depuis septembre 2025 par la Drees avec l’Inserm et Santé publique France. Autorisé par la Cnil, il croisera données de santé, état civil, causes de décès et certificats de santé de l’enfant. Ses premiers indicateurs, déclinés à l’échelon local, sont attendus pour 2027.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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