
Sommaire
Récit
Dans une zone industrielle de Vendargues, aux portes de Montpellier, un ancien hangar d’usine s’est mué en caverne. Des tables, des chaises, des luminaires, des panneaux routiers, des statues, de la vaisselle et des équipements hi-fi s’entassent sur de grands palettiers. Ici, on peut, dit-on, meubler une bonne dizaine de très belles maisons. Peut-être une vingtaine.
C’est le stock de décors de France Télévisions, et ses gardiens travaillent dans une lumière qui n’atteint jamais l’écran. Nous regardons chaque soir les feuilletons du service public sans savoir qui décide que tel personnage porte toujours la même monture de lunettes. La réponse tient dans cet entrepôt présenté comme unique en France, où une ensemblière veille sur le référencement d’un bric-à-brac pharaonique.
En bref
- Un stock unique en France alimente toutes les séries de France Télévisions, et désormais des productions extérieures, depuis un entrepôt de Vendargues (source : Hérault Tribune).
- Chaque personnage d’Un si grand soleil possède sa caisse nominative : téléphone, portefeuille, trousseau de clés, pour ne jamais rompre la continuité visuelle.
- L’accessoiriste réalise un dépouillement précis de chaque séquence et forme les comédiens à manier seringues ou armes factices.
Meubler vingt maisons avec un moodboard
Laurence Astier, ensemblière et responsable de ce stock, est passée par la régie de Plus belle la vie avant de veiller sur cet inventaire depuis l’ouverture des studios d’Un si grand soleil. Son point de départ n’est pas un objet, c’est une image. À partir du scénario ou d’un moodboard, ces planches d’ambiance que se transmettent les décorateurs, elle réunit ce qui existe déjà pour approcher au plus près l’intention des chefs décorateurs.
On trouve de tout, ici : des pièces détachées de voitures, du matériel d’hôpitaux, de laboratoires, de commissariats. Le hangar ne sert plus seulement au feuilleton de France 3. Toutes les séries du groupe, et maintenant des productions extérieures, viennent y puiser. C’est la logique du réemploi appliquée à la fiction : plutôt que racheter un canapé de commissariat à chaque tournage, on le range, on le référence, on le ressort.

Ce geste a un nom de métier, ensemblier, et un revers économique rarement raconté. Derrière un feuilleton quotidien, il y a des palettiers, un logiciel de référence et une mémoire des objets. C’est ce que l’on ne montre jamais, et c’est ce qui tient tout.
La caisse qui empêche un héros de changer de montre
À quelques dizaines de mètres, dans l’atelier des accessoiristes, des dizaines de caisses et d’armoires abritent de faux journaux, de la fausse drogue, des armes factices, des insignes de police. Mais l’objet le plus révélateur est le plus banal. Il n’est pas question, pour la cohérence du récit, qu’un héros change de montre ou de monture d’un épisode à l’autre.
Alors chaque personnage a sa caisse. Avec, pour chacun, son téléphone, son portefeuille, son trousseau de clés. Des sacs de voyage et des sacoches sont étiquetés à leur nom. Cette continuité, la profession l’appelle le raccord, et l’accessoiriste en partage la responsabilité avec la scripte pour tenir la logique du récit d’un plan à l’autre, rappelle la plateforme Upopi de Ciclic. Une caisse par personnage, c’est de la logistique devenue grammaire narrative.

Laurent Desaleux, accessoiriste depuis la fin des années 1980, résume le cœur du travail : une fois le décor réglé, l’essentiel est de confier les bons accessoires aux comédiens. Il connaît le scénario, en fait un dépouillement précis de chaque séquence, sait à quelle seconde sortir tel objet. Et il forme les acteurs à manier une seringue ou une arme pour qu’ils soient à l’aise dans leur jeu. Le CNC décrit ce métier comme celui qui fait tout ce que les autres ne font pas : lister, réunir, adapter, préparer, disposer, raccorder.
À l’écran, seuls les comédiens brillent. Dans les coulisses, une foule de petites mains s’affaire pour qu’un feuilleton rayonne. La prochaine fois qu’un personnage décrochera son téléphone sans une hésitation, souvenez-vous : quelqu’un, la veille, a ouvert la bonne caisse.
Questions courantes
Pourquoi chaque personnage a-t-il sa propre caisse d’accessoires ?
Pour garantir la continuité visuelle. Téléphone, portefeuille, clés et lunettes restent identiques d’un épisode à l’autre afin que le spectateur ne remarque aucune rupture. Ce souci du raccord est partagé entre l’accessoiriste et la scripte.
Qu’est-ce qu’un dépouillement pour un accessoiriste ?
C’est l’analyse séquence par séquence du scénario. L’accessoiriste y repère chaque objet à fournir et le moment précis où il doit le remettre au comédien, avant même que la caméra ne tourne.
Le stock de Vendargues sert-il seulement à Un si grand soleil ?
Non. Il alimente toutes les séries de France Télévisions et, désormais, des productions extérieures. Il est présenté comme unique en France par sa taille et sa polyvalence.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Grève easyJet : un préavis sans aucune date, et une loi qui ne prévient les passagers que 24 heures avant - 2
L’Odyssée de Nolan en IMAX 70 mm : la seule salle de France est à Montpellier - 3
Musées gratuits le premier dimanche du mois : la règle et les pièges - 4
Conseillers numériques : le budget passe de 40 à 14 millions d’euros, et les démarches bloquent toujours - 5
600e de Taratata : ce que France 2 a rediffusé jeudi soir avait été tourné dix mois plus tôt
Nos dossiers
- France486
- Santé208
- Science207
- Prévention194
- Culture184
- Consommation178
- Biodiversité171
- IA149
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

