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Au Musée des Beaux-Arts de Blois, parmi des centaines d’objets rangés dans les réserves, un parchemin médiévale attendait sans le savoir d’être reconnu. D’un côté, une illustration du prophète Daniel entourée de deux lions, ajoutée vers 1942 par un propriétaire qui voulait augmenter la valeur du document. De l’autre, dissimulé sous une couche de prières byzantines copiées en 1229, un texte de géométrie d’Archimède de Syracuse que les spécialistes croyaient perdu depuis des décennies. C’est Victor Gysembergh, chercheur au CNRS au Centre Léon Robin (CNRS/Sorbonne Université), qui a identifié ce parchemin comme étant la page 123 du Palimpseste d’Archimède, annoncé dans un article publié le 6 mars 2026 dans la revue Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik.
En bref
- Victor Gysembergh, chercheur au CNRS, a identifié au Musée des Beaux-Arts de Blois la page 123 du Palimpseste d’Archimède, considérée comme perdue depuis des décennies.
- Le feuillet contient les propositions 39 à 41 du Livre I de La Sphère et le Cylindre, dissimulées sous une couche de prières byzantines copiées en 1229.
- L’identification a été confirmée par comparaison avec les photographies prises en 1906 par le philologue Johan Ludvig Heiberg, conservées à la Bibliothèque royale de Danemark.
- Le reste du manuscrit, adjugé 2 millions de dollars chez Christie’s en 1998, se trouve au Walters Art Museum de Baltimore ; deux autres feuillets restent introuvables.
La découverte compte parce qu’elle referme une lacune connue de longue date. Le Palimpseste d’Archimède est un manuscrit grec du Xe siècle qui rassemble plusieurs traités du mathématicien antique, en partie effacés au Moyen Âge pour recycler le parchemin, une pratique courante à une époque où la peau d’animal traitée valait très cher. Trois feuillets documentés sur les photographies prises en 1906 par le philologue danois Johan Ludvig Heiberg avaient disparu avant que le manuscrit ne rejoigne sa collection actuelle. La page 123, contenant les propositions 39 à 41 du Livre I de La Sphère et le Cylindre, était de ceux-là. La comparaison avec les photos de Heiberg, conservées à la Bibliothèque royale de Danemark, a permis de l’identifier sans ambiguïté.

Comment lit-on un texte effacé il y a huit cents ans
Le terme de palimpseste désigne précisément ce geste de recyclage : gratter ou laver un parchemin pour y écrire autre chose. La technique est aussi vieille que le support. Ce qui a changé depuis le début des années 2000, c’est la capacité à lire ce qui se cache sous la nouvelle couche d’encre sans toucher au document. L’imagerie multispectrale éclaire et photographie un feuillet sous différentes longueurs d’onde (infrarouge, visible, ultraviolet), puis des algorithmes séparent les signatures spectrales des encres superposées. Appliquée au Palimpseste d’Archimède entre 1998 et 2008, cette méthode a permis de relire environ 80 % du manuscrit, en révélant des traités d’Archimède jusque-là inconnus ainsi que des fragments littéraires et philosophiques antiques. Pour les zones les plus obstinées, notamment le verso de la page 123 caché sous l’enluminure du prophète Daniel, la prochaine étape sera la fluorescence X par faisceau synchrotron : cette technique cartographie les dépôts métalliques de l’encre ferreuse, invisible à l’œil et à la plupart des caméras, avec une précision que l’infrarouge ne peut pas atteindre.
Ce que l’on ne sait pas encore est traité honnêtement dans la publication : le texte du verso reste inaccessible par les méthodes conventionnelles. Il faudra des autorisations, du temps, et probablement un accès à un synchrotron pour le lire. La recherche ouvre aussi une autre piste : si une page considérée perdue a été retrouvée dans un musée de province français, les deux autres feuillets disparus pourraient se trouver dans des collections que personne n’a encore pensé à inspecter avec cet œil.

Pour comprendre comment on relit un texte gratté il y a huit cents ans sans toucher au parchemin, voici la méthode d’imagerie multispectrale qui a permis de déchiffrer 80 % du Palimpseste, présentée en vidéo par le CNRS.
Pour comprendre comment les chercheurs parviennent a lire des textes effaces il y a huit cents ans, la video du CNRS sur l’imagerie des manuscrits illustre ces techniques pas a pas.
Cette vidéo vous montre concrètement comment l’éclairage sous différentes longueurs d’onde fait ressortir les diagrammes d’Archimède sous l’encre des prières, exactement le type de technique que Victor Gysembergh compte appliquer au feuillet de Blois.
La page 123 du Palimpseste d’Archimède n’avait pas disparu au sens d’une destruction : elle attendait, dans les réserves d’un musée de province français, que quelqu’un la reconnaisse. Le tableau ci-dessous retrace les grandes étapes d’un manuscrit qui a traversé Constantinople, Paris, Baltimore et Blois en douze siècles.
| Étape | Date / chiffre clé |
|---|---|
| Copie du Palimpseste à Constantinople | Xe siècle |
| Texte gratté, prières copiées par-dessus | 1229 |
| Photographies de Johan Ludvig Heiberg | 1906 |
| Vente chez Christie’s (2 millions de dollars) | 28 octobre 1998 |
| Imagerie multispectrale du Palimpseste (Baltimore) | 1998-2008, 80 % relu |
| Page 123 identifiée à Blois par le CNRS | 6 mars 2026 |
Pour aller plus loin sur les techniques qui permettent de lire ce qui est effacé, le CNRS a publié la vidéo du CNRS sur l’imagerie des manuscrits.
Un manuscrit qui a traversé des siècles et des frontières
L’histoire de conservation du Palimpseste d’Archimede est elle-meme un roman. Copie au Xe siecle a Constantinople, gratte et recouvert de prieres au XIIIe, photographie a Constantinople en 1906, il entre ensuite dans une collection privee en France avant que le ministere de la Culture autorise, en 1996, son exportation et sa vente aux encheres. Le 28 octobre 1998, il est adjuge 2 millions de dollars chez Christie’s a un acheteur anonyme qui le depose au Walters Art Museum de Baltimore (Etats-Unis) pour qu’il y soit etudie et conserve. La page identifiee a Blois n’avait, elle, jamais quitte la France : separee du manuscrit principal a une date inconnue, probablement lors de l’une des nombreuses transmissions de propriete, elle s’etait retrouvee dans les collections du musee bloisois sans que son identite soit reconnue.
Ce parcours illustre un phénomène plus large. La Bibliothèque nationale de France conserve, parmi ses quelque 5 000 manuscrits grecs, une centaine de palimpsestes. Des projets d’imagerie multispectrale menés par l’Institut de recherche et d’histoire des textes (IRHT-CNRS) ont déjà révélé des tragiques d’Euripide et des traités platoniciens sous d’autres textes recyclés. La redécuverte de Blois relance l’intérêt pour une méthode qui, appliquée systématiquement à ces fonds encore peu explorés, pourrait livrer d’autres surprises. Archimède n’était pas seul à circuler sous forme de parchemin recyclé dans l’Europe médiévale.
Pour Gysembergh, la prochaine étape est la campagne d’imagerie : il prévoit, sous réserve des autorisations nécessaires, d’appliquer l’imagerie multispectrale et la fluorescence X dans un délai d’un an. Ce que le verso du feuillet dissimule sous l’enluminure reste, pour l’instant, une question ouverte. Et c’est peut-être là ce qui donne à cette découverte sa véritable portée : elle ne conclut pas, elle commence.
Questions courantes
C’est quoi un palimpseste ?
Un parchemin dont le texte original a été gratté ou lavé pour être réutilisé. L’ancienne écriture reste parfois lisible sous la nouvelle, surtout avec des techniques d’imagerie modernes.
Que contient la page retrouvée à Blois ?
Les propositions 39 à 41 du Livre I du traité De la Sphère et du Cylindre d’Archimède, sous une couche de prières byzantines copiées en 1229. Une enluminure du prophète Daniel masque le verso.
Comment a-t-on confirmé que c’était bien la page 123 du Palimpseste ?
Par comparaison directe avec les photographies prises en 1906 par le philologue Johan Ludvig Heiberg, conservées à la Bibliothèque royale de Danemark. La correspondance est sans ambiguïté selon le CNRS.
Où se trouve le reste du Palimpseste d’Archimède ?
Au Walters Art Museum de Baltimore (États-Unis), depuis son acquisition à 2 millions de dollars chez Christie’s en 1998. Deux autres feuillets documentés en 1906 restent toujours introuvables.
Pourra-t-on lire le texte caché sous l’enluminure ?
Pas encore. Victor Gysembergh prévoit des campagnes d’imagerie multispectrale et de fluorescence X par synchrotron dans un délai d’un an, sous réserve des autorisations requises.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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