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Récit
Reykjavik, avril 2013. Deux téléphones se touchent et, si leurs propriétaires partagent un grand-parent, une alarme sonne. Trois étudiants de l’université d’Islande viennent de brancher une appli Android sur Íslendingabók, la base généalogique nationale.
L’idée n’a rien d’une farce. Deux Islandais pris au hasard ont en général un ancêtre commun 6 ou 7 générations en arrière, d’après Friðrik Skúlason, cofondateur de la base. Le nom de famille n’aide pas à repérer la parenté : la loi islandaise interdit de créer un nom de famille. La plupart des habitants portent le prénom de leur père suivi de « son » ou « dóttir ». Deux Jónsdóttir ne sont pas forcément sœurs.
Comment marche l’alarme anti-cousins ?
L’appli est née d’un concours lancé pour les dix ans du site par les gestionnaires de la base. Arnar Aðalsteinsson, Alexander Helgason et Hákon Björnsson, en dernière année d’université, l’ont gagné avec ÍslendingaApp. Sa fonction phare s’appelle « Sifjaspellsspillir », littéralement le « destructeur d’inceste ». Ses auteurs préféraient « Incest Spoiler ».
Le geste est simple : on approche son téléphone de celui de l’autre, et l’appli compare les deux arbres. Le 17 avril 2013, NBC News comptait 3 651 téléchargements. « La généalogie est un peu le passe-temps national de l’Islande », expliquait alors Friðrik Skúlason. Environ deux Islandais sur trois avaient déjà consulté la base au moins une fois. Al Jazeera English a filmé la démonstration.
Que contient Íslendingabók, le « livre des Islandais » ?
La base est née d’une collaboration entre Friðrik Skúlason, entrepreneur des logiciels antivirus, et deCODE genetics, société de recherche en génétique médicale installée à Reykjavik. Elle puise dans les registres paroissiaux et les recensements, les registres d’habitants, mais aussi les chroniques, les livres de condamnations et les notices nécrologiques. Elle couvre plus de 1 200 ans.
Íslendingabók recense environ 95 % des Islandais nés depuis 1700. La couverture est complète pour les personnes nées aux XXe et XXIe siècles, d’après la notice de la base sur Wikipédia.
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Seuls les titulaires d’un numéro d’identité islandais, le kennitala, y ont accès. Chacun voit ses ancêtres, les descendants de ses arrière-grands-parents et toutes les personnes nées avant 1700.
Flirter avec un cousin éloigné, un vrai risque ?
Non, et c’est la base elle-même qui l’a montré. Le 7 février 2008, des chercheurs de deCODE publient dans la revue Science une étude sur plus de 160 000 couples islandais, étalée sur deux siècles, rapporte NBC News. Les couples les plus féconds sont des cousins au troisième rang, qui partagent un couple d’arrière-arrière-grands-parents.
Les femmes nées entre 1800 et 1824 et unies à un tel cousin ont eu 4,04 enfants en moyenne. Avec un conjoint au moins aussi éloigné qu’un cousin au huitième rang, elles en ont eu 3,34, selon le communiqué de deCODE : un cinquième d’enfants en plus. Pour les femmes nées entre 1925 et 1949, l’écart passe à un tiers : 3,27 enfants contre 2,45.
« Ce ne sont pas les résultats que nous attendions », reconnaissait Kári Stefánsson, patron de deCODE et cosignataire de l’étude. L’équipe y voit une cause biologique encore non élucidée. Une parenté modérée des parents réduirait l’incompatibilité immunitaire entre la mère et l’enfant, sans cumuler les mutations récessives qui pèsent sur les unions entre cousins germains.
Vrai ou faux ?
L’appli sonne dès que deux Islandais ont un ancêtre commun.
Faux. Elle réagit au grand-parent partagé. Deux Islandais pris au hasard ont en général un ancêtre commun 6 ou 7 générations en arrière, d’après Friðrik Skúlason.
Tout le monde ne peut pas consulter Íslendingabók.
Vrai. L’accès est réservé aux titulaires d’un numéro d’identité islandais, le kennitala, et chacun ne voit que ses ancêtres, les descendants de ses arrière-grands-parents et les personnes nées avant 1700.
En Islande, les couples de cousins éloignés ont eu moins d’enfants que les autres.
Faux. Selon l’étude de deCODE publiée en 2008, les cousins au troisième rang ont eu le plus d’enfants. Nées entre 1800 et 1824, leurs épouses en ont eu 4,04 en moyenne, contre 3,34 avec un conjoint très éloigné.
L’alarme de 2013 ne vise que les cousins qui partagent un grand-parent. Ceux de troisième rang, eux, ont fait les familles les plus nombreuses de l’île.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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