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Sommaire
Récit
Les chenilles processionnaires du pin se suivent au toucher : chacune garde le contact des soies du bout de l’abdomen de celle qui la précède. Le fil de soie qu’elles déposent n’est pas indispensable, a montré le biologiste américain Terrence Fitzgerald en 2003. Jean-Henri Fabre croyait l’inverse quand, un 30 janvier, dans la serre de sa maison de Sérignan, il vit une file se refermer en cercle sur le rebord d’un vase de palmier.
Que s’est-il passé sur le vase de Fabre ?
En 1896, à Sérignan-du-Comtat (Vaucluse), une file de chenilles processionnaires a fait 335 fois le tour d’un vase de 1,35 mètre, soit 453 mètres en sept jours. Elle avance à 9 centimètres par minute en moyenne : un tour lui prend un quart d’heure. Les nuits de forte gelée, les chenilles se serrent en tas, puis la ronde reprend. Pauses retranchées, Fabre décompte 84 heures de marche.
Pourquoi ne pas descendre ? Fabre les juge « stupidement esclaves de leur ruban » dans le sixième volume de ses Souvenirs entomologiques. La sortie vient du désordre : pendant les nuits froides, des chenilles égarées ont tendu des fils hors du cercle. Le huitième jour, quelques-unes les empruntent ; le soir, les dernières ont regagné le nid.

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Pourquoi les chenilles processionnaires se suivent-elles ?
Le contact avec la chenille de devant l’emporte sur tous les autres signaux, la soie comme la phéromone, selon l’étude de Fitzgerald parue dans le Journal of Chemical Ecology. Fabre voyait dans le fil « le lien social » de la colonie. Le chercheur de l’université d’État de New York à Cortland a montré que la soie n’est nécessaire ni pour lancer ni pour maintenir une procession.
Une chenille suit même un leurre : la peau d’abdomen d’une chenille tuée, fixée sur une baguette de bois, décrit Fitzgerald sur sa page consacrée à l’espèce. La phéromone de piste sert à s’orienter : déposée quand le bout de l’abdomen frôle le support, elle aide les chenilles à se regrouper pour manger puis à rentrer au nid. En laboratoire, de jeunes chenilles ont tourné jusqu’à 12 heures sur une piste circulaire.
« Nulle ne commande », écrit Fabre à propos de la ronde du vase. En laboratoire, les femelles ouvrent plus souvent la marche que les mâles, et la chenille de tête dépense plus d’énergie que les suiveuses.
Deviennent-elles des papillons, et combien sont-elles par nid ?
Oui : ce sont des larves de papillons de nuit, rappelle l’Anses. Une colonie naît d’une ponte d’environ 200 œufs, déposés autour de deux aiguilles de pin, selon le guide de l’Inra sur l’espèce. L’éclosion suit 30 à 40 jours plus tard. Dès les premiers froids, les chenilles tissent un nid d’hiver qui leur sert de radiateur solaire.
De février à mai, celles du dernier stade partent en procession de nymphose et cherchent un sol où s’enfouir. Sous terre, elles deviennent chrysalides, parfois pour deux à trois ans. Les papillons sortent du sol de juin à octobre selon le climat.
Vrai ou faux ?
Les chenilles processionnaires se suivent grâce au fil de soie de celle de devant.
Faux. Selon Fitzgerald (2003), la file tient sans soie, par le seul contact avec l’abdomen de la chenille précédente.
Chez Fabre, la file a parcouru près d’un demi-kilomètre sans quitter le vase.
Vrai. 335 tours d’un rebord de 1,35 mètre, soit 453 mètres.
En laboratoire, les mâles ouvrent le plus souvent la marche.
Faux. Ce sont plus souvent les femelles.
Comment leur procession aide-t-elle à les piéger ?
Le piège à chenilles intercepte la file en route vers le sol : une gouttière fixée autour du tronc la conduit vers un sachet rempli de terre, où les chenilles s’enfouissent. L’Inra préconise un piège par arbre infesté, posé avant le départ. Les chenilles entament leur descente des arbres de février à mai, mais dès octobre en climat océanique quand l’automne est doux.
Depuis les années 1960, l’aire de l’espèce s’étend vers le nord et l’ouest du pays, selon l’Anses. Dans le Sud-Est, elle monte en altitude, relève le bilan 2023 du Département de la santé des forêts (DSF). Cette année-là, des pins à crochets ont été défoliés à 1 650 mètres sur le mont Ventoux et à 1 800 mètres en Cerdagne. Jusque-là, le DSF ne recensait dans sa base qu’une défoliation de pin à crochets depuis 1987.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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