Des tubes de prélèvement sanguin alignés dans un portoir de laboratoire, à côté de feuilles de résultats.

Ménopause : os, foie et graisses du sang basculent d’un coup, selon 300 millions d’analyses

Os, foie, graisses du sang : une étude géante décrit un saut plutôt qu'une pente, repère des signaux hormonaux une décennie avant, et divise les spécialistes.

Sommaire
  1. En bref
  2. Qu'est-ce qui change d'un coup dans le corps ?
  3. Pourquoi une « falaise » plutôt qu'une pente ?
  4. Pourquoi le mot « falaise » fait-il débat ?
  5. Peut-on voir venir la ménopause dans ses analyses ?
  6. Le traitement hormonal atténue-t-il ces sauts ?
  7. Que faire de ces résultats ?
  8. Questions courantes

Décryptage

52 types d’analyses de laboratoire sur 90 (58 %) changent d’un coup au moment des dernières règles dans la cohorte américaine d’une étude publiée le 12 octobre 2026 par Nature Medicine. Les os, le foie, les reins et les graisses du sang font partie des systèmes qui basculent. Chez les hommes du même âge, aucun saut.

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L’équipe de Glen Pridham et d’Uri Alon travaille à l’Institut Weizmann des sciences, en Israël. Elle a exploité plus de 300 millions de tests réalisés de 1999 à 2024 (article de Nature Medicine). Ils portent sur 1,3 million de femmes issues de deux grandes bases : la caisse de santé israélienne Clalit et l’enquête nationale de santé américaine NHANES. L’image choisie pour résumer le résultat, une « falaise » physiologique, divise déjà les spécialistes de la ménopause.

En bref

  • 52 types d’analyses sur 90 font un saut au moment des dernières règles dans la cohorte américaine ; chez les hommes du même âge, aucun.
  • Les systèmes sensibles aux œstrogènes bougent le plus : os, foie, reins, graisses du sang.
  • Les signaux hormonaux démarrent 12 à 15 ans avant les dernières règles, vers 36 ans pour une Française ménopausée à l’âge moyen.
  • L’étude est observationnelle, et des spécialistes contestent l’image de la falaise.
  • Le traitement hormonal semble atténuer ces sauts ; 6 % des Françaises ménopausées le prennent.

Qu’est-ce qui change d’un coup dans le corps ?

Les hormones sexuelles font le plus grand saut, sans surprise. Suivent, par ordre d’ampleur, les os, les toxines dosées dans le sang, les globules rouges, le foie, le fer, les lipides, les reins et les muscles. Cet ordre vient de la première version de l’étude (prépublication sur arXiv). La plupart de ces changements vont dans le mauvais sens pour la santé.

Le fer fait exception : ses indicateurs s’améliorent après la ménopause, et l’anémie recule. Les scores de dépression, eux, ne grimpent que de façon passagère. « Les systèmes où l’on observe les changements les plus importants […] sont très sensibles aux œstrogènes », relève Mia Schaumberg, physiologiste à l’université de la Sunshine Coast, en Australie (ScienceAlert).

Les hommes servent de groupe témoin, explique Uri Alon à ABC News. « Nous avons vérifié que la falaise est réelle, car notre approche appliquée aux hommes n’en montrait aucune », précise-t-il. Les deux cohortes, israélienne et américaine, concordent par ailleurs fortement, test après test.

Vidéo : Ménopause, le corps en transition (ARTE)

Pourquoi une « falaise » plutôt qu’une pente ?

Parce que chaque femme arrive à ses dernières règles à un âge différent. En France, la ménopause survient entre 45 et 55 ans, à 51 ans en moyenne, selon le dossier ménopause de l’Inserm. Rangées par âge, les analyses mélangent des femmes qui ont déjà fait le saut et d’autres qui n’ont pas encore bougé. La moyenne lisse alors ces sauts individuels en une pente douce, comme une photo floue.

Les grandes bases médicales notent rarement la date des dernières règles. Les chercheurs ont donc emprunté à l’astronomie un algorithme de « défloutage » d’images, la déconvolution. Elle recale chaque test sur le temps écoulé depuis les dernières règles, et non plus sur l’âge.

Jusqu’ici, les petites cohortes suivies dans la durée décrivaient une transition graduelle, rappellent les auteurs. Uri Alon, qui dirige le centre Sagol de recherche sur la longévité à Weizmann, met en avant la masse de données et l’analyse plus poussée de son équipe. « C’est pour cela que nous avons pu repérer la falaise », résume-t-il.

Pourquoi le mot « falaise » fait-il débat ?

Parce que l’image promet davantage que ce que l’étude démontre, selon plusieurs spécialistes d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Martha Hickey, qui dirige les services ménopause du Women’s Hospital de Victoria, rappelle que la « falaise physiologique » n’est « pas un terme scientifique ni médical » (ABC News). Auprès de ScienceAlert, elle juge l’image « potentiellement alarmante pour les femmes ». Elle y voit la suggestion d’« un déclin physique et mental spectaculaire, que cette étude ne démontre pas ».

Elina Safro, médecin généraliste à Sydney, préside la commission éducation de la Société australasienne de la ménopause. Elle va plus loin : « Ma lecture est que la théorie de la « falaise » n’est pas plausible. »

Les données ont aussi leurs limites. L’étude est rétrospective et observationnelle : elle montre des associations, pas des causes. La date des dernières règles n’y est pas relevée femme par femme ; elle est reconstruite à partir de la répartition des âges de ménopause dans la population. Suivie au fil des années, la cohorte américaine SWAN décrit plutôt des changements progressifs, étalés sur environ trois ans. Andrew Shelling, de l’université d’Auckland, juge ces résultats intéressants mais pas concluants.

Peut-on voir venir la ménopause dans ses analyses ?

Oui à l’échelle d’une population, beaucoup moins à l’échelle d’une femme. Trois hormones bougent bien avant les dernières règles. L’AMH baisse environ 15 ans avant, et la FSH grimpe environ 14 ans avant. L’œstradiol décroche environ 12 ans avant, selon l’étude publiée dans Nature Medicine.

Pour une Française ménopausée à 51 ans, l’âge moyen en France, la baisse de l’AMH commence vers 36 ans. L’Inserm décrit pourtant une transition de 2 à 4 ans avant l’arrêt des règles.

Calendrier moyen des signaux hormonaux pour une Française ménopausée à 51 ans
RepèreAnnées avant les dernières règlesÂge correspondant (ans)
Baisse de l’AMH1536
Hausse de la FSH1437
Baisse de l’œstradiol1239
Début de la transition décrite par l’Inserm (au plus tôt)447
Dernières règles (âge moyen en France)051

Ces délais sont des moyennes de population. Une prise de sang isolée ne dira pas à une femme de 36 ans quand viendront ses dernières règles. En août 2025, un éditorial du BMJ l’écrivait déjà : les dosages hormonaux n’offrent « aucun moyen fiable » de savoir quand surviendront les dernières règles. Ils ne disent pas non plus qui bénéficiera d’un traitement. Les auteurs de l’étude y voient surtout une fenêtre de prévention élargie, ouverte plus de dix ans avant les dernières règles.

Le traitement hormonal atténue-t-il ces sauts ?

Il semble les réduire, sans preuve de cause à effet à ce stade. Les auteurs écrivent que le traitement hormonal de la ménopause (THM) « semble atténuer nettement » ces changements brusques. Selon Mia Schaumberg, il réduit l’ampleur de nombreux sauts, ce qui suggère un effet protecteur sur le squelette et d’autres systèmes (Medical Xpress). Comme le reste de l’étude, ce constat repose sur des observations.

En France, seules 6 % des femmes ménopausées prennent un THM, selon l’Inserm, alors que 87 % présentent au moins un symptôme.

Longtemps tenu à distance, le THM a retrouvé en France sa place de traitement de référence, avec un risque mieux mesuré, comme le détaille notre article sur le traitement hormonal redevenu la référence. Les nouvelles données ne disent pas qui doit le prendre.

Que faire de ces résultats ?

Ada Cheung, endocrinologue à l’université de Melbourne, en tire une leçon pratique. « Votre corps traverse des changements réels et mesurables, et ce n’est pas « dans votre tête » », souligne-t-elle. Pour elle, c’est le bon moment pour surveiller les os, le cholestérol, la tension et la glycémie, « plutôt que d’attendre que les problèmes surviennent ».

Uri Alon va plus loin : la densité osseuse se contrôle aujourd’hui vers 60 ans, observe-t-il. Son étude plaiderait pour un examen vers 40 ou 45 ans, puis pour un traitement hormonal envisagé en prévention (entretien à ABC News). Il pose aussitôt une limite : « Bien sûr, nous ne voulons pas surtraiter », et la décision revient au médecin.

L’endocrinologue Ada Cheung conseille aux femmes d’en parler à leur généraliste dès la quarantaine : symptômes, santé des os et du cœur, intérêt éventuel d’un traitement hormonal.

Questions courantes

Qu’appelle-t-on une ménopause précoce ?
On parle d’insuffisance ovarienne prématurée quand les ovaires cessent de fonctionner bien avant l’âge habituel. Selon l’Inserm, elle touche 1 à 2 % des femmes.

La ménopause fragilise-t-elle les os ?
Oui. L’ostéoporose est deux à trois fois plus fréquente chez les femmes ménopausées que chez les hommes, et une sur trois ou quatre aura une fracture par fragilité osseuse d’ici la fin de sa vie, selon l’Inserm.

Le traitement hormonal protège-t-il des fractures ?
L’Inserm indique que le traitement hormonal de la ménopause réduit le risque de fractures osseuses de 30 à 40 %.

Toutes les femmes ont-elles des bouffées de chaleur ?
Non. Selon l’Inserm, elles concernent entre un tiers et la moitié des femmes au moment de la ménopause. L’institut estime aussi que 20 à 25 % des femmes souffrent de troubles de la ménopause sévères, qui affectent leur qualité de vie.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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