Un pain de savon pâle posé à côté d'un kaki orange et d'une serviette en lin pliée, sur une étagère de salle de bain baignée de lumière matinale.

L’odeur de vieux a une molécule, détectée sur la peau à partir de 40 ans

Une molécule précise est associée à l'odeur prêtée aux aînés. Elle naît de la chimie du sébum, et un savon japonais promet de la freiner.

Le centre de développement de Shiseido à Yokohama a proposé un nom chimique pour « l’odeur de vieux » en avril 2001. Ses chimistes ont analysé l’odeur corporelle de volontaires âgés de 26 à 75 ans. Une molécule ne sortait que chez les 40 ans et plus : le 2-nonénal, un aldéhyde à l’odeur « grasse et herbacée » (étude de Haze et al., Journal of Investigative Dermatology).

La découverte situe l’origine du relent à la surface de la peau, dans une réaction chimique qui s’amplifie avec les années. L’hygiène n’apparaît nulle part dans le mécanisme décrit.

Pourquoi l’odeur apparaît-elle vers 40 ans ?

Tout part du sébum, le film gras qui protège l’épiderme. Avec l’âge, il s’enrichit en acides gras oméga-7 et en peroxydes lipidiques, des graisses déjà attaquées par l’oxygène. L’équipe de Shiseido a mesuré les deux chez ses volontaires. Plus la peau en portait, plus elle dégageait de 2-nonénal.

Au laboratoire, les chercheurs ont ensuite oxydé un à un les principaux composants du sébum. Seule la dégradation des oméga-7 en produisait. Les peroxydes jouent l’allumette : ils lancent une réaction en chaîne qui casse ces acides gras en fragments odorants. Le beurre qui rancit au fond du placard obéit à la même chimie, l’oxygène découpe ses graisses en molécules qui sentent.

La chaîne Doctissimo a consacré une vidéo à ce changement d’odeur corporelle passé la quarantaine.

Vidéo : « Notre odeur corporelle change-t-elle vraiment après 40 ans ? », Doctissimo sur YouTube

Tous les quadragénaires sont-ils concernés ?

Le seuil ne vaut pas condamnation : l’étude ne dit pas que chaque quadragénaire émet la molécule, elle ne l’a trouvée que chez des volontaires de cet âge. Les hommes de 30 à 49 ans ont d’ailleurs leur propre signature. En 2013, le fabricant japonais Mandom a attribué une « odeur huileuse de la quarantaine » au diacétyle, émis par la tête et son pourtour (travaux de Mandom).

L’entourage la sent-il vraiment ? En 2012, le Monell Chemical Senses Center de Philadelphie a fait renifler les odeurs corporelles de 41 donneurs à 41 jeunes adultes. Les odeurs des 75-95 ans ont été reconnues plus souvent que le hasard ne le permet. Elles ont aussi été jugées moins intenses et moins désagréables que celles des 20-30 ans et des 45-55 ans (PLOS ONE).

« Au vu de la presse grand public, où les odeurs dites de vieillesse sont couramment décrites comme désagréables, ce résultat n’était pas attendu. »

Susanna Mitro, Johan Lundström et leurs coauteurs (Monell Chemical Senses Center), PLOS ONE, mai 2012

Les auteurs y voient le poids de l’étiquette : le nom donné à une odeur pèse lourd sur le jugement qu’on en porte.

Le savon au kaki tient-il sa promesse ?

Le centre de recherche santé de Suntory a testé en 2012 un savon chargé de polyphénols. Le mélange venait du thé oolong, du thé vert, du tiencha et du kaki astringent (Journal of Japan Association on Odor Environment). En laboratoire, il combinait un fort pouvoir antioxydant et un effet désodorisant sur le 2-nonénal.

Vingt hommes de 43 à 75 ans l’ont ensuite utilisé chaque jour pendant quatre semaines. La quantité de 2-nonénal émise par leur corps a baissé de façon significative, comme l’intensité de l’odeur perçue. La logique tient au mécanisme : un antioxydant freine la réaction qui fabrique la molécule, au lieu de la couvrir d’un parfum.

Les quatre études citées sur l’odeur liée à l’âge
ÉtudeAnnéeParticipantsRésultat
Shiseido (Haze et al.)2001Volontaires de 26 à 75 ans2-nonénal détecté chez les 40 ans et plus
Monell (Mitro et al.)201241 donneurs, 41 jeunes évaluateursOdeurs des 75-95 ans reconnues, jugées moins désagréables
Suntory (savon aux polyphénols)201220 hommes de 43 à 75 ans, 4 semainesBaisse significative du 2-nonénal
Mandom2013Hommes de 30 à 49 ansDiacétyle, « odeur huileuse de la quarantaine »

Le résumé publié ne chiffre pas la baisse et ne mentionne pas de groupe témoin lavé avec un savon ordinaire, si bien que l’écart avec une toilette classique reste à mesurer. L’essai a été conduit par le laboratoire d’un groupe qui produit lui-même du thé oolong. Aucune femme ne figurait parmi les vingt volontaires de l’essai Suntory.

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