![]()
À Montpellier, l’équipe du centre national de référence de la narcolepsie a passé des patients âgés sous la caméra d’un TEP. Des décennies de nuits hachées auraient pu user ces cerveaux ; les plaques amyloïdes, marque de la maladie d’Alzheimer, y étaient pourtant presque absentes.
Dans une étude de l’équipe de Montpellier publiée en 2019, 1 patient narcoleptique de 65 ans et plus sur 23 (4,4 %) avait un TEP amyloïde positif, contre 30,4 % des témoins d’une cohorte française de même âge. Les résultats ont paru en janvier 2019 dans les Annals of Neurology. Ils sont cosignés notamment par Audrey Gabelle et Yves Dauvilliers.
Citer ce chiffre
Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :
Sept ans plus tard, le constat est devenu une énigme à part entière. Une revue parue dans Ageing Research Reviews, relayée le 9 octobre 2026 par ScienceAlert, part d’une attente simple. Un sommeil aussi désorganisé « devrait donc prédisposer à un vieillissement cérébral prématuré », écrivent ses auteurs. Or « les biomarqueurs et l’imagerie disponibles ne soutiennent pas cette possibilité de façon constante ». Sa piste principale : l’hypocrétine, messager de l’éveil qui manque à ces patients.
« Épargné » a donc ici un sens précis : peu de dépôts de protéine bêta-amyloïde. Cette protéine s’accumule avec les années quand le cerveau peine à évacuer ses déchets protéiques. Dans un groupe de 23 seniors, le taux des témoins français donnerait environ sept cerveaux porteurs de plaques. Celui de la cohorte nord-américaine ADNI en donnerait six. À Montpellier, il y en avait un.
Les trois groupes comparés avaient 65 ans ou plus, et aucun témoin ne présentait de démence clinique. La cohorte française vient de l’essai MAPT, la nord-américaine du programme ADNI.
| Groupe | Personnes examinées | TEP amyloïde positif | Cerveaux à plaques sur 23 personnes |
|---|---|---|---|
| Narcolepsie de type 1 (Montpellier) | 23 | 4,4 % | 1 |
| Témoins MAPT (France) | 23 | 30,4 % | 7 |
| Témoins ADNI (Amérique du Nord) | 69 | 27,5 % | 6,3 |
La dernière colonne applique chaque taux à un groupe de 23 personnes, la taille de l’échantillon montpelliérain.
Pourquoi si peu de plaques amyloïdes ?
La revue avance d’abord la piste de l’hypocrétine, aussi nommée orexine. Ce messager chimique aide à tenir l’éveil, et il manque chez les narcoleptiques de type 1. Chez l’animal, son signal influence la production de bêta-amyloïde, et l’inhiber réduit la charge en plaques. Des souris transgéniques privées de son gène dormaient davantage et développaient moins de lésions amyloïdes.
Les auteurs penchent pour un effet indirect, qui passerait par l’alternance veille-sommeil plus que par l’hypocrétine elle-même. L’éveil d’un narcoleptique arrive en tronçons, comme un film coupé d’écrans publicitaires. Cette veille fragmentée pourrait « limiter la production cumulée de bêta-amyloïde et la libération de tau liées à l’activité, même quand le temps total d’éveil est préservé ».
Ils ferment aussitôt une porte : « Nous ne suggérons pas que la narcolepsie confère une protection contre la démence. » Des cas d’Alzheimer, rares, ont été décrits chez des narcoleptiques. Et l’étude montpelliéraine reposait sur 23 patients, un effectif modeste pour trancher.
Narcolepsie, comment ça arrive ?
Dans la narcolepsie de type 1, le cerveau perd les neurones de l’hypothalamus qui fabriquent l’hypocrétine, comme le rappelle un communiqué de l’Inserm. La piste dominante est auto-immune : les défenses de l’organisme s’attaqueraient à ces cellules. Sans ce signal, l’éveil ne tient plus. La somnolence frappe en pleine journée, souvent accompagnée de cataplexies.
L’Inserm a consacré une courte vidéo pédagogique à ce mécanisme et à ses symptômes.
Comment savoir, et qui pose le diagnostic ?
Le médecin traitant reste la porte d’entrée : face à une somnolence qui dure, il oriente vers un centre spécialisé du sommeil. Le parcours suit un protocole national de diagnostic et de soins, mis en ligne par la HAS le 20 octobre 2021. Il a été rédigé par le centre de référence des narcolepsies et hypersomnies rares. Le diagnostic repose sur une polysomnographie, l’enregistrement d’une nuit complète, puis sur des siestes programmées qui mesurent la vitesse d’endormissement.
Le réseau est coordonné depuis l’hôpital Gui-de-Chauliac du CHU de Montpellier. Il compte 5 centres constitutifs et 14 centres de compétence répartis sur le territoire, selon l’hôpital Bichat (AP-HP), qui en fait partie. Les enfants ont leur filière, avec le centre pédiatrique de l’hôpital Robert-Debré à Paris. L’équipe de Bichat insiste sur le retard au diagnostic de ces maladies rares, encore sous-repérées.
Les auteurs de la revue retournent finalement la question. Savoir si la narcolepsie augmente ou diminue le risque de démence compte peut-être moins, écrivent-ils, que « ce que ce paradoxe apparent peut révéler ». Il éclaire le rôle de l’hypocrétine et de l’organisation du sommeil dans le vieillissement du cerveau.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Prix Nobel 2026 : dates, heures à Paris et lauréats prix par prix - 2
Nobel de physique 2026 : Francis Halzen, seul lauréat, pour les neutrinos du pôle Sud - 3
Céline Dion en concert : 16 dates restantes, horaires et billets - 4
Goncourt 2026 : les 8 romans de la deuxième sélection, Grasset n’en a plus aucun - 5
Grève Air Corsica du 9 au 16 octobre, vos droits si le vol saute
Nos dossiers
- Océan98
- Record du monde35
- Espace45
- Histoire100
- Famille97
- Évolution89
- Pouvoir d’achat148
- Climat135
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

