Deux tubes d’échantillons côte à côte près d’une cartouche de séquençage d’ADN, sur une paillasse de laboratoire

Avant la naissance, un cancer est passé d’une jumelle à sa sœur et son ADN dit quand

En lisant les mutations comme une horloge, des chercheurs britanniques datent la naissance d’un sarcome chez une jumelle et son passage vers sa sœur, in utero.

Sur l’IRM fœtale, une masse apparaît sur le visage de l’une des deux sœurs. Ce cancer est né chez cette seule jumelle, puis a gagné sa sœur identique avant la naissance. Les mutations de ses cellules situent son apparition à la fin du premier trimestre de grossesse et le passage à la fin du deuxième. Des chercheurs du Wellcome Sanger Institute, de l’hôpital Great Ormond Street et de l’université de Cambridge l’ont reconstitué en lisant l’ADN des tumeurs (étude parue dans Nature Communications, 6 octobre 2026).

L’IRM a été passée à la 33e semaine de grossesse. Les fillettes, Amelia et Amaya, naissent une semaine plus tard ; des tumeurs sont trouvées chez les deux, et elles meurent peu après la naissance. Leur famille a consenti aux examens post mortem, d’où proviennent les échantillons analysés.

Les biopsies concluent à des sarcomes indifférenciés, des cancers des tissus mous. Toutes les tumeurs portent la même anomalie génétique : une fusion entre les gènes MN1 et ZNF341. Chez la première sœur, la masse du visage s’accompagne de dépôts tumoraux dans plusieurs organes. Chez la seconde, la maladie se montre d’abord par des lésions de la peau, puis atteint les membranes qui enveloppent le cerveau et la moelle épinière.

Comment des mutations peuvent-elles dater une tumeur ?

Chaque division cellulaire laisse, de temps à autre, une petite faute de copie dans l’ADN, dont héritent les cellules filles, puis leurs descendantes. Deux cellules qui partagent une mutation ont donc un ancêtre commun, comme deux cousins portent le même nom de famille. L’équipe de Barbara Walkowiak et Sam Behjati a séquencé le génome entier de dix échantillons de tumeur, ainsi que de tissus sains et de placenta. Elle en a tiré l’arbre généalogique des cellules des deux sœurs (version préliminaire de l’étude).

Hors tumeur, une seule mutation précoce se retrouve dans les deux corps. Les jumelles sont surtout issues de lignées précoces distinctes. L’une a contribué presque exclusivement à la première sœur. Une autre a formé les deux sœurs et le placenta, une troisième la seconde sœur et le placenta. Les auteurs y voient une remise en cause du modèle classique de la gémellité.

Ces marqueurs disent aussi d’où vient le cancer : les cellules tumorales des deux enfants descendent de la lignée de la première sœur. Le nombre de mutations accumulées sert ensuite d’horloge, en supposant qu’elles s’ajoutent à un rythme constant. C’est cette hypothèse qui fixe les deux dates. La tumeur a ainsi grandi près de dix-neuf semaines sans être vue, entre la fin du premier trimestre, autour de la 14e semaine, et l’IRM de la 33e semaine.

Pourquoi un tel passage reste-t-il rare ?

Le transfert de la tumeur n’a très probablement eu lieu qu’une fois, à la fin du deuxième trimestre. Pour passer d’un fœtus à l’autre, une cellule doit voyager dans le sang. Or des jumelles identiques peuvent échanger du sang pendant la grossesse, et l’étude en apporte une preuve inattendue : des cellules saines ont circulé dans l’autre sens. Environ 75 % des cellules d’un échantillon de rate de la première sœur venaient de la seconde. Ce chimérisme sanguin montre que la voie était ouverte depuis longtemps.

Les chercheurs décrivent pourtant le passage de la tumeur comme un événement rare, et non comme l’issue inévitable d’un environnement prénatal partagé (compte rendu de ScienceAlert). Un cancer chez un jumeau n’atteint donc pas forcément l’autre. Des cas de neuroblastome chez de vrais jumeaux avaient déjà fait soupçonner une métastase de l’un à l’autre. Les leucémies de jumeaux ont servi à montrer que certains cancers de l’enfant commencent dans l’utérus.

Le cancer de l’enfant est déjà rare : près de 2 300 enfants et adolescents en reçoivent le diagnostic chaque année en France, 0,6 % des cancers du pays (AP-HP). Les tumeurs solides du tout-petit restent un terrain de recherche à part, de cette lecture de l’ADN aux cellules CAR-T testées contre l’hépatoblastome.

Seuls les vrais jumeaux partagent le même génome de départ, comme Amelia et Amaya.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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