Rangées de petites tombes en briques crues dans le sable du désert d'Abydos, sous une lumière dorée de fin de journée

18 crânes sur 46 gardent la trace d’une mort violente autour des tombes royales d’Abydos

Réexaminés avec les outils de la médecine légale, 46 crânes enterrés autour des tombes royales d'Abydos révèlent 18 morts violentes, vers 3000 av. J.-C.

Sommaire
  1. En bref
  2. Un siècle dans une collection de Cambridge
  3. Ce qu'un os frais dit de la mort
  4. Enterrés vivants, ou déplacés par la décomposition ?
  5. Ce que la violence prouve, et ce qu'elle laisse ouvert
  6. Questions courantes

Récit

Vous imaginez les rois d’Abydos descendant seuls dans l’au-delà, sauf que 18 des 46 crânes exhumés autour de leurs tombes portent une blessure reçue au moment de la mort. L’anthropologue Roselyn Campbell, de l’université Purdue, l’établit dans une étude publiée le 5 octobre 2026 par la revue Frontiers in Environmental Archaeology. Ces hommes et ces femmes ont été inhumés vers 3000 av. J.-C., autour des sépultures des souverains de la Ire dynastie égyptienne. L’hypothèse d’une mise à mort rituelle, pour suivre le roi dans la tombe, en sort renforcée.

En bref

  • 18 crânes sur 46, exhumés autour de trois enceintes funéraires d’Abydos, portent un traumatisme crânien potentiellement mortel, survenu au moment du décès.
  • Le fouilleur des années 1920 avait probablement vu ces fractures, mais les avait prises pour des dégâts postérieurs à la mort.
  • La violence renforce l’hypothèse du sacrifice, sans la prouver pour chaque individu.

Un siècle dans une collection de Cambridge

Les ossements viennent des fouilles menées au début des années 1920 par l’égyptologue britannique Flinders Petrie autour des enceintes funéraires de trois souverains : Djer, Djet et la reine Merneith. Ces inhumations s’étalent d’environ 3078 à 2900 av. J.-C., selon Archaeology Magazine. Les crânes reposent aujourd’hui dans la collection Duckworth de l’université de Cambridge.

Sur les 46 crânes conservés des tombes subsidiaires d’Abydos, 18, soit 39 %, portent un traumatisme crânien potentiellement mortel survenu au moment du décès, selon une étude publiée le 5 octobre 2026. Deux autres individus ne sont représentés que par leur mâchoire inférieure. Le reste des squelettes manque, réenterré sur place par Petrie ou perdu pendant le transport vers l’Angleterre.

En juillet 2026, l’examen de squelettes royaux de Dahchour montrait déjà que des princesses enterrées avec un arc savaient s’en servir.

Ce qu’un os frais dit de la mort

Roselyn Campbell a passé les crânes au crible d’un critère central de la médecine légale : la blessure est-elle périmortem ? Un os frais ne casse pas comme un os desséché : les spécialistes lisent le profil des bords, la façon dont l’os a plié avant de céder et la couleur de la cassure. Ils regardent aussi la hauteur du choc : au-dessus de la ligne du bord d’un chapeau, une blessure vient plus probablement d’un coup que d’une chute.

Les pariétaux, les deux grands os du haut du crâne, concentrent les lésions. Les fractures linéaires qui les traversent sont les plus fréquentes. Elles entraînent probablement « une perte de conscience rapide, une hémorragie interne et la mort », résume Roselyn Campbell dans l’annonce de Frontiers. S’y ajoutent des blessures par objet tranchant, une plaie pénétrante sur le côté de la tête et un coup porté dans l’orbite d’un œil.

La masse de pierre que brandit le roi dans les scènes de massacre d’ennemis laisse plutôt un enfoncement. Les fractures d’Abydos sont linéaires : l’étude penche pour un instrument plat, probablement en bois.

Petrie a probablement vu ces fractures, mais il les a lues comme des dégâts survenus après la mort. Il avait aussi enduit les os de paraffine pour les consolider, et cette cire masque encore une partie des surfaces.

Enterrés vivants, ou déplacés par la décomposition ?

Petrie défendait une image plus sombre encore : certains serviteurs auraient été enterrés vivants, à en juger par des membres tendus, parfois relevés. Pour l’étude, les mouvements du corps pendant sa décomposition, une affaire de taphonomie, expliquent mieux ces postures.

Entre 2001 et 2003, une équipe du musée de l’université de Pennsylvanie a fouillé l’enceinte d’Aha, le souverain qui ouvre la Ire dynastie. Elle y a trouvé six tombes subsidiaires. Un même sol d’enduit de boue les recouvrait toutes, posé peu après leur creusement : ces morts étaient entrés en terre ensemble (Penn Museum, 25 mars 2004).

« Cette coutume rare n’est attestée que pour la Ire dynastie. »

David O’Connor, égyptologue, cité par le Penn Museum en 2004

Aha n’avait que quelques tombes subsidiaires ; ses successeurs en alignent des centaines autour de leurs tombes et de leurs enceintes. Puis leur nombre décroît rapidement, et la coutume semble disparaître au début de la IIe dynastie.

Ce que la violence prouve, et ce qu’elle laisse ouvert

Les 46 crânes représentent entre 5 % et 15 % des personnes inhumées autour de chaque enceinte. Si cette proportion vaut pour les trois, 46 divisé par 0,15 donne environ 307 défunts, et 46 divisé par 0,05 en donne 920.

Les crânes étudiés ne représentent que 5 à 15 % des inhumés : la violence mesurée porte sur une petite fraction des tombes. Fourchette estimée en appliquant cette proportion aux trois enceintes réunies.
Les crânes étudiés ne représentent que 5 à 15 % des inhumés : la violence mesurée porte sur une petite fraction des tombes. Fourchette estimée en appliquant cette proportion aux trois enceintes réunies.
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Les blessures mesurées ne concernent donc qu’un échantillon d’un cimetière de plusieurs centaines de tombes. Une fracture ne dit pas qui a frappé, ni pourquoi, et ne prouve pas à elle seule un sacrifice dans chaque cas. Sur les 28 autres crânes, aucun traumatisme mortel de ce type n’a été relevé.

En Mésopotamie, à Ur, Leonard Woolley imaginait les serviteurs des tombes royales morts paisiblement, par le poison. Des scanners réalisés par l’université de Pennsylvanie sur deux de ces crânes ont révélé de violents traumatismes contondants, sur des corps ensuite soigneusement disposés.

Questions courantes

Qui étaient les personnes enterrées autour des enceintes royales d’Abydos ?
Des membres présumés de la cour du souverain défunt. Elles avaient connu une meilleure santé dans l’enfance que les personnes inhumées près des tombes royales elles-mêmes, et leur profil évoque des administrateurs ou des fonctionnaires.

Les crânes étudiés sont-ils surtout masculins ?
Un ancien inventaire de la collection comptait 37 crânes masculins et 10 féminins. La nouvelle étude confirme globalement cette répartition, en rappelant que le sexe se lit moins sûrement sur le crâne que sur le bassin.

Le sacrifice humain existait-il ailleurs dans la vallée du Nil ?
À Kerma, au Soudan, des centaines de personnes reposent dans les couloirs des tumulus royaux, refermés en une seule fois, ce qui fait du sacrifice l’explication la plus probable. Aucune trace claire de traumatisme au moment de la mort n’y a toutefois été relevée.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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Élise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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