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Sommaire
- En bref
- Trois façons de compter, trois chiffres
- À Goyang, on est allé chercher les enfants que personne n’avait vus
- Trois mécanismes font monter une courbe sans un cas de plus
- Les personnes diagnostiquées ne sont plus les mêmes
- Ce qui reste du côté biologique
- En France, on ne compte pas une prévalence, on compte des adressages
- Questions courantes
Décryptage
Vous avez entendu les deux réponses habituelles : il y aurait plus d’autisme qu’avant, ou bien on surdiagnostiquerait. Il en existe une troisième, et elle tient dans trois chiffres qui mesurent la même chose sans se ressembler. Près de 4 % des enfants aux États-Unis en 2022, une médiane mondiale autour de 1 %, et environ 2 à 3 % en Corée du Sud quand on dépiste une classe d’âge entière.
Ces trois chiffres viennent de trois méthodes de comptage, et l’écart entre elles porte l’essentiel de l’explication. Plusieurs équipes y convergent, réunies dans une analyse parue le 27 septembre 2026 : meilleur repérage, critères diagnostiques élargis, incitations financières, et un déplacement du diagnostic vers les adultes et vers les femmes.
En bref
- Aux États-Unis, la part d’enfants et d’adolescents de 3 à 17 ans déclarés autistes par leurs parents est passée de 1,25 % en 2013 à 3,79 % en 2022 (Yan et al., Journal of Autism and Developmental Disorders, 22 mai 2024).
- La revue systématique de référence retient une médiane mondiale de 100 pour 10 000, soit 1 %, avec une étendue de 1,09 à 436 pour 10 000 selon les études (Zeidan et al., Autism Research, 2022).
- En Corée du Sud, un dépistage systématique des enfants de 7 ans trouve entre 1,9 % et 3,2 % d’incidence cumulée, sans hausse significative sur douze cohortes de naissance (JAMA Pediatrics, 14 septembre 2026).
- Au Royaume-Uni, l’incidence des diagnostics enregistrés en médecine générale a augmenté de 787 % entre 1998 et 2018, et l’âge moyen au diagnostic est passé de 9,6 à 14,5 ans.
- La France ne publie pas de prévalence issue d’un dépistage : elle compte 186 193 enfants repérés et adressés aux plateformes de coordination et d’orientation en décembre 2025.
Trois façons de compter, trois chiffres
1,25 % en 2013, 3,79 % en 2022. Entre ces deux dates, la part d’enfants et d’adolescents américains de 3 à 17 ans déclarés autistes a été multipliée par trois, d’après l’enquête nationale de santé dépouillée par Xiaofang Yan et ses collègues (Journal of Autism and Developmental Disorders, 22 mai 2024). Ce que compte cette enquête, ce sont des étiquettes déjà posées : on demande aux parents si un professionnel a diagnostiqué leur enfant.
La deuxième méthode agrège les études existantes : Zeidan et ses collègues ont passé en revue 99 estimations issues de 71 études publiées depuis 2012 (Autism Research, 2022). La médiane ressort à 100 pour 10 000 personnes, soit 1 %. L’étendue va de 1,09 à 436 pour 10 000, un rapport de 1 à 400 entre les études les plus basses et les plus hautes.
La troisième méthode consiste à aller voir tout le monde. En Corée du Sud, sur plus de 62 000 enfants de 7 ans dépistés un par un à l’entrée de l’école entre 2005 et 2017, l’incidence cumulée de l’autisme est restée comprise entre 1,9 % et 3,2 %, sans hausse significative sur douze cohortes de naissance (JAMA Pediatrics, 14 septembre 2026). Le terrain est la ville de Goyang, dans la banlieue de Séoul, où l’équipe de Young Shin Kim a repris le dépistage année après année.
Le graphique ci-dessous place ces mesures sur la même échelle.

Reprendre ce graphique ou citer ce chiffre
Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :
Ou réutilisez ce graphique librement sur votre site, attribution incluse :
Le tableau y ajoute le canal britannique et le canal français, qui ne mesurent ni l’un ni l’autre une prévalence.
| Méthode de comptage | Périmètre | Période | Chiffre | Ce qui est mesuré |
|---|---|---|---|---|
| Déclaration des parents en enquête nationale | États-Unis, 3 à 17 ans | 2013 puis 2022 | 1,25 % puis 3,79 % | Diagnostics déjà posés |
| Revue systématique des études publiées | Monde, 71 études | Depuis 2012 | 100 pour 10 000 (médiane), de 1,09 à 436 pour 10 000 | Prévalence mesurée, protocoles hétérogènes |
| Dépistage systématique d’une classe d’âge | Corée du Sud, Goyang, enfants de 7 ans | Cohortes 1998-2010, examinées de 2005 à 2017 | 1,9 % à 3,2 % | Incidence cumulée à 7 ans |
| Registres de médecine générale | Royaume-Uni | 1998-2018 | +787 % d’incidence enregistrée | Diagnostics inscrits au dossier |
| Adressage vers les plateformes de coordination | France, 0 à 12 ans | Décembre 2025 | 186 193 enfants | Enfants repérés et orientés |
Un ordre de grandeur pour finir de fixer l’écart. Dans une classe de 25 élèves, la médiane mondiale fait un enfant pour quatre classes ; près de 4 %, un enfant par classe. Même trouble, écart de un à quatre.

À Goyang, on est allé chercher les enfants que personne n’avait vus
62 000 enfants passés au tamis, 2 077 dépistés positifs, 881 évalués cliniquement au bout de la chaîne. Le protocole coréen a suivi douze cohortes de naissance, de janvier 1998 à décembre 2010, chacune examinée à l’âge de 7 ans. Beaucoup des enfants ainsi repérés n’étaient jamais passés devant un clinicien.
D’une cohorte à l’autre, l’incidence cumulée ne monte ni ne descend de façon significative, intervalles de confiance compris. Les auteurs en tirent une phrase prudente : des facteurs liés à la détection peuvent contribuer substantiellement à la hausse rapportée des estimations d’autisme. Douze cohortes, aucune tendance.
Trois mécanismes font monter une courbe sans un cas de plus
Le premier tient à la définition. Le diagnostic d’autisme a absorbé le trouble d’Asperger en 1994, et ses frontières se sont déplacées à chaque révision des manuels, comme l’ont documenté Johnny Matson et Alison Kozlowski (Research in Autism Spectrum Disorders, 2011). Élargir un critère produit mécaniquement des cas nouveaux sans qu’un seul enfant de plus soit né différent.
Le deuxième est financier : en Australie, l’extension d’un dispositif de financement adossé au diagnostic explique à elle seule une hausse de 32 % de la prévalence rapportée, selon l’analyse de Ranjan et Breunig (Journal of Health Economics, 2025). Le diagnostic ouvre des droits, et là où il en ouvre davantage, il est posé plus souvent.
787 % : c’est l’augmentation de l’incidence des diagnostics enregistrés en médecine générale au Royaume-Uni entre 1998 et 2018, avec 65 665 patients porteurs d’un diagnostic d’autisme dans les registres en 2018 (Russell et al., Journal of Child Psychology and Psychiatry, 2022). La base couvrait 6,79 millions de patients en 1998 et 9,59 millions en 2018. Ce qu’elle enregistre, c’est le passage par un professionnel, pas l’apparition d’un trouble.
Les personnes diagnostiquées ne sont plus les mêmes
En Suède, la part des cas diagnostiqués qui s’accompagnent d’une déficience intellectuelle est tombée de plus de 55 % en 2001 à moins de 7 % en 2020, un déplacement que la psychologue Uta Frith relève dans Psychological Medicine (2026). Le diagnostic couvre aujourd’hui des profils qu’il laissait passer il y a vingt ans.
L’âge du diagnostic suit la même pente : dans les données britanniques, il est passé d’une moyenne de 9,6 ans en 1998 à 14,5 ans en 2018, et la plus forte croissance des nouveaux diagnostics concerne les adultes et les femmes. Une hausse tirée par des adultes ne décrit pas une épidémie infantile.
Le rapport entre les sexes s’inverse aussi. Dans les données suédoises réunies par Fyfe et ses collègues (The BMJ, 2026), les garçons restent diagnostiqués plus souvent que les filles dans l’enfance, mais sur la période 2020-2022, entre 15 et 24 ans, plus de femmes que d’hommes reçoivent un diagnostic. Aux âges supérieurs, les deux courbes se rejoignent.

Ce qui reste du côté biologique
Rien de tout cela n’efface les facteurs biologiques. L’âge parental avancé, l’obésité maternelle, le diabète gestationnel et les infections prénatales figurent parmi les pistes crédibles d’une hausse modeste du risque réel. Les revues qui les évaluent classent toutefois la certitude des preuves environnementales comme faible à très faible.
AAP chiffrait le 22 septembre 2026 la fréquence de l’une de ces pistes : dans une cohorte suédoise, une infection congénitale TORCH concerne environ une naissance sur 3 760. Un facteur peut tripler un risque et n’expliquer presque aucun cas, parce qu’il est rare.
Et chez nous ?
En France, on ne compte pas une prévalence, on compte des adressages
186 193 enfants avaient été repérés et adressés aux plateformes de coordination et d’orientation en décembre 2025, selon le bilan de la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement, publié le 21 mai 2026. Ce nombre mesure l’activité d’un dispositif de repérage précoce, pas la fréquence de l’autisme dans la population française. Il monte quand des plateformes ouvrent.
Aucune enquête française n’a dépisté une classe d’âge entière comme à Goyang. Mettre 186 193 enfants adressés en regard de 3,79 % d’enfants américains déclarés, ou de la médiane mondiale des études, revient à comparer un guichet à un thermomètre. C’est la première chose à savoir avant de lire un graphique sur la hausse de l’autisme.
Le même piège guette les études sur les écrans : trois enquêtes peuvent se contredire sans qu’aucune mente, comme le montrait la comparaison sur enfants autistes et écrans. Ni les mêmes âges, ni les mêmes populations, ni les mêmes questions.
Fin 2025, 73 plateformes de coordination couvraient la tranche des 7-12 ans, dont 42 ouvertes dans l’année, pour un peu plus de la moitié des départements. Le guichet français a encore de la marge, et la courbe montera avec lui.
Questions courantes
Combien de garçons diagnostiqués pour une fille ?
La revue systématique de Zeidan et ses collègues (Autism Research, 2022) retient un rapport médian de 4,2 garçons pour une fille dans les études de prévalence. Ce rapport décrit les personnes qui ont reçu un diagnostic, et non la fréquence réelle du trouble chez les filles, que plusieurs équipes estiment sous-repérée.
L’autisme s’accompagne-t-il d’une déficience intellectuelle ?
Pas dans la majorité des cas recensés. La même revue systématique chiffre à 33,0 % la part médiane des cas d’autisme avec déficience intellectuelle associée, tous pays confondus. Cette proportion varie beaucoup d’une étude à l’autre selon la façon dont les cas sont recrutés : un registre hospitalier attrape d’abord les situations les plus lourdes, un dépistage scolaire beaucoup moins.
Que veut dire incidence cumulée à 7 ans ?
C’est la part d’une génération qui a reçu le diagnostic avant son septième anniversaire. Elle se lit sur une cohorte de naissance entière, ce qui la rend comparable d’une génération à l’autre. La prévalence compte autre chose : les cas présents dans une population à un instant donné, tous âges mêlés, un total qui bouge avec la pyramide des âges et avec l’accès aux soins.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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