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Mise en perspective
Le procureur de San Francisco a déposé sa plainte le 22 septembre à la cour supérieure de la ville. Elle vise Truth API, un service de Trump Media and Technology Group qui facture 100 000 dollars par mois l’accès anticipé aux publications de Donald Trump. Selon le dossier judiciaire, l’avance vendue est de 50 millisecondes.
Le fait
Truth API a été lancé cet été. Il livre en avance les messages d’au moins dix comptes que la plainte range parmi les plus influents du réseau. Y figurent le président, le vice-président JD Vance, le directeur adjoint de cabinet Dan Scavino et la porte-parole sortante Karoline Leavitt, rapporte KQED. Le tarif affiché est de 100 000 dollars par mois, ramenés à 60 000 avec un engagement de trois ans, selon le compte rendu d’audience. Le tarif dégressif existe aussi pour la milliseconde.
La plainte du procureur de la ville, David Chiu, invoque la loi californienne sur la concurrence déloyale et réclame jusqu’à 2 500 dollars par infraction. Elle cite le directeur général par intérim de Trump Media, Kevin McGurn, décrivant un avantage de « 50 milliseconds » qui alimente directement une plateforme de trading algorithmique. « Ce système transforme la confiance publique en profit privé », déclare le procureur, cité par The San Francisco Standard.
Trump Media conteste. Sa porte-parole Shannon Device estime que les plaignants ne saisissent pas « la distinction basique entre information publique et non publique ». Elle présente Truth API comme un service qui « ferme l’écart de latence » pour les organisations voulant un accès rapide aux messages vérifiés du réseau. Le mois dernier, The Intercept et la Freedom of the Press Foundation avaient déposé une action comparable devant la justice fédérale de New York.
Notre regard
Concrètement, la latence est le délai entre l’instant où une information existe et l’instant où un ordre part. Les sociétés de trading algorithmique paient pour le réduire : serveurs logés au plus près des places de marché, câbles tracés au plus court. Qui reçoit avant passe devant.

Dans le cas de Truth API, l’objet vendu n’est pas une statistique attendue à heure fixe. Il s’agit de messages qui peuvent annoncer un tarif douanier, une nomination ou une sanction, à n’importe quel moment de la journée. La plainte soutient que ces publications déplacent les marchés, et que l’abonnement transforme cette imprévisibilité en produit.
Le marché de l’avance n’a rien d’inédit. Le 8 juillet 2013, le procureur général de New York Eric Schneiderman obtenait de Thomson Reuters la suspension d’un service réservé à un groupe restreint de clients. Ils recevaient l’indice de confiance des consommateurs de l’université du Michigan deux secondes avant les autres abonnés. « Les marchés de titres devraient être un terrain de jeu équitable pour tous les investisseurs », écrivait-il alors.
Entre ces deux secondes de 2013 et les cinquante millisecondes de 2026, l’avance vendue a fondu d’un facteur quarante. Ce n’est pas sa durée qui a changé de nature, c’est sa source : un indice statistique publié tous les quinze jours d’un côté, des messages politiques publiés à toute heure de l’autre.
La nuance
Le désaccord tient en une question : ces messages sont-ils publics ou non ? Trump Media répond qu’ils le sont, et que vendre un tuyau plus court ne change pas leur nature. Le procureur répond que l’accès anticipé donne aux sociétés de trading fortunées un avantage sur les investisseurs ordinaires. Aucun tribunal n’a tranché.
Le service est vendu ouvertement, grille tarifaire à l’appui. L’accès à un réseau social n’est d’ailleurs jamais tout à fait binaire : sur X, lire un post sans compte est devenu un parcours en soi. La plainte de San Francisco est une action civile pour concurrence déloyale, pas une poursuite pénale pour délit d’initié, et elle n’a produit aucune décision à ce stade.
Et chez nous ?
À surveiller
Le 22 septembre 2026, la plainte de San Francisco réclame jusqu’à 2 500 dollars par infraction, soit 2,5 % d’un mois d’abonnement au Truth API ; en France, le code monétaire et financier plafonne à 100 millions d’euros ou au décuple de l’avantage retiré la sanction encourue pour un abus de marché.
| Plafond encouru | Rapporté au Truth API | |
|---|---|---|
| Californie, plainte de San Francisco | 2 500 dollars par infraction | 2,5 % d’un mois d’abonnement (100 000 dollars) |
| France, abus de marché (art. L. 621-15 CMF) | 100 millions d’euros, ou le décuple de l’avantage retiré | sans commune mesure |
Les deux textes ne visent pas les mêmes faits. L’article L. 621-15 arme l’Autorité des marchés financiers contre les manquements d’initié et les manipulations de cours. La loi californienne sanctionne, de son côté, un acte de commerce déloyal. L’écart d’échelle se lit quand même d’un coup d’œil. En Europe, le rapport de force avec les plateformes se joue d’abord sur le montant des sanctions : c’est ce ressort qui a fait reculer la commission d’Apple.
Deux dossiers restent ouverts : celui de San Francisco et celui de New York, où The Intercept et la Freedom of the Press Foundation attendent une première audience. Trump Media n’a pas déposé de réponse écrite. En 2013, deux secondes avaient disparu sur un simple accord. Cette fois, il faudra un juge.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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