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Sommaire
Décryptage
En bref
- La France tient en permanence environ 16 millions de tonnes d’hydrocarbures, réparties sur 81 sites de stockage.
- Entre 30 et 40 % de ce stock est enfoui dans les cavités salines de Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence.
- La SAGESS, société anonyme née en 1988 à l’initiative des opérateurs pétroliers, en détient les trois quarts.
- La réserve américaine, elle, ne contient que du brut : elle a perdu 26,5 millions de barils entre le 17 juillet et le 11 septembre 2026.
118 jours. C’est la réserve d’hydrocarbures que la France tient en permanence, environ 16 millions de tonnes réparties sur 81 sites de stockage dont les cavités salines creusées sous Manosque, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Une société anonyme née en 1988 à l’initiative des opérateurs pétroliers, la SAGESS, en administre les trois quarts, et l’Agence internationale de l’énergie impose à ses membres importateurs un plancher de 90 jours d’importations nettes.
La question n’a rien de théorique en ce mois de septembre 2026. En mars, le gouvernement envisageait de mobiliser cette réserve pour freiner les prix de l’essence, rapportait Public Sénat. Depuis, ce sont les États-Unis qui ont ouvert les vannes.
Sous Manosque, le sel fait office de coffre-fort
Entre 30 et 40 % du stockage stratégique français se trouve dans les cavités salines souterraines de Manosque. Le site porte un nom que presque personne n’a en tête : Géosel. Il a été créé dans les années 1960 « pour répondre à un impératif stratégique : assurer la sécurité énergétique du pays », écrit l’exploitant du site, et il aligne aujourd’hui 9 millions de mètres cubes de capacité souterraine et 300 kilomètres de canalisations.
Le principe relève de la géologie appliquée. On injecte de l’eau douce dans une couche de sel gemme, on pompe la saumure qui remonte, et le vide laissé derrière sert de réservoir étanche. Celle de Géosel part vers les bassins de Lavalduc et de l’Engrenier, à Fos. C’est exactement le mécanisme qui tient la réserve fédérale américaine, dont le brut dort lui aussi dans d’immenses cavernes de sel creusées sous le littoral du Golfe.

SAGESS, CPSSP : deux sigles pour un stock national
La France maintient environ 16 millions de tonnes de produits pétroliers en réserve stratégique, soit 118 jours de ses importations nettes, quand l’Agence internationale de l’énergie n’en exige que 90 (Public Sénat, 9 mars 2026).
L’architecture est ancienne. Depuis 1928, la loi française impose la disponibilité permanente de trois mois de stocks pétroliers, rappelle la SAGESS sur son site. La société est née soixante ans plus tard, à l’initiative des opérateurs pétroliers, pour que ses actionnaires puissent lui déléguer cette obligation. Le Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers, créé par la loi en 1992, finance son activité et fixe son cadre d’exercice. Les trois quarts du stock national sont donc détenus par une société anonyme qui ne vend rien à personne et dont le nom n’apparaît sur aucune pompe.
Du gazole en France, du brut en Amérique
Les deux pays ne stockent pas la même chose, et la différence dit tout de leur doctrine. La réserve française est d’abord faite de carburants prêts à l’emploi : le gazole en représente 49,8 %, l’essence 9,1 %, le carburéacteur 7,8 %, le fioul domestique 2,7 %, et le pétrole brut un tiers seulement. Autrement dit, la moitié du stock national se trouve déjà dans la forme exacte que réclame un réservoir de voiture ou une cuve de chauffage.
La Strategic Petroleum Reserve américaine, elle, ne contient que du brut. Entre le moment où une vanne s’ouvre sous le Texas et celui où le carburant atteint une pompe, il reste une raffinerie à traverser. Le département américain de l’Énergie décrit d’ailleurs sa mission d’abord comme la réduction de l’impact des ruptures d’approvisionnement en produits pétroliers, et l’exécution des obligations des États-Unis au titre du programme énergétique international.
Quatre sites contre quatre-vingt-un
La géographie ne se ressemble pas davantage. Les États-Unis concentrent tout sur quatre points du littoral du Golfe : Bryan Mound et Big Hill au Texas, pour 247,1 et 170 millions de barils de capacité, West Hackberry et Bayou Choctaw en Louisiane, pour 220,4 et 76 millions. Ces quatre sites totalisent 60 cavernes de sel et une capacité autorisée de 714 millions de barils.
La France fait l’inverse et disperse : 81 sites de stockage répartis sur l’ensemble du territoire, dont celui de Manosque. Mises côte à côte, les deux réserves ne se ressemblent sur presque rien.
| Critère | France | États-Unis |
|---|---|---|
| Volume en réserve | Environ 16 millions de tonnes de produits pétroliers | 284,957 millions de barils de brut (11 septembre 2026) |
| Nombre de sites | 81 | 4 |
| Stockage en cavités salines | 30 à 40 % du stock, à Manosque | La totalité, dans 60 cavernes |
| Produit majoritaire | Gazole (49,8 %) | Pétrole brut |
| Part de pétrole brut | Un tiers | La totalité |
| Principal site | Géosel, Manosque : 9 millions de m³ souterrains | Bryan Mound, Texas : 247,1 millions de barils |
| Gestionnaire du stock | SAGESS, pour les trois quarts | Département de l’Énergie |
| Base juridique | Loi de 1928, CPSSP depuis 1992 | Programme énergétique international |
| Obligation de l’Agence internationale de l’énergie | 90 jours d’importations nettes | 90 jours d’importations nettes |
| Déblocage de 2022 | Un peu moins de 8 millions de barils | Compris dans les 300 millions de barils des pays membres |
Ce que l’Amérique a sorti de ses cavernes depuis juillet
Les stocks de brut de la réserve américaine sont passés de 311,447 millions de barils le 17 juillet 2026 à 284,957 millions le 11 septembre, selon la série hebdomadaire de l’administration américaine de l’information sur l’énergie. Neuf relevés, neuf baisses d’affilée : 26,5 millions de barils en huit semaines, soit 473 000 barils par jour. La réserve fédérale est ainsi redescendue à 39,9 % de sa capacité autorisée.

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La pente s’aplatit en septembre : les deux dernières semaines de la série pèsent 1,6 million de barils à elles deux, contre 6,1 millions pour la seule semaine du 7 août.
Quand on a le droit d’y toucher
Une réserve stratégique ne s’ouvre pas sur l’humeur d’un gouvernement. L’Agence internationale de l’énergie a déclenché six actions collectives depuis 1991 : la guerre du Golfe, les ouragans Katrina et Rita en 2005, la guerre civile libyenne en 2011, deux actions en 2022 après l’invasion russe de l’Ukraine, et une sixième le 11 mars 2026 en réponse aux perturbations nées du conflit au Proche-Orient. En 2022, 300 millions de barils avaient été débloqués par l’ensemble des pays membres, dont un peu moins de 8 millions par la France ; en 2016, Paris avait lâché l’équivalent de trois jours de réserve.
Pour un automobiliste, tout cela n’est pourtant pas un robinet. Les quatre sites américains sont reliés à 24 raffineries de la côte du Golfe et à six autres du Michigan, de l’Ohio et du Kentucky par trois systèmes de distribution, et leurs terminaux maritimes disposent d’une capacité d’expédition contractée de 2,220 millions de barils par jour. Le brut sorti d’une caverne doit encore passer par une colonne de distillation avant d’exister sous forme de carburant. Le gazole des stocks français, lui, est déjà du gazole.

Le prix, en attendant, n’a pas patienté : AAP relevait le gazole à 2,347 euros le litre le 15 septembre 2026 dans son observatoire des carburants, contre 2,275 euros au relevé du 7 septembre. Si une nouvelle action collective était décidée, elle serait la septième depuis 1991.
Questions courantes
Les stocks stratégiques appartiennent-ils tous à l’État ?
Non. L’Agence internationale de l’énergie distingue trois formes : les stocks publics, détenus par l’État et financés sur son budget, les stocks d’agence, portés par un organisme séparé pour le compte de l’État ou de l’industrie, et les stocks obligatoires que l’industrie détient elle-même. Le dispositif français relève de la deuxième.
Tous les membres de l’Agence internationale de l’énergie doivent-ils constituer des stocks ?
Non. L’obligation des 90 jours ne vise que les pays importateurs nets. Trois membres exportateurs nets, le Canada, le Mexique et la Norvège, en sont dispensés au titre de l’accord sur le programme international de l’énergie.
Ces stocks peuvent-ils être entreposés hors du territoire ?
Oui. Les pays membres peuvent détenir une partie de leurs stocks d’urgence dans un autre pays, dans le cadre d’accords bilatéraux.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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