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0,45 gramme : c’est le poids du géolocalisateur que six parulines à croupion jaune ont porté un an entier, d’Anchorage au golfe du Mexique et retour. Posées en juin 2022 sur trente oiseaux capturés en Alaska, puis récupérées un an plus tard, ces balises décrivent une migration vers le sud-est des États-Unis, très loin de la côte Pacifique que la littérature prêtait à cette population (Movement Ecology, 20 décembre 2025).
La balise n’émet rien, elle attend d’être reprise
Le boîtier posé par l’équipe de Penn State (Migrate Tech BARP30Z11-DIP) ne transmet aucun signal : il enregistre. Un capteur de lumière situe l’oiseau par l’heure du lever et du coucher du soleil, à quelques centaines de kilomètres près. Un capteur de pression atmosphérique fait le reste : il donne l’altitude, et c’est lui qui resserre la route et la date des étapes. Le tout tient dans un harnais à boucles de pattes et pèse 3 à 4 % de la masse de l’oiseau.
La contrepartie est rude : les données ne reviennent que si l’oiseau revient, et se laisse reprendre au même endroit. Trente parulines ont été équipées en juin 2022 à Far North Bicentennial Park et sur le Campbell Tract, à Anchorage. Six ont été recapturées en juin 2023, soit un taux de retour de 20 %, et leurs six archives couvraient l’année entière, du départ d’août au retour de mai. Ce rendement explique la rareté de tels jeux de données : il faut poser trente balises pour espérer six récits complets.

Vers l’est d’abord, plein sud ensuite
Les six ont pris la même direction, celle que personne n’attendait : l’est à travers la forêt boréale canadienne, avant d’obliquer vers le sud. Elles ont hiverné entre le sud du Texas et les Carolines, pas en Californie. Les isotopes de l’hydrogène mesurés sur les plumes de 167 oiseaux nicheurs d’Alaska, de Colombie-Britannique et d’Alberta donnent le même verdict pour 95 % d’entre eux. Deux autres migrateurs du nord-ouest américain dessinent des crochets comparables : la paruline rayée et la grive à dos olive.
Six géolocalisateurs de 0,45 gramme récupérés sur trente posés montrent que la paruline à croupion jaune nichant en Alaska parcourt plus de 11 000 kilomètres par an, soit un aller-retour Paris-New York (Movement Ecology, 20 décembre 2025).
Un hivernage sur la côte californienne, celui qu’on prêtait à ces populations, aurait représenté environ 6 400 kilomètres aller-retour depuis Anchorage à vol d’oiseau. La route réellement suivie leur impose près de 4 600 kilomètres de vol en plus chaque année. L’ampleur de l’écart déclasse un statut : cette population passait pour un migrateur de courte distance. Les auteurs n’y lisent pas une inefficacité mais un héritage, la route retraçant le chemin par lequel l’espèce a recolonisé le nord-ouest du continent après le retrait des glaciers.
La pression atmosphérique permet de dater chaque étape au jour près. Voici ce que les six archives contiennent.
| Étape | Ce que les balises ont enregistré |
|---|---|
| Départ d’Anchorage | 28 août au 5 septembre |
| Arrivée sur la zone d’hivernage | 29 octobre au 4 décembre |
| Durée du séjour hivernal | 89 à 158 jours (moyenne 129) |
| Départ vers le nord | 25 février au 9 avril |
| Retour en Alaska | 6 au 19 mai |
| Altitude de vol médiane | 721 à 919 m selon l’individu |
Ce que la France sait de ses propres migrateurs
Le même verrou joue ici. Le baguage français est organisé depuis 1923, environ 350 000 oiseaux sont marqués chaque année par quelque 650 bagueurs bénévoles et professionnels, et l’information ne remonte que lorsqu’un oiseau bagué est repris ou contrôlé. Le réseau Motus contourne l’obstacle par la radio : 2 055 stations de réception réparties dans 34 pays écoutent en continu les émetteurs portés par 50 932 animaux marqués, sans qu’il faille remettre la main dessus. Les deux dispositifs ne disent pas la même chose : la balise archive livre l’altitude et la durée des escales, l’antenne livre le passage.
AAP relevait déjà 1 417 baleines à bosse surprises en train de se nourrir sur une route migratoire australienne le 28 août 2026 : là encore, c’est l’instrument qui a corrigé la carte. À l’échelle française, le baromètre de la LPO compte les effectifs, pas les trajets : les deux lectures ne se recouvrent pas.
Reste ce que la pression atmosphérique a livré au passage : ces parulines volent autour de 839 mètres d’altitude en médiane sur l’année, avec une pointe à 2 903 mètres pour un individu. Stephanie Szarmach, première auteure de l’étude, relie cette mesure au risque de collision avec les bâtiments et les éoliennes dans The Conversation : savoir à quelle hauteur passe un passereau de cette taille conditionne tout le reste.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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