Tracteur à l’arrêt en bordure d’un champ labouré la nuit, petit récepteur satellite sur le toit de la cabine, faible lueur verte à l’horizon.

Dix mètres d’erreur GPS d’un bout à l’autre des États-Unis : votre téléphone l’a-t-il vu passer ?

Une bande d’électrons étirée d’est en ouest a fait dériver les positions GPS de plus de dix mètres au-dessus des États-Unis en novembre 2025, une scintillation que les auteurs disent n’avoir jamais observée à ces latitudes. Sur un téléphone, l’écart passe presque inaperçu ; sur un tracteur guidé au centimètre ou une horloge de réseau, non.

Les positions GPS ont dérivé de plus de dix mètres par endroits au-dessus des États-Unis continentaux pendant le superorage géomagnétique de novembre 2025. Une équipe menée par le physicien Endawoke Yizengaw, de The Aerospace Corporation, en publie l’analyse dans Geophysical Research Letters (DOI 10.1029/2026GL124645) : une bande de densité électronique accrue, étirée d’est en ouest entre 80 et 120 degrés de longitude ouest, a brouillé les signaux d’une côte à l’autre.

Concrètement, le signal n’a pas été coupé, il a scintillé. Une scintillation d’amplitude couvrant une plage de longitudes aussi large n’avait jamais été observée aux latitudes moyennes, écrivent les auteurs, selon ScienceAlert qui a ouvert l’étude le 31 août 2026. Le chiffre ne fait que la moitié de l’histoire : l’autre moitié tient à l’usage, entre un désagrément invisible après coup pour un piéton et un vrai problème pour un tracteur guidé au centimètre.

D’où vient la bande d’électrons

De l’ovale auroral, descendu plus bas que d’habitude. Pendant l’intensification de l’orage, cette couronne lumineuse centrée sur le pôle magnétique s’est étendue vers l’équateur et a amené aux latitudes moyennes des perturbations qui restent d’ordinaire cantonnées plus au nord. Une vaste bande de densité électronique s’est formée dans l’ionosphère, et ce sont les gradients abrupts sur ses bords qui ont engendré les irrégularités de plus petite échelle responsables de la scintillation.

L’orage lui-même n’a rien d’exceptionnel sur l’échelle des tempêtes magnétiques. L’USGS le classe G4, quatrième niveau sur cinq, déclenché le 11 novembre 2025 à 19 h 10 heure de l’Est par l’arrivée d’une éjection de masse coronale, avec un creux d’indice Dst à -160 nanoteslas. Pour situer, la tempête de mai 2024 était descendue à -589 nanoteslas et l’événement de Carrington de 1859 à -900.

Le superorage du 11 novembre 2025 est le moins creux des trois, à -160 nanoteslas, et c’est pourtant lui qui a produit la scintillation la plus étendue jamais relevée aux latitudes moyennes nord-américaines. Limite : l’indice Dst mesure le courant annulaire, pas les irrégularités de l’ionosphère, et les deux ne varient pas ensemble.
Le superorage du 11 novembre 2025 est le moins creux des trois, à -160 nanoteslas, et c’est pourtant lui qui a produit la scintillation la plus étendue jamais relevée aux latitudes moyennes nord-américaines. Limite : l’indice Dst mesure le courant annulaire, pas les irrégularités de l’ionosphère, et les deux ne varient pas ensemble.
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Selon nos calculs, l’épisode de novembre 2025 est 3,7 fois moins creux que celui de mai 2024, et c’est pourtant lui qui laisse la trace GPS la plus étendue. Les mêmes valeurs, avec la nature de chaque chiffre.

Creux d’indice Dst des trois orages cités par l’USGS (page du 11 novembre 2025 ; rapport calculé par AAP)
ÉvénementCreux d’indice DstNature du chiffre
Carrington, septembre 1859-900 nanoteslasestimation historique citée par l’USGS
Superorage de mai 2024, classé G5-589 nanoteslasmesure
Superorage du 11 novembre 2025, classé G4-160 nanoteslasmesure
Rapport mai 2024 / novembre 20253,7calcul AAP

L’indice Dst mesure le courant annulaire qui ceinture la Terre, pas la turbulence de l’ionosphère. Un orage moins profond peut donc produire des gradients de densité plus marqués, et c’est précisément ce que documente l’étude. AAP montrait en juillet 2026 que la borne supérieure de ces événements venait d’une erreur de méthode et que les tempêtes solaires extrêmes pouvaient être deux fois plus fortes que ce que disaient les statistiques.

Ce que l’écart change, et pour qui

Sur un téléphone ou sur une montre GPS de sport, l’écart se voit comme un point bleu qui traverse la rue et revient. Personne ne rate son train pour autant, et rien n’oblige à faire quoi que ce soit. Les métiers qui comptent en centimètres, eux, n’ont pas cette marge.

L’USGS liste ce qu’un orage de ce niveau peut brouiller : levés aéromagnétiques, forage dirigé, exploitation des satellites, signaux de positionnement et de datation GPS, radio transhorizon. La datation est la partie qu’on oublie le plus souvent : le même signal qui donne la position donne aussi l’heure aux réseaux qui la lui empruntent.

L’agriculture de précision, elle, a déjà payé une addition connue. La tempête de mai 2024 est estimée avoir coûté 500 millions de dollars au secteur agricole américain à cause des perturbations de la navigation de précision, rappelle l’article qui présente l’étude. Le calendrier a joué en faveur de novembre 2025 : l’orage de 2024 est tombé en pleine saison de travaux, celui de 2025 hors saison.

En France, ce guidage centimétrique passe par des réseaux de stations permanentes. Celui d’Orphéon, exploité par Geodata Diffusion, l’écrit sur sa propre page technique : l’activité ionosphérique est la principale limitation de la précision de ces méthodes, et le traitement multifréquence l’atténue sans l’effacer.

Antenne GNSS de géomètre sur trépied jaune dans un champ labouré au crépuscule, gouttes de rosée sur le dôme blanc.
Pour les réseaux de stations permanentes français, l’activité ionosphérique reste la principale limite de la précision centimétrique.

Ce que la France a enregistré du même orage

Le superorage du 11 novembre 2025, enregistré en France par l’observatoire magnétique de Chambon-la-Forêt, a fait dériver les positions GPS de plus de dix mètres par endroits au-dessus des États-Unis continentaux, pour une amplitude magnétique de -160 nanoteslas. L’Institut de recherche en astrophysique et planétologie recense pour ces journées une éruption de classe X5.1 détectée le 11 novembre 2025 à 09 h 50 TU, puis une X5.2, suivies en temps réel par le radiotélescope de Nançay.

La nuit du 11 novembre a interrompu des liaisons radio en haute fréquence, et l’institut range parmi les systèmes exposés les signaux de positionnement par satellite, Galileo comme GPS. Aucune des sources ouvertes ne dit qu’une bande comparable s’est formée au-dessus de l’Europe : la démonstration porte sur l’Amérique du Nord, et l’extension aux latitudes moyennes européennes reste à documenter.

Ce G4 n’était pas le seul de l’année : l’USGS en compte deux autres en 2025, le 1er janvier et le 1er juin. Les auteurs concluent que prévoir et atténuer ces épisodes suppose de mieux connaître les processus physiques qui gouvernent la dynamique des structures aurorales.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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