![]()
Sommaire
- En bref
- Ce que le circuit public gère, mois après mois
- 140 000 séparations visées, 425 000 séparations réelles
- Combien vaut une pension alimentaire : cinq réponses, cinq définitions
- Le « 30 % d’impayés » et le « 80 % de recouvrement » ne comptent pas la même chose
- Ce que le circuit ne mesure pas encore
- Questions courantes
Panorama
Publié le 5 septembre 2026 · Mis à jour le 6 septembre 2026 à 13h50
430 000 pensions alimentaires transitent chaque mois par les caisses d’allocations familiales. Depuis le 1er janvier 2023, en France, ce passage par l’Aripa est automatique dès qu’une décision de justice fixe la pension : le parent débiteur verse à la Caf ou à la MSA, qui reverse au parent créancier et voit l’impayé le mois où il arrive.
Ce volume est le chiffre récent du dossier. Les deux ordres de grandeur qui circulent partout, le volume de séparations concernées et les 30 % d’impayés, viennent du même dossier de presse de janvier 2023 et n’ont pas le même statut : le premier est une projection, le second une fourchette dont le document ne dit ni l’enquête ni l’année. On les lit souvent l’un contre l’autre. Ils ne se soustraient pas.
En bref
- Près de 430 000 pensions alimentaires gérées chaque mois par les Caf, et 640 000 bénéficiaires soutenus en comptant l’allocation de soutien familial (Cnaf, 28 novembre 2025).
- L’intermédiation est automatique pour toutes les décisions de justice depuis 2023, gratuite, en métropole et dans les DOM hors Mayotte.
- Les 140 000 séparations que le service devait concerner chaque année représentent une séparation conjugale sur trois : les autres n’ont pas de pension fixée dans un titre exécutoire.
- La fourchette de 30 à 40 % d’impayés vient d’un dossier de presse de janvier 2023, qui n’en précise ni l’enquête ni l’année.
- La mesure la mieux documentée est celle de la Drees : 29 % de parents non gardiens solvables sans pension déclarée l’année suivant la rupture, 25 % ensuite, sur des ruptures de 2011 à 2015.
- Les 80 % de recouvrement affichés en novembre 2025 portent sur des pensions déjà signalées impayées : c’est un taux de rattrapage, pas l’inverse d’un taux d’impayés.
Ce que le circuit public gère, mois après mois
Le service public des pensions alimentaires tient dans une mécanique simple : le parent débiteur verse à la caisse, la caisse reverse au parent créancier, et relance elle-même quand rien n’arrive. En novembre 2025, les caisses d’allocations familiales géraient près de 430 000 pensions alimentaires par mois en France, et soutenaient 640 000 bénéficiaires en comptant l’allocation de soutien familial. C’est ce que rapporte son communiqué de novembre.
La mise en place est automatique pour toutes les décisions de justice depuis 2023, indique le site de l’Aripa, à condition que la pension soit fixée dans un titre exécutoire. Le service est gratuit, en métropole et dans les DOM hors Mayotte. Quand la pension n’arrive pas, le parent qui élève seul son enfant peut demander l’allocation de soutien familial, fixée à 200,78 euros par mois et par enfant au 1er avril 2026.

140 000 séparations visées, 425 000 séparations réelles
Ce nombre n’est pas un compteur. C’est une projection publiée le 5 janvier 2023 dans le dossier de presse qui annonçait la généralisation du service, et elle ne porte que sur les séparations donnant lieu à une pension fixée dans un titre exécutoire.
Le dénominateur, lui, se trouve ailleurs. La Cnaf retient en moyenne 425 000 séparations conjugales par an depuis le début des années 2010, dans le dossier d’étude consacré à l’évaluation du dispositif, paru en 2024. Les 140 000 séparations visées en représentent ainsi 32,9 %, soit une séparation conjugale sur trois. Les deux autres tiers restent hors champ : pas de pension, arrangement de gré à gré, résidence alternée sans versement. La même étude, qui a interrogé 500 parents et mené 93 entretiens dans quatre départements, relate que 60 % des répondants n’avaient formalisé aucune organisation de la résidence des enfants, et que moins d’un quart avaient fixé une pension.
Rapporté au stock, ce que gèrent aujourd’hui les caisses équivaut à un peu plus de trois années de ce flux annuel : le dispositif a déjà absorbé davantage que ce qu’une seule génération de séparations lui apporte.
Combien vaut une pension alimentaire : cinq réponses, cinq définitions
Demander le montant d’une pension alimentaire en France, c’est recevoir cinq réponses différentes, toutes exactes dans leur périmètre. Les voici rangées du plus bas au plus haut, en euros par mois.

Reprendre ce graphique ou citer ce chiffre
Citez ce chiffre en mentionnant Actu Alt Plus :
Ou réutilisez ce graphique librement sur votre site, attribution incluse :
Deux de ces valeurs sont fixées par un juge, une est déclarée au fisc, une est un plancher d’allocation, la dernière est une moyenne avancée sans champ statistique. Aucune ne remplace les autres.
Le montant moyen de 170 euros par mois et par enfant, celui que reprennent la plupart des articles, figure tel quel dans le dossier de presse de 2023, sans champ statistique associé. Le ministère de la Justice, lui, avait publié une médiane de 200 euros et une moyenne de 266 euros pour les contributions fixées par décision, sur des affaires jugées avant avril 2010, dans son Infostat Justice n° 116 de mars 2012. Sa note de mai 2014 sur les enfants de parents séparés retient une contribution fixée pour 68 % des enfants, la moitié des montants tombant entre 100 et 200 euros. L’allocation de soutien familial, elle, ne dépend d’aucun juge : c’est un plancher public, versé en entier quand rien n’arrive et en différentiel quand la pension reçue est plus basse.
Le « 30 % d’impayés » et le « 80 % de recouvrement » ne comptent pas la même chose
C’est ici que les chiffres cessent de se parler. Le tableau ci-dessous remet chaque valeur devant ce qu’elle mesure exactement, sur quel champ, à quelle date et dans quelle publication.
| Valeur | Ce qu’elle mesure | Champ et année | Source |
|---|---|---|---|
| 140 000 séparations par an | Séparations que le service pourrait concerner, en moyenne | Projection, France, à l’annonce de la généralisation (janvier 2023) | Caf et MSA, dossier de presse du 5 janvier 2023 |
| 425 000 séparations par an | Toutes les séparations conjugales, avec ou sans pension | Moyenne annuelle depuis le début des années 2010, France | Cnaf, dossier d’étude n° 233, 2024 |
| 30 % à 40 % | Pensions « totalement ou partiellement impayées » | Champ non précisé, ni enquête ni année citées | Caf et MSA, dossier de presse du 5 janvier 2023 |
| 29 %, puis 25 % | Parents non gardiens solvables ne déclarant pas verser de pension | Divorces et ruptures de Pacs de 2011 à 2015, déclarations fiscales 2011-2017 | Drees, Études et Résultats n° 1179, janvier 2021 |
| 69,1 % | Taux de recouvrement mensuel moyen des créances de pension | Année 2020, procédures conduites par les Caf | Programme de qualité et d’efficience Famille |
| 80 % | Taux de recouvrement en cas de pension non versée | Novembre 2025, pensions déjà signalées impayées | Cnaf, communiqué du 28 novembre 2025 |
| 430 000 | Pensions alimentaires gérées chaque mois | Novembre 2025, France (service hors Mayotte) | Cnaf, communiqué du 28 novembre 2025 |
| 640 000 | Bénéficiaires soutenus, allocation de soutien familial comprise | Novembre 2025, France | Cnaf, communiqué du 28 novembre 2025 |
La fourchette de 30 à 40 % vient d’un document de communication, pas d’une publication statistique. La mesure la mieux tenue reste celle de la Drees : à partir des déclarations fiscales de l’Échantillon démographique permanent, elle compte 29 % de parents non gardiens solvables ne déclarant aucune pension l’année qui suit la rupture, part qui se stabilise à 25 % les années suivantes. Le champ y est étroit et écrit : ruptures prononcées entre 2011 et 2015, ressources supérieures à 700 euros par mois, non-versement lu dans une déclaration d’impôt et non constaté sur un compte bancaire.
Les 80 % affichés en novembre 2025 partent, eux, de pensions déjà signalées impayées, c’est-à-dire d’un sous-ensemble entré dans le circuit après un incident. Un taux d’avant et un taux d’après ne se soustraient donc pas : ils n’ont ni la même population de départ, ni la même année, ni la même méthode de constat. Un troisième indicateur circule encore, le recouvrement des créances suivi par le programme de qualité et d’efficience de la Sécurité sociale : 69,1 % en moyenne mensuelle sur l’année 2020, sur les seules procédures ouvertes. Dire que l’intermédiation a fait reculer les impayés supposerait une mesure du même indicateur avant et après 2023. Elle n’a pas été publiée.
RTL est allé filmer le fonctionnement de l’agence à ses débuts.

Ce que le circuit ne mesure pas encore
L’évaluation commandée par la Cnaf documente surtout la notoriété du service : 28 % des parents séparés interrogés en avaient entendu parler en 2021, 33 % en 2022, 44 % en 2023. Dans la même enquête, 40 % déclarent un incident de paiement dans l’année, et plus de 80 % des avis exprimés sur le dispositif sont positifs. Rien de tout cela ne donne un taux d’impayés national comparable d’une année sur l’autre.
Le dénominateur social, lui, ne bouge guère. Le taux de pauvreté des familles monoparentales atteignait 31,4 % en 2022, soit 1 748 000 personnes, selon l’Insee. AAP avait cartographié l’écart de niveau de vie que cette configuration installe, département par département ; le 32 38 reste le numéro par lequel on entre dans le circuit.
La prochaine mesure publique viendra de la Cnaf, seule à publier des volumes mensuels. La dernière date du 28 novembre 2025.
Questions courantes
Comment demander l’intermédiation quand la pension a été fixée avant 2023 ?
Elle se demande auprès de la Caf ou de la MSA par l’un ou l’autre des deux parents, sans accord de l’autre, dès lors que la pension figure dans un titre exécutoire : décision de justice, convention de divorce par consentement mutuel déposée chez un notaire, ou accord homologué. La demande est gratuite et ouverte en métropole comme dans les départements d’outre-mer, hors Mayotte.
Que se passe-t-il si le parent débiteur ne répond pas à l’Aripa ?
L’agence envoie des courriers. En l’absence de réponse, le parent qui doit verser s’expose à une pénalité financière, puis à une procédure de recouvrement forcé qui peut aller jusqu’à la saisie sur salaire. Les procédures de recouvrement représentaient en moyenne 51 200 dossiers par mois en 2020, pour une échéance moyenne de 255 euros.
L’allocation de soutien familial différentielle est-elle versée tous les mois ?
Non. Elle est calculée comme la différence entre la pension effectivement reçue et 200,78 euros, et elle est réglée en une fois tous les trois mois. Si la différence est inférieure à 15 euros, elle n’est pas versée du tout.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Taratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusion - 2
Mondiaux de cyclisme : le maillot arc-en-ciel rapporte 8 000 euros, moins qu’une étape du Tour - 3
Prix du roman Fnac 2026 : « C’était ça ou mourir » lauréat - 4
Résultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembre - 5
Résultat du Super Loto du 18 septembre : 13 millions gagnés
Nos dossiers
- France395
- Science273
- Culture193
- Consommation173
- Patrimoine165
- Santé publique164
- IA162
- Sport159
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

