Un petit camion de déménagement aux portes ouvertes dans une rue de ville française, des cartons empilés sur le trottoir et une silhouette de dos portant une caisse.

Où la France a cessé de déménager, un million de mouvements en moins en dix ans

Le taux de mobilité résidentielle est tombé de 11,3 % en 2015 à 8,8 % en 2023. Trois étages de déménagement, 79 âges et une distance médiane de 18,8 km disent où le mouvement s’est arrêté, et où il tient encore.

Sommaire
  1. Devinez avant de lire
  2. En bref
  3. La pente commence en 2015, pas en 2020
  4. Trois étages, et c’est le plus proche qui s’effondre
  5. Dix-neuf ans, l’âge qui résiste
  6. Moins souvent, un peu plus loin
  7. L’Ouest et le périurbain gagnent, l’Île-de-France perd
  8. Ce que ces chiffres ne disent pas
  9. Questions courantes

Devinez avant de lire

En France, quelle distance médiane sépare la commune de départ et la commune d’arrivée d’un déménagement ?

Panorama

On déménage moins en France qu’il y a dix ans, et l’écart se chiffre à un million de personnes. En 2023, 5,9 millions de personnes ont emménagé dans une nouvelle résidence principale en France hors Mayotte, soit 8,8 % de la population contre 10,8 % en 2013, selon l’Insee Première n° 2073 publié le 30 septembre 2025. Ces données décrivent l’année 2023 et rien d’autre. Elles ont été publiées il y a près d’un an et ne racontent pas la rentrée de septembre 2026.

Selon nos calculs, le taux de 2013 appliqué à la population de 2023 donnerait 7,3 millions de personnes en mouvement, soit 1,3 million de plus que les 5,9 millions comptés. Cet écart ne se répartit pas au hasard : il manque d’abord dans le déménagement de proximité, celui qui ne change ni l’école ni le trajet du matin.

En bref

  • Le taux de mobilité résidentielle culmine à 11,3 % en 2015, redescend à 9,8 % dès 2019 et finit à 8,8 % en 2023.
  • Les déménagements à l’intérieur d’une même commune reculent de 20,9 % entre 2013 et 2023, contre 9,3 % pour les changements de département.
  • Sur les 79 âges publiés par l’Insee, de 2 à 80 ans, la mobilité entre communes ne progresse qu’à sept d’entre eux : 19 ans, puis 63, 64, 65, 67, 75 et 77 ans.
  • La distance médiane entre commune de départ et commune d’arrivée passe de 17,9 km en 2013 à 18,8 km en 2023.
  • Les mobilités font gagner 6,9 habitants pour 1 000 aux espaces périurbains en 2023 ; l’Île-de-France en perd 8,4 pour 1 000 chaque année sur 2013-2023.

La pente commence en 2015, pas en 2020

Le décrochage n’a pas attendu le confinement. Le tableau année par année joint à la publication donne 10,8 % en 2013, un maximum à 11,3 % en 2015, encore 10,7 % en 2017, puis 9,8 % en 2019.

La série a un trou. L’enquête annuelle de recensement n’a pas eu lieu en 2020, l’année est portée comme non disponible, et personne ne peut dire ce qu’elle aurait montré. Ce qui suit reprend une pente déjà entamée : 9,6 % en 2021, 9,2 % en 2022.

Le taux culmine à 11,3 % en 2015, perd déjà 1,5 point avant 2020 et finit à 8,8 % en 2023 : la baisse est une dérive longue, pas un choc sanitaire. Limite : l’enquête annuelle de recensement n’a pas eu lieu en 2020, l’année est absente de la série.
Le taux culmine à 11,3 % en 2015, perd déjà 1,5 point avant 2020 et finit à 8,8 % en 2023 : la baisse est une dérive longue, pas un choc sanitaire. Limite : l’enquête annuelle de recensement n’a pas eu lieu en 2020, l’année est absente de la série.
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Lue ainsi, la baisse perd son air d’accident sanitaire. Elle ressemble à une dérive lente, installée depuis le milieu des années 2010, que la période 2020-2021 a creusée sans l’avoir ouverte.

Trois étages, et c’est le plus proche qui s’effondre

L’Insee range les déménagements en trois étages : rester dans sa commune, changer de commune sans quitter son département, changer de département. Les trois reculent, mais pas au même rythme, et c’est le plus court qui tombe le plus vite.

Le tableau ci-dessous met les volumes, les taux et les évolutions dans la même lecture, à partir de la figure 1 de la publication.

Les trois étages de la mobilité résidentielle en France, 2013 et 2023 (Insee, hors Mayotte)
ÉtagePersonnes 2013Personnes 2023Taux 2013Taux 2023Évolution des volumes
Au sein d’une même commune2 497 0001 974 0003,9 %2,9 %-20,9 %
Autre commune du même département2 564 0002 222 0004,0 %3,3 %-13,3 %
Autre département1 890 0001 715 0002,9 %2,5 %-9,3 %
Ensemble des mobilités6 951 0005 912 00010,8 %8,8 %-14,9 %

Le déménagement du bout de la rue perd donc plus du cinquième de ses effectifs, quand le grand saut vers un autre département n’en perd qu’un peu moins d’un dixième. La part des mobilités qui font changer de commune monte même de 64,1 % à 66,6 % de l’ensemble : ce qui disparaît, c’est le petit mouvement, pas le grand.

Un jeune adulte vu de dos pousse la porte vitrée d’une résidence étudiante française, deux cartons et une couette roulée posés au sol.
À 19 ans, la mobilité entre communes progresse de 15,6 % à 16,9 % entre 2013 et 2023, à rebours de presque tous les autres âges.

Dix-neuf ans, l’âge qui résiste

La publication de l’Insee détaille la mobilité âge par âge, de 2 à 80 ans. Sur ces 79 âges, la mobilité entre communes ne progresse qu’à sept d’entre eux entre 2013 et 2023 : 19 ans, puis 63, 64, 65, 67, 75 et 77 ans. Elle recule à 66 âges et ne bouge pas aux six autres.

À 19 ans, elle passe de 15,6 % à 16,9 %. C’est l’âge du départ pour les études ou le premier emploi, et il tient. Six ans plus tard, la marche s’est abaissée : à 25 ans, 20,1 % des personnes changeaient de commune en 2013, elles sont 18,1 % en 2023.

Le déménagement à l’intérieur de sa propre commune, lui, recule aux 79 âges publiés, sans une seule exception. Selon le mode de cohabitation, la chute la plus marquée touche les adultes de famille monoparentale : 13,2 % en 2013, 8,9 % en 2023, soit 4,3 points perdus, là où un adulte de couple sans enfants n’en perd que 0,9.

Moins souvent, un peu plus loin

Quand un déménagement franchit la limite communale, il va désormais un peu plus loin. La distance médiane entre commune de départ et commune d’arrivée oscillait entre 16,7 et 17,9 km de 2013 à 2019. Elle atteint 18,6 km en 2021, puis 18,8 km en 2022 et 2023.

Un kilomètre de médiane gagné en dix ans reste un écart modeste. La moitié des personnes qui changent de commune s’installent toujours à moins de 19 km de leur ancienne mairie, soit la distance d’une couronne à la suivante plutôt que celle d’un départ vers une autre région.

L’Ouest et le périurbain gagnent, l’Île-de-France perd

Les mobilités résidentielles déplacent la population même quand elles se raréfient. Sur 2013-2023, l’Insee mesure un gain annuel moyen de 6,8 habitants pour 1 000 en Corse, 6,4 en Bretagne et 6,1 en Nouvelle-Aquitaine, contre une perte de 8,4 pour 1 000 en Île-de-France.

Ces classements demandent une lecture prudente, et l’Insee le dit lui-même. Il ne qualifie la tendance de significative que pour cinq régions : hausse en Bretagne, en Normandie et en Bourgogne-Franche-Comté, creusement du déficit en Île-de-France et en Guyane. Partout ailleurs, l’évolution sur dix ans est jugée non significative, et Mayotte n’est pas couverte.

Par densité de commune, le pôle de Paris passe d’un solde de -5,0 pour 1 000 en 2013 à -15,2 en 2021, puis -10,2 en 2023. Les autres pôles urbains denses glissent de -2,3 à -4,7 sur la même période. L’espace périurbain, lui, gagne 6,9 habitants pour 1 000 en 2023.

AAP mesurait le 29 juillet 2026 un recul de 24 % des naissances dans les aires d’attraction de moins de 50 000 habitants, contre 9 % dans celles de 700 000 habitants ou plus. Les deux mesures ne se comparent pas terme à terme : ce comptage des naissances suit des bébés par taille d’aire d’attraction, celui-ci suit des personnes par densité de commune. Elles disent au moins que le mouvement des familles ne se lit plus au niveau national.

Vue aérienne oblique d’un lotissement périurbain français de maisons récentes en bordure de champs labourés.
En 2023, les mobilités résidentielles font gagner 6,9 habitants pour 1 000 aux espaces périurbains.

Ce que ces chiffres ne disent pas

L’Insee avance une part d’explication et une seule : le vieillissement de la population et le poids croissant des plus âgés, moins mobiles, sont responsables de 14 % de la baisse globale de la mobilité sur dix ans. Les 86 % restants ne sont pas attribués.

Le marché du logement est le suspect immédiat, mais la publication ne l’accuse pas. Un document de travail de l’OCDE signé Dan Andrews, paru le 17 février 2011, pose que la mobilité résidentielle est plus forte là où les coûts de transaction sont bas, l’offre de logements réactive et l’encadrement des loyers limité. C’est une piste de recherche vieille de quinze ans, pas une explication de la courbe française.

Le parc de logements, lui, n’a pas cessé de grossir. Au 1er janvier 2025, la France hors Mayotte compte 38,4 millions de logements, dont 31,7 millions de résidences principales et 3,0 millions de logements vacants, soit 7,7 % du parc contre 8,1 % en 2019. Ces deux séries n’ont ni le même millésime ni le même champ, et l’Insee ne les relie pas.

Reste le calendrier. Le prochain point de la série portera sur 2024 et sortira de l’enquête de recensement de 2025 : on saura alors si 8,8 % était un palier ou une marche de plus.

Questions courantes

Comment l’Insee compte-t-il un déménagement ?
Par comparaison de deux enquêtes annuelles de recensement, celles de 2014 et de 2024. Une personne est comptée comme mobile si elle a changé de résidence principale au cours de l’année observée, à l’intérieur du territoire national. Le champ exclut Mayotte, et les départs vers l’étranger n’entrent pas dans le compte.

Les changements de région baissent-ils autant que le reste ?
Moins. Ils concernent 1 104 000 personnes en 2013 et 983 000 en 2023, soit un taux qui passe de 1,7 % à 1,5 % et une baisse de 11 % des volumes. Leur part dans l’ensemble des déménagements progresse même légèrement, de 15,9 % à 16,6 %.

Quelle situation d’activité déménage le plus ?
Les élèves, étudiants et stagiaires non rémunérés, avec 21,7 % de mobiles en 2013 et 18,8 % en 2023. Viennent ensuite les chômeurs, de 17,5 % à 13,5 %, puis les actifs occupés, de 12,4 % à 10,8 %. Les retraités ferment la marche, de 3,9 % à 3,4 %.

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« Clara » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour les Histoires humaines : récits incarnés, attention aux personnes, initiatives locales et solidarités souvent invisibles.

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