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Sommaire
Vérification
Albert Einstein n’a jamais écrit que l’humanité n’aurait que quatre ans à vivre sans les abeilles. La phrase court sur les affiches et les tote-bags depuis les années 1990, sauf que le texte identifié qui la porte est un article de l’abbé Germain Barthélémy, curé des Bessons en Lozère et apiculteur, publié en 1991 dans la Revue Française d’Apiculture. Le physicien est mort en 1955, et le directeur des archives Albert Einstein résume la recherche en cinq mots : « pas de traces du tout ».
L’affirmation« Si l’abeille venait à disparaître, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre », Albert Einstein
Notre verdictFaux
Ce que disent les faits
L’Association française pour l’information scientifique a remonté la piste et n’a rien trouvé : ni lettre, ni article, ni conférence. Le directeur des archives Einstein indique qu’il n’existe aucune indication que le physicien se soit soucié des abeilles. L’AFIS relève les relais qui ont donné à la phrase son vernis d’autorité : le quotidien Ouest-France, une exposition organisée à Bordeaux en 2021, et le ministère français de l’Agriculture.
Aucun texte antérieur à 1991 ne porte la formule. Cette année-là, dans le numéro 508 de la Revue Française d’Apiculture, l’abbé Barthélémy livre deux phrases à méditer et prend une précaution que ses milliers de relayeurs ont effacée : « En voici le sens, à défaut des termes exacts. » Suit la formule que l’on connaît : « Si les abeilles venaient à disparaître, l’humanité n’aurait que quatre ans à vivre. » Le curé des Bessons, mort en 1998, citait de mémoire et le disait.
La mention publique repérée par les vérificateurs date de janvier 1994, dans un communiqué de l’Union nationale de l’apiculture française diffusé lors d’une manifestation à Bruxelles, comme le rappelle le démenti de NeoZone. En 2008, le générique du documentaire « Nos enfants nous accuseront » l’installe auprès du grand public. Un argument militant s’était trouvé un parrain de prestige, et personne n’a demandé la référence à l’abbé.

Le vrai chiffre est ailleurs
Le fond tient debout, mais pas à l’échelle annoncée. Deux pourcentages circulent et le mythe vit de leur confusion. La FAO établit qu’environ 75 % des types de cultures alimentaires mondiales dépendent au moins en partie des pollinisateurs. L’IPBES, cité par l’AFIS, chiffre en revanche à 5 à 8 % du volume de la production agricole mondiale la part directement attribuable à la pollinisation animale.

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Le premier chiffre compte des espèces cultivées, le second pèse des tonnes : trois cultures sur quatre profitent des pollinisateurs, mais le blé, le riz et le maïs, qui font le gros du volume mondial, s’en passent. C’est l’écart entre ces deux mesures qui rend la prophétie des quatre ans intenable.
Ce que la disparition des pollinisateurs coûterait est pourtant considérable, et documenté. Une étude parue dans le Lancet en 2015, relayée par Futura Sciences, estime qu’un effondrement complet de la pollinisation provoquerait 1,4 million de décès supplémentaires par an dans le monde, soit une hausse de 3 % de la mortalité globale, par carences en vitamines A et B9. La production de fruits reculerait de 22,9 %, celle des légumes de 16,3 %. C’est une crise nutritionnelle mondiale, pas un compte à rebours de quarante-huit mois.
Reste le contresens qui met une ruche sur toutes les affiches. L’abeille domestique est un animal d’élevage dont les colonies se recomptent chaque printemps. Ce sont les pollinisateurs sauvages qui décrochent : plus de 40 % des espèces d’invertébrés pollinisateurs et 16 % des vertébrés pollinisateurs sont menacés d’extinction, rappelle l’ONU, qui ajoute que près de 90 % des plantes à fleurs sauvages dépendent d’une pollinisation animale. Nous l’observions déjà sur les bourdons exposés à un pesticide interdit en France.
Ce qui reste incertain
L’abbé Barthélémy n’est pas formellement le patient zéro. Il écrit en 1991 qu’il restitue un sens et non des termes, ce qui laisse ouverte l’hypothèse qu’il relayait lui-même une formule entendue ailleurs. Une confusion avec Rudolf Steiner, fondateur de la biodynamie et auteur d’une série de conférences sur les abeilles, est évoquée sans être établie. Ce qui est établi, en revanche, ne bouge pas : l’attribution à Einstein n’a aucune source, comme la croyance saisonnière que nous avons démontée sur les guêpes de fin d’été.
Questions courantes
Einstein a-t-il dit que l’humanité n’aurait que quatre ans à vivre sans les abeilles ?
Non. Aucune archive ne contient la phrase, et le directeur des archives Albert Einstein indique qu’il n’y a pas de traces du tout d’un intérêt du physicien pour les abeilles.
D’où vient alors la formule ?
Le texte identifié qui la porte est un article de l’abbé Germain Barthélémy, curé des Bessons en Lozère et apiculteur, publié en 1991 dans le numéro 508 de la Revue Française d’Apiculture. Il y précisait donner le sens, à défaut des termes exacts.
Que se passerait-il vraiment si les pollinisateurs disparaissaient ?
Une étude publiée dans le Lancet en 2015 chiffre la perte à 1,4 million de décès supplémentaires par an dans le monde, avec une production de fruits en recul de 22,9 % et de légumes de 16,3 %. C’est une crise sanitaire mondiale, pas une extinction en quatre ans.
Faut-il se préoccuper surtout de l’abeille domestique ?
Non. L’abeille domestique est élevée et ses colonies se recomptent. Ce sont les pollinisateurs sauvages qui déclinent : plus de 40 % des espèces d’invertébrés pollinisateurs et 16 % des vertébrés pollinisateurs sont menacés d’extinction selon l’IPBES.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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