Sifaka à couronne dorée accroché à une branche dans une forêt sèche du nord de Madagascar

200 millions de dollars pour 100 espèces : ce que finance vraiment le « phénix » de DiCaprio et Bezos

Re:wild et le Bezos Earth Fund engagent 200 millions de dollars pour ramener 100 espèces du bord de l'extinction. Selon nos calculs, cela représente 400 000 dollars par espèce et par an : un amorçage, pas un budget de sauvetage complet.

200 millions de dollars. L’annonce est tombée le mardi 4 août, quelque part entre Los Angeles et les forêts sèches du nord de Madagascar : Leonardo DiCaprio, Jeff Bezos et Lauren Sánchez Bezos lancent le Phoenix Species Project, un plan mondial pour ramener 100 espèces du bord de l’extinction, dans 30 pays. Derrière l’affiche, la mécanique est précise : selon le communiqué officiel, l’engagement initial se partage à parts égales, 100 millions pour Re:wild, l’ONG cofondée par l’acteur en 2021, et 100 millions pour le Bezos Earth Fund.

Le geste n’est pas un chèque de gala. Chaque espèce retenue doit recevoir un financement structuré sur cinq ans, et l’exécution revient à plus de 100 organisations locales et internationales, pas aux fondations elles-mêmes. « Cent espèces, trente pays, et un engagement réel à les rétablir. Pas à gérer leur déclin », résume Lauren Sánchez Bezos dans le communiqué (nous traduisons).

Deux fois 100 millions, et surtout cinq ans garantis

La liste, détaillée par la page du projet et par la dépêche AP, balaie tout le vivant : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, invertébrés et plantes. On y croise le sifaka à couronne dorée de Madagascar, la perruche nocturne australienne, la salamandre de Hickory Nut Gorge aux États-Unis, le requin-guitare des océans Indo-Pacifique, l’iguane rose des Galápagos, ou encore le cyprinodon de Charco Azul, un petit poisson mexicain déjà éteint à l’état sauvage.

Si vous suivez nos histoires de conservation, vous connaissez la règle : on ne sauve pas une espèce en trois ans. Le baby-boom des kakapos néo-zélandais a demandé un demi-siècle de travail, et la grue du Japon n’est sortie de la liste des espèces menacées qu’après des décennies de protection. C’est exactement le pari du projet : garantir cinq ans de financement par espèce, à rebours des subventions courtes qui épuisent les ONG de terrain. « Quand nous protégeons ces espèces, nous protégeons aussi les forêts, les zones humides et les océans dont elles dépendent », plaide DiCaprio. Age of Union et la fondation de la famille Todd Graves complètent le tour de table, et le projet revendique une contribution directe à l’objectif 4 du cadre mondial de Kunming-Montréal sur l’arrêt des extinctions.

Selon nos calculs, 400 000 dollars par espèce et par an

Aucun des deux communiqués ne dit combien recevra chaque espèce. Faisons donc le calcul que personne ne montre : 200 millions de dollars divisés par 100 espèces donnent 2 millions par espèce, étalés sur cinq ans, soit 400 000 dollars par espèce et par an en moyenne. C’est une moyenne théorique, la répartition réelle n’étant pas publiée : certaines plantes coûteront bien moins, un requin migrateur bien plus.

Est-ce beaucoup ? Un point de repère : le sauvetage du condor de Californie coûtait déjà plus de 5 millions de dollars par an en 2010, pour une seule espèce, un montant qui serait supérieur une fois ajusté de l’inflation. L’enveloppe moyenne du projet Phoenix pèse donc moins d’un dixième d’un programme lourd de ce type. Traduction : ces 200 millions sont un amorçage, pas un budget de sauvetage complet, et ce sont les cofinancements des 100 partenaires qui feront la différence.

Mains gantées d'un biologiste tenant une petite salamandre verte au-dessus de rochers moussus près d'un ruisseau
Sur le terrain, plus de 100 organisations locales et internationales mèneront les programmes de rétablissement, espèce par espèce.

Pour situer ces ordres de grandeur, voici les trois budgets côte à côte.

ProgrammeBudget annuel moyen par espèceSource
Phoenix Species Project (moyenne calculée)≈ 400 000 $Calcul AAP d’après Re:wild et Bezos Earth Fund, 2026
Condor de Californie> 5 000 000 $Programme fédéral américain, 2010
Plans nationaux d’actions français (ligne ministérielle)≈ 18 400 €Calcul AAP d’après SDES, 2025

« Cosmétique » ? La critique, et le miroir français

Reste le procès récurrent fait au conservationnisme philanthropique. Avant même cette annonce, la stratégie climatique du Bezos Earth Fund faisait débat : en mai 2024, plusieurs experts s’inquiétaient de son influence, Stephan Singer (Climate Action Network International) jugeant ses projets « sympathiques mais malheureusement cosmétiques », et Holger Hoffmann-Riem (Go for Impact) rappelant que « la crédibilité du système repose sur l’indépendance ». Le fonds répond que ses bénéficiaires restent libres de leurs décisions. Ces critiques visaient sa philanthropie climat, pas ce projet précis, mais elles posent la bonne question : l’argent privé peut compléter les États, pas les remplacer.

Le miroir français donne la mesure. La liste rouge nationale comptait 2 896 espèces menacées fin 2024, et la réponse publique s’appelle plans nationaux d’actions : 76 PNA en vigueur en 2025, dont 19 en outre-mer, pour 474 espèces couvertes et 8,7 millions d’euros de ligne ministérielle. Soit environ 18 400 euros par espèce et par an : près de vingt fois moins que la moyenne du projet Phoenix une fois le dollar converti, même si cette ligne n’inclut ni le fonds vert (16 millions d’euros en 2024) ni les cofinancements locaux. Nos espèces ultramarines en danger critique auraient, elles aussi, bien besoin d’un phénix. Car la vraie nouveauté du 4 août n’est pas le montant : c’est que quelqu’un a enfin accepté de financer la patience.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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