Lit de rivière craquelé au soleil, filet d'eau résiduel au fond et prairie jaunie sur les berges.

67 départements en crise : la courbe plafonne, les sols et les nappes non

Troisième relevé de notre série sur l'eau : le nombre de départements au palier crise a presque cessé de monter, mais l'humidité des sols et le niveau des nappes, eux, continuent de décrocher.

Sommaire
  1. En bref
  2. Ce qui a changé depuis le 30 juillet
  3. Étage 1, les sols : juillet a vidé la réserve de surface
  4. Étage 2, les nappes : douze points perdus en un mois
  5. Étage 3, les restrictions : ce que votre palier interdit ce soir
  6. Le Marais poitevin, où les trois étages se rejoignent
  7. Ce qu'il faut surveiller d'ici la fin août
  8. Questions courantes

Panorama

En bref

  • 67 départements sont au palier crise au 7 août 2026, contre 63 le 30 juillet et 8 le 18 juin, date de notre premier relevé.
  • Le rythme de bascule s’est effondré : 1,3 département par jour entre le 18 juin et le 30 juillet, 0,5 depuis, selon nos calculs.
  • Juillet 2026 est le mois le plus chaud mesuré en France depuis 1900 (24,9 °C de moyenne) avec environ 70 % de pluie en moins que la normale.
  • Les nappes ont décroché de douze points en un mois : 42 % des points de suivi sous les normales au 1er juin, 54 % au 1er juillet.
  • 95 des 96 départements métropolitains sont sous arrêté sécheresse, tous paliers confondus.

67 départements au palier crise ce 7 août, quatre de plus qu’il y a huit jours. Depuis le 18 juin, nous suivons cette courbe des paliers de restriction relevé après relevé, et elle vient de faire une chose qu’aucune carte du jour ne montre : elle s’est presque arrêtée de monter. On pourrait y lire une accalmie. Sauf que la sécheresse se joue sur trois étages, et que les deux autres, les sols en surface et les nappes en profondeur, n’ont pas ralenti du tout.

Ce relevé est le troisième de la série. Le premier, fin juillet, suivait la courbe des départements passée de 8 à 63 en six semaines. Le deuxième expliquait pourquoi l’orage ne recharge rien quand les sols sont cuits. Celui-ci ne refait pas le panorama : il porte ce qui a bougé depuis, étage par étage.

Ce qui a changé depuis le 30 juillet

Le palier crise est le quatrième et dernier niveau des arrêtés préfectoraux, celui où seuls les usages prioritaires restent autorisés. Notre relevé du 30 juillet en comptait 63. Au 7 août, le décompte tenu à partir des arrêtés en vigueur pour les usages agricoles en dénombre 67, plus 21 départements en alerte renforcée, 7 en alerte et 4 en vigilance. Quatre bascules en huit jours, après une phase où il en tombait plusieurs par semaine.

Combien de départements sont au palier crise ce 7 août ?

67 départements métropolitains sont en crise, le dernier des quatre paliers — ils étaient 8 le 18 juin et 63 le 30 juillet.

Le mouvement se lit mal sur une semaine isolée. Étalé sur toute la saison, il change de forme.

La vague de bascule est passée : à 67 départements sur les 95 placés sous arrêté, la courbe des paliers plafonne alors que les sols et les nappes, eux, continuent de se dégrader. Limite méthodologique : un département est compté dès qu'une seule de ses zones atteint le palier crise, et les points du 10 et du 27 juillet sont nos propres décomptes à date.
La vague de bascule est passée : à 67 départements sur les 95 placés sous arrêté, la courbe des paliers plafonne alors que les sols et les nappes, eux, continuent de se dégrader. Limite méthodologique : un département est compté dès qu’une seule de ses zones atteint le palier crise, et les points du 10 et du 27 juillet sont nos propres décomptes à date.
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La pente parle d’elle-même : nous avons calculé le rythme de bascule, 1,3 département passé en crise par jour entre le 18 juin et le 30 juillet, 0,5 seulement depuis, soit un ralentissement d’un facteur 2,6. Ce n’est pas une amélioration, c’est une saturation. Sur les 95 départements métropolitains placés sous arrêté, 67 sont déjà au palier maximal : il reste peu de territoire à faire basculer.

Étage 1, les sols : juillet a vidé la réserve de surface

C’est l’étage qui a le plus bougé. Météo-France a publié le 4 août son bilan climatique de juillet : 24,9 °C de température moyenne sur le pays, ce qui en fait le mois le plus chaud jamais enregistré depuis le début des mesures en 1900, devant août 2003 et ses 24,8 °C. L’anomalie atteint 3,8 °C au-dessus de la normale 1991-2020 sur les températures moyennes, et 5,2 °C sur les maximales.

Le volet pluie compte davantage encore pour les sols : environ 70 % de déficit sur le mois, ce qui place juillet 2026 au troisième rang des juillets les plus secs. L’établissement note que l’humidité des sols en fin de mois correspondait à ce que l’on observe habituellement à la mi-août, à des valeurs basses de référence pour la saison. Autrement dit, le pays est entré en août avec une quinzaine de jours d’assèchement d’avance sur le calendrier.

Gros plan sur une terre agricole compacte et fissurée où des gouttes perlent en surface sans pénétrer.
L’humidité des sols en fin de juillet correspondait à ce que l’on observe habituellement à la mi-août.

Cet écart explique la déception des orages de début août. Une terre desséchée et compactée n’absorbe plus : l’averse ruisselle vers les fossés et les réseaux au lieu de descendre vers la nappe. C’était l’objet de notre relevé précédent, et rien dans le bilan de juillet ne vient l’infirmer.

Étage 2, les nappes : douze points perdus en un mois

Sous les sols, les nappes suivent une horloge plus lente. Le BRGM les mesure au premier jour de chaque mois. Son relevé du 1er juillet place 54 % des points de suivi sous les normales mensuelles, avec 93 % des points orientés à la baisse. Un mois plus tôt, le même dispositif donnait 58 % de points conformes ou supérieurs aux normales, et 77 % en baisse.

Nous avons converti ces deux bulletins dans la même unité pour les rendre comparables : 42 % des points sous les normales au 1er juin, 54 % au 1er juillet, soit douze points perdus en un mois, pendant que la part des points en baisse gagnait seize points. Le BRGM situe malgré tout 2026 en retrait des années noires : moins préoccupant qu’en 2022 hors Massif central, meilleur qu’en 2023. Mais nettement en dessous de 2025, où 58 % des points étaient conformes ou au-dessus au 1er juillet, contre 46 % cette année.

Le bulletin d’août n’est pas encore paru : le BRGM diffuse habituellement le sien vers le milieu du mois. Compte tenu du déficit de pluie de juillet, aucun mécanisme connu ne permet d’attendre un redressement.

Étage 3, les restrictions : ce que votre palier interdit ce soir

C’est l’étage que vous croisez concrètement. Au 4 août, le décompte des arrêtés recensait 95 départements métropolitains concernés, plus trois en outre-mer. Un même département peut cumuler plusieurs paliers selon ses bassins versants : le niveau qui s’applique est celui de votre zone d’alerte, pas celui du chef-lieu. Le portail VigiEau donne la réponse à l’adresse près.

Voici les trois étages mis côte à côte, avec pour chacun le dernier relevé et celui d’un mois plus tôt.

Les trois étages de l’eau en France, état au 8 août 2026
ÉtageIndicateurDernier relevéUn mois plus tôtSource
SolsTempérature moyenne du mois24,9 °C en juillet 2026, record depuis 1900Normale 1991-2020 dépassée de 3,8 °CMétéo-France, 4 août 2026
SolsDéficit de précipitationsEnviron 70 % en juillet, 3e juillet le plus secHumidité de fin juillet au niveau d’une mi-aoûtMétéo-France, 4 août 2026
NappesPoints de suivi sous les normales54 % au 1er juillet42 % au 1er juinBRGM, bulletins mensuels
NappesPoints de suivi en baisse93 % au 1er juillet77 % au 1er juinBRGM, bulletins mensuels
RestrictionsDépartements au palier crise67 au 7 août42 au 10 juilletRelevés AAP d’après VigiEau
RestrictionsDépartements sous arrêté, tous paliers95 sur 96 en métropole au 4 aoûtn.d.Décompte des arrêtés, 4 août 2026

Pour les usages domestiques, le palier crise interdit en général l’arrosage des pelouses et des massifs, le lavage des véhicules hors station équipée, le remplissage des piscines privées et le nettoyage des façades et terrasses. Côté agricole, la règle bascule le plus souvent sur une interdiction de prélèvement assortie de dérogations ciblées : maraîchage, horticulture, irrigation en goutte-à-goutte, jeunes plantations de moins de trois ans, avec des créneaux souvent restreints à la nuit. L’abreuvement des animaux reste prioritaire.

Le Marais poitevin, où les trois étages se rejoignent

Un bassin donne à voir l’enchaînement complet. Le bulletin du Marais poitevin daté du 1er août décrit une quasi-absence de pluie en juillet, des réserves souterraines qui se vident en continu, des cours d’eau très dégradés en dehors des tronçons réalimentés, et des niveaux de marais en forte baisse par inversions généralisées : l’eau du marais repart vers les nappes vidées au lieu d’en recevoir. Les volumes collectifs d’irrigation y sont largement consommés, et les réserves d’eau potable subissent à la fois la demande et l’évaporation.

Canal de marais aux berges vaseuses découvertes, niveau d'eau très bas sous des frênes têtards.
Dans le Marais poitevin, l’eau du marais repart vers les nappes vidées au lieu d’en recevoir.

C’est la séquence de l’été 2026 en miniature : le sol ne restitue plus, la nappe ne soutient plus le cours d’eau, et le gestionnaire n’a plus que le soutien d’étiage pour tenir les niveaux contractuels sur quelques tronçons.

Ce qu’il faut surveiller d’ici la fin août

Trois indicateurs, dans cet ordre. Le bulletin du BRGM au 1er août, attendu vers le milieu du mois, dira si le décrochage des nappes s’est poursuivi ou s’il s’est stabilisé. Le nombre de départements en crise, lui, a peu de marge de progression : ce sont les sorties de crise qu’il faudra guetter, car elles seules signeraient un retournement. Enfin la recharge, qui ne s’amorce pas avant le début de l’automne et court jusqu’au printemps : c’est elle, et non les orages d’août, qui décidera de l’état des nappes en 2027.

D’ici là, la question utile n’est pas de savoir si cet été bat un record, mais ce que chacun peut ne pas prélever. Vérifiez votre zone avant d’ouvrir un robinet extérieur : à ce stade de la saison, sept départements sur dix parmi ceux placés sous arrêté sont déjà au niveau maximal.

Questions courantes

Comment savoir à quel palier je suis ?
Le niveau dépend de votre zone d’alerte, pas de votre département entier. Le portail public VigiEau donne le palier applicable à votre adresse et la liste des usages restreints, à partir des arrêtés préfectoraux en vigueur.

Que reste-t-il autorisé au palier crise ?
Les usages prioritaires : eau potable, santé, sécurité civile, salubrité. L’arrosage des pelouses, le lavage des voitures hors station, le remplissage des piscines privées et le nettoyage des terrasses sont en général interdits, avec des variantes selon les arrêtés.

Les orages de début août ont-ils amélioré la situation ?
Pas au niveau des nappes. Sur une terre desséchée et compactée, une averse violente ruisselle au lieu de s’infiltrer et repart vers les réseaux. La recharge des nappes se joue surtout entre l’automne et le printemps.

2026 est-elle pire que 2022 ou 2023 ?
Cela dépend de l’étage. Pour les sols, juillet 2026 est le mois le plus chaud mesuré en France depuis 1900 et l’un des plus secs. Pour les nappes, le BRGM juge la situation moins préoccupante qu’en 2022 hors Massif central et meilleure qu’en 2023, mais en retrait par rapport à 2025.

Combien de départements sont concernés au total ?
Au 4 août 2026, 95 des 96 départements métropolitains étaient sous arrêté sécheresse tous paliers confondus, plus trois départements d’outre-mer. Au 7 août, 67 se trouvaient au palier crise, 21 en alerte renforcée, 7 en alerte et 4 en vigilance.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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