Gros plan sur une toile de lin ancienne, tissage irrégulier et plis marqués, posée à plat sur une table de conservation en lumière rasante.

12 échantillons, 4 lignées : ce que l’ADN du suaire de Turin documente vraiment

Douze échantillons de 1978, quatre lignées humaines, du corail rouge et des plantes cultivées : le séquençage du suaire de Turin documente ses manipulations, pas son origine. Ce que l'ADN peut dire, et ce qu'il ne peut pas.

Sommaire
  1. En bref
  2. Douze échantillons, un séquençage sans a priori
  3. La lignée la plus abondante est celle du préleveur
  4. Ce que l'ADN peut dire, ce qu'il ne peut pas
  5. Carbone 14 et génétique : deux horloges différentes
  6. Corail, carotte, cacahuète : la biographie d'un objet manipulé
  7. Ce que la méthode change pour les objets conservés
  8. Questions courantes

Décryptage

En bref

  • Des équipes des universités de Padoue et de Pavie ont séquencé l’ADN de douze échantillons prélevés sur le suaire de Turin en octobre 1978, dans un article paru le 9 juillet 2026 dans Scientific Reports.
  • Ce que le séquenceur a lu est un mélange : quatre lignées mitochondriales humaines, des bactéries, des champignons, des archées halophiles, des plantes cultivées, des animaux domestiques et du corail rouge de Méditerranée.
  • La lignée humaine la plus abondante est celle du chercheur qui a effectué le prélèvement en 1978, dans des conditions non stériles.
  • Les auteurs écrivent qu’aucun ADN d’origine ne peut être isolé et que leurs résultats ne visent ni à établir l’âge du linge ni à trancher son authenticité.
  • Ce que cette génétique documente, ce sont des contacts. La datation d’un tissu relève du carbone 14, une méthode entièrement distincte.

Un linge que l’on déplie, que l’on replie, que l’on transporte, que l’on sauve du feu, que l’on montre à des foules, que l’on recoud, que l’on range au fond d’un coffre. Chaque geste dépose quelque chose : une cellule de peau, un pollen, la poussière de la pièce où l’on travaille, une bactérie venue d’une paume. Multipliez par des siècles de vénération et de manutention. Vous obtenez la couche que douze échantillons de lin viennent de livrer à un séquenceur.

L’article est paru le 9 juillet 2026 dans Scientific Reports (DOI 10.1038/s41598-026-60684-7), signé par des chercheurs des universités de Padoue et de Pavie, au sein d’un projet international auquel a participé l’université de Lancashire. On l’attendait sur une question, celle que l’on pose à cet objet depuis très longtemps. Il en documente une autre, et c’est précisément ce qui le rend passionnant à lire.

Douze échantillons, un séquençage sans a priori

Le matériel analysé ne vient pas d’un prélèvement récent. Il provient de la collecte officielle des 8 et 9 octobre 1978, conduite par le professeur Pierluigi Baima Bollone, dont le communiqué de Padoue rappelle les circonstances. Douze échantillons au total : sept tubes contenant des filaments de lin, quatre flacons de poussière aspirée, une lame de microscope.

La méthode est un séquençage à haut débit de banques génomiques dites « shotgun », qui ne cherche rien en particulier et lit tout ce qui se présente. Le résultat porte les marques d’un ADN abîmé : des fragments d’une longueur moyenne inférieure à cent paires de bases. Les bactéries représentent selon les échantillons de 10 à 31 % des lectures. L’ADN humain dépasse 10 % des lectures dans trois cas seulement, avec une profondeur moyenne supérieure à 0,5 fois le génome. Autrement dit : peu de signal humain, beaucoup de signal environnemental, et rien qui ressemble à une couche originelle intacte que l’on pourrait isoler du reste.

La lignée la plus abondante est celle du préleveur

C’est le résultat qui résume tout le reste. Le papier identifie quatre lignées mitochondriales humaines principales : K1a1b1a, H2a2, H1b et H33. La plus abondante, K1a1b1a, est caractéristique des populations juives ashkénazes et correspond, écrivent les auteurs, à l’haplotype du professeur Baima Bollone lui-même, décédé depuis. Le communiqué de Padoue décrit également un profil largement répandu en Eurasie occidentale et une lignée moins commune, fréquente au Proche-Orient, notamment chez les Druzes.

Le professeur Alessandro Achilli y rappelle un détail décisif : les procédures d’échantillonnage n’ont pas été menées en conditions stériles, « par exemple sans gants ». Son collègue Gianni Barcaccia ajoute que la contamination introduite lors de la collecte a « malheureusement obscurci de nombreuses traces génétiques préexistantes ». L’analyse protéique va dans le même sens : aucun peptide ancien n’a été identifié, seulement des kératines et d’autres protéines associées à la manipulation de la peau.

Des mains gantées prélèvent un unique fil de lin à la pince au-dessus d'un tube d'échantillon ouvert, sur une paillasse de laboratoire.
En 1978, le prélèvement n’a pas été mené en conditions stériles : de là vient la lignée d’ADN la plus abondante du corpus.

Ce que l’ADN peut dire, ce qu’il ne peut pas

Retenez cette phrase, elle est dans le papier : l’âge du suaire ne peut pas être déterminé par métagénomique, cette méthode étant incapable d’apporter la moindre preuve robuste sur ce point. Le relais de ScienceDaily le formule autrement : parce que le tissu a été touché et exposé à des environnements variés pendant des siècles, il n’est pas possible d’isoler un ADN d’origine qui aurait pu s’y trouver. Et le résumé précise que les résultats ne sont pas destinés à établir l’âge de l’objet ni son authenticité.

Ce que la génétique livre ici, c’est un inventaire de dépôts. Voici ce que le séquençage a mesuré, avec le dénominateur de chaque proportion, qui compte autant que le chiffre.

Ce que le séquençage a identifié sur les douze échantillons de 1978, et dans quel groupe de référence chaque part est calculée.
Signal biologiquePart mesuréeGroupe de référenceCe que le papier en dit
Corail rouge de Méditerranée (Corallium rubrum)33,3 %animaux marins identifiéslisté parmi les contaminants
Carotte (Daucus carota)30,9 %taxons végétaux identifiésplante cultivée, signal de manipulation et d’environnement
Chien domestique22,1 %animaux domestiques identifiésanimal domestique
Chat domestique21,7 %animaux domestiques identifiésanimal domestique
Blé cultivé11,6 %taxons végétaux identifiésplante cultivée
Bactéries10 à 31 %lectures totales, selon l’échantillonmicrobiome incluant des archées halophiles
ADN humainplus de 10 % dans 3 échantillons sur 12lectures totalesquatre lignées mitochondriales, dont celle du collecteur

Carbone 14 et génétique : deux horloges différentes

La confusion est si répandue qu’elle mérite une section. Le carbone 14 mesure la décroissance d’un isotope dans la matière de la fibre elle-même : il donne un âge du support. La génétique lit des molécules déposées à la surface : elle donne des contacts. Une horloge interroge le lin, l’autre interroge les mains. Elles ne peuvent pas se contredire, puisqu’elles ne mesurent pas le même objet.

Le communiqué de Padoue rappelle d’ailleurs les chiffres de datation, qui ne proviennent pas de cette étude d’ADN : la mesure radiocarbone de 1988 avait donné une fourchette 1260-1390, et des analyses plus récentes sur deux fils donnent 1451-1799, cohérentes selon le texte avec les restaurations qui ont suivi l’incendie de 1532 à Chambéry, où le linge se trouvait alors. Ces valeurs relèvent du carbone 14. Aucune ne sort du séquenceur. Confondre les deux revient à demander l’heure à un thermomètre.

Corail, carotte, cacahuète : la biographie d’un objet manipulé

L’inventaire végétal et animal est le plus parlant. Côté plantes : carotte, blé, maïs, bananes, cacahuètes. Côté animaux : bovins, porcs, poules, chiens, chats. Et ce corail rouge de Méditerranée, qui pèse un tiers des animaux marins identifiés. Pour ce décryptage, nous avons croisé les proportions publiées dans le papier avec les avertissements du communiqué de Padoue : les cinq taxons les plus abondants sont tous des signaux de contact ou d’environnement, aucun n’est un signal d’origine.

Quelle part des taxons végétaux identifiés sur le linge correspond à la simple carotte ?

30,9 % des taxons végétaux : le légume le plus banal d’un potager domine l’inventaire botanique de la relique la plus discutée d’Europe.

Aucun des cinq taxons les plus abondants ne renseigne l'origine du linge : tous documentent des contacts, des environnements de conservation et des manipulations (limite méthodologique : chaque part est calculée dans son propre groupe taxonomique, les barres ne se comparent donc pas entre groupes, et ces proportions ne datent rien).
Aucun des cinq taxons les plus abondants ne renseigne l’origine du linge : tous documentent des contacts, des environnements de conservation et des manipulations (limite méthodologique : chaque part est calculée dans son propre groupe taxonomique, les barres ne se comparent donc pas entre groupes, et ces proportions ne datent rien).

La tentation est immédiate : lire une chronologie dans cette liste, puisque certaines de ces plantes n’ont pas toujours circulé en Europe. C’est exactement ce contre quoi Gianni Barcaccia met en garde, en appelant à la prudence avant d’attribuer des traces génétiques individuelles à des événements historiques précis ou à des origines géographiques. Sa formule est la meilleure définition de ce corpus : l’ADN analysé représente « le chevauchement cumulatif de signaux biologiques déposés au fil du temps ». Une superposition, pas une strate datable.

Un grand textile ancien déployé à plat sur une table capitonnée, deux personnes de dos en blouse, masque et gants, l'examinent dans un atelier de musée.
Chaque exposition, chaque transport et chaque restauration ajoute une couche biologique que le séquençage lira des siècles plus tard.

Ce que la méthode change pour les objets conservés

Sortons du suaire. Ce que démontre ce travail, résume SciTechDaily, c’est la capacité de la génomique médico-légale à reconstituer l’histoire biologique d’un objet : non pas ce qu’il est, mais ce qui l’a touché. Pour toute collection très manipulée, textiles anciens compris, la leçon est double. Le signal existe, il est lisible, et il raconte des gestes de conservation autant que des origines.

Le contraste avec l’ADN ancien prélevé sur des restes exhumés dans des conditions contrôlées est net : dans ce cas, la lecture peut être franche, comme dans notre article sur un ADN de 5 500 ans. Ici, l’objet a été porté, montré, sauvé, restauré, prélevé sans gants. Le suaire de Turin n’a pas répondu à la question qu’on lui pose depuis longtemps. Il en a documenté une autre, que personne ne lui posait : celle de toutes les mains qui l’ont tenu.

Questions courantes

Cette étude dit-elle si le suaire est authentique ?
Non. Les auteurs écrivent que leurs résultats ne visent pas à établir l’âge du linge ni son authenticité, et qu’aucun ADN d’origine ne peut être isolé du mélange accumulé.

Pourquoi retrouve-t-on l’ADN du chercheur de 1978 ?
Parce que la collecte n’a pas été menée en conditions stériles, sans gants selon Alessandro Achilli. La lignée mitochondriale la plus abondante correspond à l’haplotype du préleveur.

L’ADN permet-il de dater un tissu ancien ?
Pas ici. Le papier indique que la métagénomique ne peut apporter aucune preuve robuste sur l’âge du suaire. La datation d’une fibre relève du carbone 14, qui mesure la matière elle-même.

Que vient faire du corail rouge sur un drap de lin ?
Il figure parmi les contaminants listés par les auteurs, avec des plantes cultivées et des animaux domestiques. Les chercheurs appellent à la prudence avant de rattacher une trace isolée à un événement précis.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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