
Grimpez l’Alpe d’Huez un matin de juin, les jambes fraîches, et votre chrono peut se ranger devant celui d’un coureur du Tour. La phrase paraît absurde. Elle se vérifie pourtant sur le bitume, segment après segment.
En reportage dans les Hautes-Pyrénées, France 3 a suivi ces cyclistes du dimanche qui prennent d’assaut les tronçons Strava des cols de la Grande Boucle. Le constat d’un pratiquant y tient en une formule : les amateurs peuvent monter plus vite que les pros, « et c’est challengeant ». Le 20 heures de France 2 a consacré un sujet à cette course parallèle, invisible au classement mais bien réelle sur les compteurs.
Un Savoyard de 28 ans, 21 virages, 35 minutes
Prenez Arthur Blanc. Le 19 juin, ce coureur de la modeste formation Prizm Racing a avalé les 21 virages de l’Alpe d’Huez en 35’38, meilleur temps du célèbre segment, comme l’a relevé L’Équipe. La question a suivi aussitôt : la marque tiendrait-elle après le passage de Tadej Pogacar et de ses rivaux ? Quelques mois plus tôt, le Canadien Jack Burke avait déjà effacé de 9 secondes le temps de Sepp Kuss, grimpeur de Visma-Lease a Bike, avec un 35’56 rapporté par Cycling Weekly. Le même Burke détient les records du Mortirolo et du Stelvio et court après un contrat professionnel, deux ans après avoir été fauché par une voiture. Des inconnus du grand public, chrono en main, devant des hommes qui roulent le Tour.
Nous avons compilé les temps relevés côté amateur, Arthur Blanc en 35’38 le 19 juin et Jack Burke en 35’56 devant Sepp Kuss à 420 watts, pour les mettre en regard de ceux des pros posés en fin d’étape.
Pourquoi le frais bat le cuit
Le secret n’a rien de sorcier. Un professionnel attaque l’Alpe après quatre ou cinq heures de course et plusieurs cols dans les jambes. L’amateur, lui, choisit son jour : ciel dégagé, température idéale, une seule ascension à sortir. Burke a grimpé par 5 degrés au départ, seul contre la montre, à 420 watts de moyenne pour un peu plus de 20 km/h sur douze kilomètres de pente. Et il l’a reconnu sans détour : bluffé que Pogacar, Vingegaard ou Geraint Thomas signent pareil effort en toute fin d’étape.
Ajoutez l’échelle. Un segment isole souvent la portion la plus courte et la plus roulante d’un col, quand le pro subit l’ascension entière dans le feu de la bagarre. Le tronçon récompense enfin le contexte : comme le rappelle un guide spécialisé, personne ne décroche un record face au vent. On guette la bonne fenêtre météo, on relance, on recommence jusqu’à la tentative parfaite. Le coureur du Tour, lui, n’a qu’un seul essai, dicté par la stratégie d’équipe. Voilà l’écart que les récits épatés oublient de mettre à plat.
Le vélo où chacun se mesure aux stars
C’est la vraie nouveauté, et elle réjouit. Jamais un sport de masse n’avait permis à chacun de se comparer, virage après virage, aux meilleurs de la planète. Les 16 000 amateurs de l’Étape du Tour se chronomètrent sur les mêmes rampes que les cadors, puis rentrent éplucher leurs watts au chaud. Strava revendique plus de 100 millions d’inscrits, et ses tronçons sont dessinés par la communauté elle-même, bénévolement, borne après borne. Chaque col est devenu un stade ouvert en permanence, sans billet ni tribune.

Reste la part d’ombre, que ces chasseurs de temps connaissent mieux que personne. Un classement ouvert attire les arrangements : aspiration cachée derrière une voiture, tracé GPS fantaisiste, parfois un moteur dans le cadre. Les temps trop beaux sont signalés, contrôlés, puis effacés par une police discrète de passionnés qui traque l’anomalie. Le fair-play, ici, ne tient pas à un jury officiel mais à cette vigilance collective, souvent bénévole.
Reste surtout l’admiration. Le plus étonnant, dans ces exploits d’anonymes, c’est le respect qu’ils nourrissent pour les pros : battre un temps de champion, jambes reposées, rend plus fan encore de ceux qui le posent au bout de l’effort. Alors le prochain record de l’Alpe d’Huez tombera peut-être avant le retour du peloton. Sortez le vélo du garage : votre ligne de départ vous attend déjà sur votre téléphone.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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