
Sommaire
Décryptage
En bref
- 332 500 étrangers sont devenus allemands en 2025, un record pour la cinquième année consécutive.
- La réforme de juin 2024 autorise la double nationalité et abaisse la résidence exigée de huit à cinq ans.
- Syriens, Turcs et Russes forment les trois premiers groupes ; plus de 85 % gardent leur passeport d’origine.
- Au même moment, l’essai d’un développeur turc naturalisé, « Plus allemand que bien des Allemands », devient viral.
- En 2024, l’Allemagne a naturalisé près de trois fois plus de personnes que la France.
332 500 passeports en douze mois
Hambourg, un matin de 2025. Dans un bureau d’état civil, Mert Bulan, développeur venu de Turquie, repart avec son Einburgerungsurkunde, le certificat qui fait de lui un citoyen allemand. Il n’est pas seul. En 2025, 332 500 étrangers ont obtenu la nationalité allemande, soit 14 % de plus qu’un an plus tôt. C’est un record, et pas n’importe lequel : la cinquième année consécutive de hausse, et la première fois que le pays franchit la barre des 300 000 naturalisations depuis le début des statistiques harmonisées, en 2000.
Le précédent record datait de 2024, avec 291 955 nouveaux Allemands. En douze mois, 40 500 personnes de plus ont donc changé de passeport. Derrière la courbe, une administration sous tension : 467 400 dossiers déposés, 371 100 traités, 90 % acceptés. Berlin a bouclé près de 39 000 procédures, presque le double de l’année précédente, pendant qu’à Munich plus de 40 000 demandes attendaient encore au printemps. Le chiffre impressionne ; il cache une file d’attente.

Ce qu’a changé la réforme de 2024
Pour comprendre l’emballement, il faut regarder une loi. Entrée en vigueur le 27 juin 2024, la réforme de la citoyenneté portée par la coalition d’Olaf Scholz a fait sauter deux verrous. Premier verrou : la double nationalité, longtemps réservée aux ressortissants de l’Union européenne et de la Suisse, devient la règle. Résultat, plus de 85 % des nouveaux naturalisés de 2025 ont conservé leur passeport d’origine, et l’Allemagne compte désormais environ 3,6 millions de binationaux.
Second verrou : la durée de résidence exigée passe de huit à cinq ans, et descend même plus bas pour les parcours d’intégration jugés exceptionnels. Concrètement, des dizaines de milliers de personnes installées de longue date sont devenues éligibles presque du jour au lendemain. La demande a suivi, plus vite que les guichets. Le pays a ouvert la porte ; il peine encore à faire entrer tout le monde au rythme promis. C’est le paradoxe d’une réforme qui a réussi trop vite pour ses propres services d’état civil.
Qui devient allemand
Le record a un visage pluriel. Les Syriens forment de loin le premier groupe avec 65 600 naturalisations, soit près d’un nouveau citoyen sur cinq : beaucoup sont arrivés lors de l’accueil de 2015 et 2016 et atteignent aujourd’hui le seuil des cinq ans. Fait notable, leur nombre recule pourtant de 21 % sur un an, signe que la vague post-2015 a commencé à passer. Derrière, les Turcs (34 100) et les Russes (19 700) bondissent chacun de 51 %, tandis que les Bosniens plus que doublent (+126 %).
| Nationalité d’origine | Naturalisations 2025 | Part du total | Évolution sur un an |
|---|---|---|---|
| Syrienne | 65 600 | ~20 % | -21 % |
| Turque | 34 100 | 10 % | +51 % |
| Russe | 19 700 | 6 % | +51 % |
| Bosnienne | 8 800 | n.c. | +126 % |
| Ensemble | 332 500 | 100 % | +14 % |
Ce tableau raconte deux histoires en une : une intégration de long cours pour les Syriens, et un rattrapage pour des communautés, la turque en tête, longtemps freinées par l’interdiction de la double nationalité. Pour beaucoup de familles turques présentes depuis deux ou trois générations, la réforme lève un dilemme ancien : devenir allemand sans renoncer à la Turquie.

« Plus allemand que bien des Allemands »
Au même moment, un texte circule bien au-delà des cercles administratifs. Sous le titre « More German than many Germans », Mert Bulan publie son essai sur sa naturalisation, et il grimpe en tête de Hacker News. Arrivé en 2017 pour un stage Erasmus, sans avoir jamais quitté la Turquie, il dépose sa demande en 2024 dès que le délai tombe à cinq ans, et obtient son certificat après quatorze mois : niveau d’allemand B1, test de citoyenneté, preuve de cinq années de cotisations sociales, adhésion aux valeurs démocratiques.
Son constat détonne avec le discours convenu sur l’effort d’intégration. « Je n’ai jamais vraiment essayé de m’intégrer. Il se trouve que ma façon de voir la vie ressemblait à celle des gens d’ici », écrit-il. Ponctualité, respect des règles vécu comme une logique plutôt qu’une contrainte, attention portée « à des gens qu’on ne rencontrera jamais » : le développeur se découvre, à la lettre, plus allemand que bien des Allemands. L’État, lui, compte des passeports. L’intéressé, lui, raconte une appartenance. Les deux ne parlent pas tout à fait de la même chose.
Et la France, dans tout ça ?
Vu de Paris, la question n’est pas que démographique. La France admet la double nationalité depuis longtemps, sans le débat qui a agité Berlin. Mais les volumes ne se comparent pas. Selon Eurostat, l’Allemagne a naturalisé 288 700 personnes en 2024, première d’Europe, quand la France en comptait 103 700, quatrième du continent. Près de trois fois moins. Sur un an, l’Allemagne a gagné 88 900 naturalisés de plus, la France seulement 6 400. À elle seule, l’Allemagne a pesé pour un quart des naturalisations de l’Union.
Pour situer ce record, nous avons croisé les chiffres allemands de 2025 et les données Eurostat 2024 : avec 288 700 naturalisations contre 103 700 en France, l’Allemagne en accorde près de trois fois plus que sa voisine.
La bascule est récente. Longtemps, la France naturalisait davantage qu’une Allemagne arc-boutée sur le droit du sang. La réforme de 2024 a inversé le rapport de force en quelques mois. Reste une question que ni les statistiques allemandes ni les chiffres français ne tranchent : ouvrir la nationalité plus vite, est-ce fabriquer des citoyens, ou reconnaître ceux qui le sont déjà devenus ? L’Allemagne, qui courtise par ailleurs les travailleurs qualifiés, vient de faire son pari, chiffres et récits à l’appui.
Un débat qui déborde l’Allemagne
Le mouvement n’est pas qu’allemand. En 2024, 1 177 232 personnes ont acquis la nationalité d’un pays de l’Union européenne, soit 11,6 % de plus qu’un an plus tôt, et l’Allemagne a porté à elle seule une large part de cette hausse. En banalisant la double nationalité, Berlin a fait basculer une question longtemps taboue au nord du Rhin : peut-on appartenir à deux pays sans trahir ni l’un ni l’autre ? La réponse allemande, désormais, est oui.
Ce choix rejoint des pays qui, comme la France, l’avaient tranché depuis des décennies. Il éloigne l’Allemagne du modèle restrictif qui fut le sien pendant un siècle. Pour les 3,6 millions de binationaux du pays, la nuance n’est pas théorique : elle décide de la carte d’identité, du droit de vote et, parfois, du sentiment d’être enfin chez soi.
Questions fréquentes
Questions courantes
Combien de personnes ont été naturalisées allemandes en 2025 ?
332 500, soit 14 % de plus qu’en 2024 et un record pour la cinquième année consécutive.
Qu’a changé la réforme de 2024 ?
Elle autorise la double nationalité pour tous et abaisse la durée de résidence exigée de huit à cinq ans.
Quelles sont les principales nationalités concernées ?
Les Syriens arrivent en tête avec 65 600 naturalisations, devant les Turcs (34 100) et les Russes (19 700).
La France naturalise-t-elle autant ?
Non : selon Eurostat, la France a accordé 103 700 nationalités en 2024, près de trois fois moins que l’Allemagne.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
L’Odyssée de Nolan en IMAX 70 mm : la seule salle de France est à Montpellier - 2
Musées gratuits le premier dimanche du mois : la règle et les pièges - 3
600e de Taratata : ce que France 2 a rediffusé jeudi soir avait été tourné dix mois plus tôt - 4
Conseillers numériques : le budget passe de 40 à 14 millions d’euros, et les démarches bloquent toujours - 5
Un agent d’IA a passé quatre jours et demi dans les serveurs de Hugging Face avant d’être repéré
Nos dossiers
- France488
- Santé210
- Science207
- Prévention197
- Culture184
- Consommation178
- Biodiversité171
- IA149
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

