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Décryptage
Votre rue plonge-t-elle dans le noir passé minuit ? Vous n’êtes pas seul, et c’est même devenu la norme silencieuse d’une bonne partie du pays. En recoupant la cartographie satellitaire du Cerema, qui recense 11 980 communes en extinction totale, avec les quelque 34 900 communes que compte la France, nous avons calculé qu’environ une commune sur trois coupe désormais entièrement ses lampadaires au cœur de la nuit.
En bref
- Selon nos calculs, environ une commune française sur trois pratique l’extinction totale en cœur de nuit : 11 980 communes recensées par le Cerema, rapportées aux 34 900 communes du pays.
- La première étude française sur le sujet ne trouve aucun effet significatif de l’extinction sur la délinquance, à part une hausse très faible des cambriolages (+0,35 pour 1 000 foyers).
- L’éclairage public pèse 41 % de la facture d’électricité des communes (ADEME) : l’éteindre efface une consommation réelle, d’autant plus grande que le parc est vieillissant.
- Pour la faune, le bilan est nuancé : certaines espèces intolérantes à la lumière y gagnent, d’autres non, et la science manque encore de recul.
Le débat ressurgit à chaque conseil municipal, et plus encore à l’approche des municipales : couper la lumière, est-ce une économie de bon sens, un cadeau à la nature, ou une porte ouverte aux cambrioleurs ? La bonne nouvelle, c’est qu’on dispose enfin de chiffres pour trancher, au lieu des impressions de comptoir. Nous les avons rassemblés.
Qui éteint, et depuis quand
La réponse tient dans une image satellite. En observant la lumière émise chaque nuit par 19 262 communes entre 2014 et 2024, le Cerema a pu établir qui coupe et qui garde allumé. Résultat : 11 980 communes pratiquent une extinction totale, 3 547 une extinction partielle ou une rénovation d’ampleur, et 131 seulement ont fait le choix inverse, celui de rallumer.

Le basculement a une date. Près de 30 % de ces extinctions totales ont été décidées entre septembre et décembre 2022, en pleine crise énergétique, quand la flambée des prix a poussé même les villes denses à couper. Ce qui était une habitude rurale, en Bretagne ou en Bourgogne, est devenu un réflexe national.
Un mot sur le fameux chiffre de 62 %, souvent cité : il désigne la part des communes étudiées qui éteignent totalement, pas l’ensemble du pays. Ramené aux 34 900 communes françaises, cela correspond bien à environ une sur trois, ce que confirme l’ordre de grandeur avancé par l’AFP d’un peu plus d’un tiers des communes métropolitaines.
Les petites communes en première ligne
Toutes les communes n’éteignent pas au même rythme, et la taille fait toute la différence. Plus une commune est petite, plus elle coupe : plus de la moitié des communes de 1 000 à 5 000 habitants pratiquent l’extinction totale, contre 36 % des villes de 20 000 à 40 000 habitants et seulement 23 % au-delà.

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Les grandes villes, elles, préfèrent baisser la puissance ou rénover leur parc plutôt que de tout éteindre, notamment pour préserver les artères commerçantes. Géographiquement, quatre régions dépassent les 40 % de communes en extinction totale : Auvergne-Rhône-Alpes, Île-de-France, Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Ce que ça change pour l’énergie et le budget
Éteindre efface une consommation bien réelle, et c’est le premier argument des communes. À l’échelle du pays, l’éclairage public ne représente que 0,54 % de la consommation électrique nationale en 2024, mais son poids dans le budget des communes est tout autre.
D’après l’ADEME, l’éclairage public pèse 41 % de la consommation d’électricité des collectivités et 37 % de leur facture d’électricité. Or plus de la moitié du parc serait vétuste et surconsommateur : c’est pourquoi la coupure nocturne et le passage à la LED, qui compose déjà 40 % du parc national, vont souvent de pair.
L’extinction nocturne en chiffres
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Communes en extinction totale | 11 980 (62 % des 19 262 étudiées) | Cerema |
| Communes en extinction partielle ou rénovation | 3 547 | Cerema |
| Communes ayant choisi de rallumer | 131 | Cerema |
| Part du parc en LED | 40 % | Cerema / AFE |
| Éclairage public dans la conso électrique nationale | 0,54 % (2024) | RTE |
| Baisse de puissance appelée en cœur de nuit | -34,2 % (mai 2022 à mai 2023) | Enedis |
| Éclairage public dans la conso électrique des communes | 41 % | ADEME |
| Effet sur les cambriolages | +0,35 pour 1 000 foyers | Étude Paris-Saclay, 2017-2023 |
Tableau Actu Alt Plus. Sources : Cerema, RTE, Enedis, ADEME, Université Paris-Saclay. L’extinction pèse peu à l’échelle nationale, mais lourd dans le budget d’une commune : c’est là que se joue vraiment la décision.
L’effet se mesure sur le réseau : Enedis a constaté une baisse de 34,2 % de la puissance appelée en cœur de nuit entre mai 2022 et mai 2023, à mesure que les communes coupaient. L’économie n’est donc pas un slogan, même si elle dépend beaucoup de l’état du parc de chaque ville.
Sécurité : ce que dit la première étude française
C’est l’argument qui fait rallumer des rues entières, et pourtant il ne tient pas face aux données. La première étude empirique française, menée par une économiste de l’Université Paris-Saclay sur les statistiques de délinquance de 2017 à 2023, est sans ambiguïté : l’extinction n’a pas d’effet significatif sur la grande majorité des crimes et délits.

Pour onze catégories d’infractions, des dégradations aux vols de véhicules, aucun coefficient n’est statistiquement significatif. Seuls les cambriolages augmentent très légèrement, de l’ordre de 0,35 pour 1 000 foyers, un effet minime et concentré en zone urbaine. Plusieurs travaux étrangers vont dans le même sens, comme le rappelle une synthèse de l’AFP.
La peur du noir, elle, est bien réelle, et les spécialistes la prennent au sérieux : l’obscurité nourrit un sentiment d’insécurité, même sans hausse de la criminalité. D’où la voie médiane retenue par beaucoup de villes, entre baisse de puissance, extinction par quartier et détection de passage. Pour le lecteur qui suit ces sujets, c’est un rappel utile : l’intuition et la mesure ne disent pas toujours la même chose.
Biodiversité : des gagnants, des perdants
Rendre la nuit à la nuit profite d’abord aux espèces qui la fuyaient. La lumière artificielle modifie le comportement de nombreux animaux et brouille les relations entre proies et prédateurs. En éteignant, on aide surtout les espèces intolérantes à la lumière, d’autant plus quand la coupure intervient tôt après le coucher du soleil.
Le tableau n’est pourtant pas tout blanc. Certaines espèces tiraient parti des insectes piégés autour des lampadaires : pour elles, l’extinction retire un garde-manger. La littérature scientifique reste d’ailleurs mince, faute de recul sur une pratique récente à grande échelle.
Une piste concilie tout le monde : l’extinction estivale, déjà pratiquée dans des parcs naturels régionaux comme le Gâtinais. En coupant l’éclairage pendant les mois où le jour tombe tard, on économise de l’énergie et on protège la faune au pic de son activité. Cette logique de nuit préservée rejoint les efforts plus larges qui font de la France l’un des pays les plus verts au monde. Éteindre, au fond, c’est moins renoncer à la lumière que la rendre à ceux qui en manquaient.
Questions courantes
Combien de communes éteignent leurs lampadaires la nuit ?
Environ une commune sur trois pratique l’extinction totale, soit 11 980 communes recensées par le Cerema sur les 34 900 que compte la France. En ajoutant les extinctions partielles et rénovations, on dépasse une commune étudiée sur deux.
Éteindre l’éclairage augmente-t-il la délinquance ?
Non, pas de façon significative. La première étude française (Université Paris-Saclay, 2017-2023) ne trouve aucun effet sur onze catégories d’infractions. Seuls les cambriolages progressent très légèrement, de 0,35 pour 1 000 foyers.
Combien la coupure fait-elle économiser ?
L’éclairage public représente 41 % de la consommation d’électricité des communes et 37 % de leur facture (ADEME). Enedis a mesuré une baisse de 34,2 % de la puissance appelée en cœur de nuit entre mai 2022 et mai 2023.
Pourquoi les petites communes éteignent-elles plus ?
Plus de la moitié des communes de 1 000 à 5 000 habitants coupent totalement, contre 23 % au-delà de 40 000 habitants. Les grandes villes préfèrent baisser la puissance ou rénover pour préserver leurs artères commerçantes.
L’extinction est-elle bonne pour la biodiversité ?
Plutôt, surtout pour les espèces intolérantes à la lumière. Mais l’effet est nul ou localement négatif pour d’autres, comme celles qui chassaient les insectes attirés par les lampadaires. La science manque encore de recul.
Pourquoi a-t-on massivement éteint à partir de 2022 ?
La crise énergétique de fin 2022 a fait flamber les prix. Près de 30 % des extinctions totales ont été décidées entre septembre et décembre 2022, y compris en ville, ce qui a généralisé une pratique jusque-là surtout rurale.
Existe-t-il un compromis entre économie, sécurité et nature ?
Oui. Beaucoup de communes modulent : baisse de puissance, extinction par quartier, détection de passage, ou extinction seulement l’été. C’est l’approche recommandée, plus fine qu’un choix binaire entre tout allumer et tout couper.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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