
Le chiffre
Un os de la longueur d’un doigt, rangé depuis des décennies dans une collection du Royal Saskatchewan Museum, vient de donner un chiffre que personne n’avait jamais pu poser : un Tyrannosaurus rex nouveau-né pesait environ 2,5 kilos. Moins de 0,1 % de sa masse adulte. Vous pourriez le tenir dans deux mains, et il vous mordrait.
2,5kilos, le poids estimé du plus jeune T. rex jamais décrit
Le fossile s’appelle RSKM P2416.82. C’est un métatarsien III gauche, l’un des longs os du pied, exhumé de la formation de Frenchman, dans le Saskatchewan. Il appartenait à un animal d’environ 75 centimètres de long, mort avant son premier anniversaire.

Comment on pèse un animal disparu depuis 66 millions d’années
La méthode tient à une intuition simple. Les oiseaux descendent des dinosaures théropodes, et leur pied fonctionne de manière comparable. L’équipe menée par le paléontologue Nicholas Longrich, de l’université de Bath, a donc mesuré la surface articulaire du bout de l’os, 8 millimètres sur 7,5, et l’a comparée à celle de 78 espèces d’oiseaux actuels dont on connaît la masse.
Le calcul donne 2 459 grammes, avec un intervalle de prédiction large : entre 1 229 et 5 623 grammes. Les auteurs vont plus loin et corrigent leur propre chiffre, ce qui est rare et honnête. L’animal ayant grandi entre l’éclosion et sa mort, ils estiment le diamètre de l’os à l’éclosion à 84 % de celui mesuré, ce qui ramène le poids de sortie de l’œuf à environ 1 656 grammes.
De là, ils remontent à l’œuf. Chez les crocodiliens, un nouveau-né pèse 65 % de la masse de son œuf ; chez les oiseaux, 67 %. L’œuf de T. rex devait donc peser dans les 2,5 kilos, à peu près une noix de coco.
Un bébé qui courait, et qui chassait
Les os ont ensuite été scannés au synchrotron du Canadian Light Source, à Saskatoon, avec une résolution de 4,4 microns. Ce que la lumière révèle à l’intérieur ne ressemble pas à un nourrisson.
Le tissu osseux montre un remodelage dit de Havers, signature d’un os soumis à des contraintes mécaniques. Ce bébé bougeait, et vite, peu après être sorti de sa coquille.
Les dents confirment. Deux d’entre elles, conservées au Yale Peabody Museum, portent une usure qui a entamé l’émail jusqu’à la dentine, exactement celle décrite chez les tyrannosaures adultes. Un nouveau-né de 2,5 kilos qui mange déjà des vertébrés, pas des insectes.
Pondre beaucoup, n’élever personne
C’est là que le chiffre cesse d’être une curiosité et devient une stratégie. Un nouveau-né minuscule, mobile et autonome, cela signifie beaucoup d’œufs et peu de soins.

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Les auteurs estiment une ponte d’environ 20 œufs chez un petit T. rex adulte, une trentaine chez les plus grands, une quinzaine chez son cousin Gorgosaurus libratus, dont les nouveau-nés pesaient 2,4 kilos. Ils précisent que des pontes de 50, voire 100 œufs, ne sont pas impossibles. Beaucoup naissaient, très peu arrivaient à l’âge adulte.
Nouveau-né de T. rex 2,5 kg
Adulte de référence 6 100 kg
Unité : masse corporelle estimée. Période : Crétacé supérieur, environ 66 millions d’années. Sources : Longrich, Biology 2026, 15(13), 1090. L’adulte de référence est le spécimen MOR 1125, femelle gravide. Limite : les 2,5 kg sont une estimation statistique à partir d’un seul os, avec un intervalle de prédiction à 95 % allant de 1,2 à 5,6 kg. Corrigée au moment exact de l’éclosion, la masse tombe à environ 1,7 kg.

Le tableau est celui d’une reproduction intermédiaire : plus généreuse que celle des reptiles primitifs, bien moins investie que celle des oiseaux actuels, qui pondent gros et couvent. Cela explique pourquoi ses bébés manquaient à l’appel, trop petits pour se fossiliser souvent. Nous avions déjà vu ce même animal se laisser relire par la méthode, quand on a compris pourquoi ses bras avaient rétréci.
Une précision pour les curieux qui voudraient aller voir la bête de près : il n’y a pas de T. rex à demeure en France. Le seul squelette véritable jamais montré au public français était Trix, une femelle de 12,5 mètres, exposée au Muséum national d’Histoire naturelle du 6 juin au 4 novembre 2018. Elle est repartie à Leyde.
Il reste ce vertige. Le plus grand prédateur terrestre de tous les temps a commencé sa vie à deux kilos et demi, seul, dehors, dans un monde qui allait le tuer neuf fois sur dix. Et pendant soixante ans, la preuve dormait dans un tiroir.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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