
Sommaire
Six cent trois. C’est le nombre de barrages, seuils et ouvrages hydrauliques que l’Europe a retirés de ses cours d’eau en 2025, selon le rapport annuel de Dam Removal Europe publié par Wetlands International en mai 2026. Le chiffre dépasse les 542 retraits de 2024 de 11 %. C’est la cinquième année consécutive de record. Depuis le premier décompte continental en 2020, le nombre de démolitions a été multiplié par six. Derrière ce mouvement discret dans les médias généralistes, une transformation écologique mesurable : 3 740 km de rivières rouverts d’un bout à l’autre en un an, et des espèces qu’on croyait perdues qui reviennent frayer là où elles avaient disparu depuis des décennies.
En bref
- En 2025, l’Europe a retiré 603 barrages, seuils et ouvrages de ses cours d’eau, soit 11 % de plus que les 542 retraits de 2024 et un cinquième record consécutif.
- Ces démolitions ont rouvert plus de 3 740 km de rivières en un an, dans 29 pays, la Suède menant avec 173 retraits devant la Finlande et l’Espagne.
- Sur les 1,2 million de barrières recensées en Europe, au moins 150 000 sont déjà jugées obsolètes par Wetlands International.
- En France, le chantier de la Sélune (Normandie), deux barrages effacés entre 2019 et 2023, a vu revenir saumons, anguilles et lamproies selon l’INRAE dès 2023.
L’idée peut sembler contre-intuitive. On construit des barrages depuis des siècles pour retenir l’eau, produire de l’électricité, irriguer les terres. On en détruit aussi, de plus en plus, parce qu’une grande partie de ces ouvrages sont devenus obsolètes : leurs usages ont disparu, leur structure menace de céder, et leur coût d’entretien n’est plus justifié. Sur le continent européen, on estime à environ 1,2 million le nombre total de barrières sur les cours d’eau, dont au moins 150 000 sont déjà considérées comme inutiles, selon Wetlands International. Ces 150 000 obstacles continuent pourtant de fragmenter les rivières chaque jour qu’ils restent debout.

Suède, Finlande, Espagne : qui démantèle, et pourquoi maintenant
En 2025, c’est la Suède qui a mené la danse pour la première fois, avec 173 retraits devant la Finlande et l’Espagne. La Suède a notamment démantelé plusieurs barrages à flottaison, vestiges de son histoire forestière industrielle : des ouvrages construits pour faire descendre les troncs dans les rivières et devenus inutiles depuis l’abandon de cette pratique. En Finlande, la dynamique est similaire. En Espagne, le programme de restauration des rivières s’accélère depuis plusieurs années sous pression réglementaire européenne.
L’Union européenne a adopté en 2024 une loi sur la restauration de la nature qui fixe un objectif de 25 000 km de rivières ramenées à un état naturellement libre d’ici 2030. La démolition de barrières est l’outil le plus direct pour y parvenir. Le rapport Dam Removal Europe 2025 s’inscrit dans ce contexte : c’est à la fois un bilan et un argument en faveur d’une accélération. L’effet sur la biodiversité est rapide. Sur la rivière Dee, au Pays de Galles, après le retrait du barrage d’Erbistock, des nids de lamproies ont été comptabilisés en hausse dès la saison suivante, selon Wetlands International. Le poisson ne prend pas dix ans pour revenir : s’il trouve le chemin ouvert, il le reprend.
Ce que la data dit, en creux : on ne sait pas encore mesurer avec précision l’effet cumulatif de 603 retraits sur une seule année. Les suivis scientifiques prennent du temps, les retours de population fluctuent selon les années, et les rivières reconstituent leur état naturel sur des décennies, pas des saisons. Le rapport souligne que 42 % des espèces de poissons d’eau douce d’Europe sont menacées d’extinction selon la Commission européenne. Les démolitions n’inversent pas ce déclin du jour au lendemain. Elles ouvrent un couloir.

Depuis 2020, l’Europe a multiplié par six le nombre de barrages effacés chaque année. Le graphique ci-dessous retrace cette progression : chaque barre correspond à un record annuel, culminant à 603 retraits en 2025.

La courbe est quasi linéaire : de quelque 100 ouvrages retirés en 2020 à 603 en 2025, soit une augmentation de 11 % entre 2024 et 2025 seul. À ce rythme, l’objectif européen de 25 000 km de rivières libres d’ici 2030 exigera encore une accélération significative.
| Pays | Position 2025 | Particularité |
|---|---|---|
| Suède | 1re (173 retraits) | Barrages à flottaison forestiers démantelés |
| Finlande | 2e | Dynamique similaire à la Suède |
| Espagne | 3e | Accélération sous pression réglementaire UE |
| France | Non classé top 3 | Projet Sélune : 90 km rouverts, saumon revenu dès 2023 (INRAE) |
La France et la Sélune : le plus grand chantier d’effacement d’Europe
La France occupe une position singulière dans ce paysage européen. L’Office français de la biodiversité (OFB) recense environ 430 000 km de cours d’eau hexagonaux, avec en moyenne un obstacle tous les 4 km. Le nombre total d’ouvrages transversaux dépasse 60 000, dont plus de 15 000 sans usage recensé. La Stratégie nationale pour la biodiversité fixe un objectif de continuité restaurée sur 5 000 ouvrages prioritaires d’ici 2030.
Mais c’est en Normandie que se trouve le cas de référence européen : la Sélune. Entre 2019 et 2023, deux barrages ont été effacés sur ce fleuve côtier de la Manche : le barrage de Vezins (36 m de haut, démantelé en 2019-2020) et le barrage de La-Roche-qui-Boit (démantelé en 2022-2023). Cout total : environ 70 millions d’euros. Linéaire de rivière rouvert : environ 90 km vers la baie du Mont-Saint-Michel. L’INRAE, qui suit scientifiquement le fleuve depuis 2012, a annoncé en novembre 2023 le retour des saumons atlantiques, des anguilles européennes et des lamproies marines, après plus d’un siècle d’absence. La rivière s’est aussi refroidie de deux degrés en été : les retenues réchauffaient l’eau, pénalisant les espèces sensibles à la temperature.
Le résultat Sélune est important parce qu’il brise une idée reçue : on pensait qu’il faudrait attendre des décennies pour que la nature reprenne ses droits après un siècle de barrage. Sur la Sélune, les premières recolonisations ont été mesurées en quelques mois. Les effectifs restent bas en 2024-2025 et le programme de suivi court jusqu’en 2027, mais la direction est claire. En Europe, deux pays de plus ont rejoint le mouvement en 2025, l’Islande et la Macédoine du Nord, portant à 29 le nombre total de pays participant au décompte. Le chantier de 150 000 ouvrages obsolètes est immense, mais la démolition 603 fois répétée en un an montre que l’outil existe et qu’il fonctionne.
Questions courantes
Qu’est-ce qu’un effacement de barrage ?
C’est la démolition physique d’un ouvrage hydraulique (barrage, seuil, buse) devenu obsolète. Une fois l’ouvrage retiré, le cours d’eau retrouve son profil naturel, les sédiments reprennent leur transit, et les espèces migratrices peuvent circuler librement.
Pourquoi démolir des barrages ameliore-t-il la biodiversite ?
Les barrières fragmentent les rivières, bloquent les migrations de poissons (saumon, anguille, lamproie), piègent les sédiments et réchauffent l’eau. En les retirant, on reconnecte les habitats et on permet aux espèces de réaliser leur cycle de vie complet.
Quel est le bilan 2025 en Europe ?
603 barrières retirées dans 29 pays, plus de 3 740 km de rivières reconnectés, cinquième record consécutif depuis 2020. La Suède (173 retraits), la Finlande et l’Espagne arrivent en tête, selon le rapport Dam Removal Europe 2025.
Où en est la France ?
La France compte environ 60 000 ouvrages sur ses 430 000 km de cours d’eau. Le projet Sélune (Normandie) est le plus grand chantier d’effacement d’Europe : deux barrages démolis entre 2019 et 2023, retour du saumon et de la lamproie constaté par l’INRAE dès 2023.
Combien de barrières restent a demolir en Europe ?
Sur 1,2 million de barrières recensées, au moins 150 000 sont déjà considérées comme obsolètes par Wetlands International. Au rythme de 2025, il faudrait plus de 240 ans pour les traiter toutes, ce qui souligne l’importance d’une priorisation par bassin versant et par valeur écologique.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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