
Onze lignes rouges tracées à la main sur une paroi calcaire, dans une grotte de la péninsule de Gower au pays de Galles. Pendant presque un siècle, la science officielle les avait rangées parmi les caprices de la géologie : de simples oxydes de fer, rien de plus. Une étude publiée le 26 mai 2026 dans la revue Quaternary renverse ce verdict : ces stries ont été peintes par un être humain il y a 17 100 ans, ce qui en fait le plus ancien art rupestre des îles Britanniques, et l’un des plus anciens d’Europe du Nord-Ouest.
La grotte s’appelle Bacon Hole. Elle s’ouvre sur le bord du canal de Bristol, à quelques kilomètres de Mumbles, en périphérie de Swansea. Ses parois ont livré des tessons pré-romains, une broche irlandaise du VIIe siècle et une marmite médiévale. En 1912, deux préhistoriens, le professeur William Sollas et Henri Breuil, y avaient pourtant identifié ce qu’ils considéraient comme des peintures paléolithiques. Leur conclusion fut balayée seize ans plus tard par d’autres chercheurs, qui conclurent à des dépôts minéraux naturels. Le dossier fut classé, et la localisation exacte de la grotte tomba dans l’oubli.

La datation qui change tout
En septembre 2022, une équipe internationale redécouvre la paroi peinte. Entre 2023 et 2024, deux campagnes de prélèvements sont conduites. La première, menée par la «First Art team», analyse les résidus organiques du pigment. La seconde, en collaboration avec des scientifiques de l’Université de Southampton et de l’Université normale de Nankin, collecte des échantillons de calcite ayant naturellement recouvert les tracés pour les soumettre à la datation uranium-thorium. Cette technique mesure la désintégration radioactive de l’uranium en thorium dans les cristaux de calcite : elle donne un âge minimum pour le pigment qu’ils scellent en dessous.
Résultat : les lignes se situent entre 15 700 et 18 300 ans avant notre ère, avec une date centrale de 17 100 ans BP. L’analyse en laboratoire confirme que la peinture est un pigment élaboré : un mélange d’hématite, un oxyde de fer rouge, et de résidus argileux. Loin d’un hasard géologique, les lignes sont disposées horizontalement, à intervalles réguliers, «indiquant un motif délibéré et structuré», notent les auteurs. Les chercheurs ont aussi repéré des points et des éclaboussures rouges ailleurs dans la grotte, témoignant d’un travail effectué avec les doigts.
«C’était rarement considéré comme de l’art rupestre après 1928, et ça ne pouvait jamais être daté, parce qu’à l’époque on ne disposait pas des outils scientifiques que nous avons aujourd’hui», explique George Nash, archéologue associé aux universités de Coimbra et de Liverpool, et auteur principal de l’étude. «Nous avons obtenu une date de 17 100 ans avant le présent, ce qui en fait le plus ancien art rupestre des îles Britanniques.»

Un graffiti de pêcheur et 17 000 ans d’écart
L’histoire a pourtant un personnage inattendu : en 1894, un pêcheur local avait griffonné ses propres marques sur les parois de la grotte, possiblement par-dessus des tracés plus anciens. Ce graffiti avait pu brouiller la lecture des premières équipes. C’est cette confusion, autant que les limites techniques de l’époque, qui explique un siècle d’erreur.
Au moment où les lignes ont été tracées, la péninsule de Gower était un tout autre monde. Le canal de Bristol n’existait pas encore : à la place s’étendait un plateau fertile et dégagé, encore en cours de dégivrage après le dernier maximum glaciaire. Des mammouths, des bisons, des chevaux et des rennes peuplaient ce paysage sans arbres. Des chasseurs-cueilleurs, attirés par ces troupeaux, ont probablement séjourné dans les quelque cent grottes de la péninsule. Certains ont pénétré dans les chambres sombres de Bacon Hole.
Pourquoi ces onze lignes ? Les chercheurs restent prudents. George Nash suggère qu’il s’agissait peut-être d’un système de communication, des marques de comptage dont le sens nous échappe complètement. La localisation dans une chambre profonde et sombre plaide pour une dimension symbolique ou rituelle. «Les espaces souterrains profonds sont acoustiquement inhabituels, visuellement désorientants et séparés du monde quotidien. Y entrer pouvait créer un sentiment de transition vers un autre espace», dit-il.
Pour les amateurs d’art préhistorique français, ce type de démarche n’est pas sans rappeler les débats qui ont entouré Lascaux ou la grotte Chauvet, en Ardèche. La France possède la plus grande concentration d’art pariétal du monde, avec des sites remontant à 36 000 ans. Bacon Hole s’inscrit dans cette géographie bien plus large de la préhistoire artistique européenne, et rappelle que les îles Britanniques, souvent considérées comme périphériques dans cette histoire, étaient également fréquentées par des artistes du Paléolithique supérieur.
La grotte est aujourd’hui sous la protection du National Trust pour le pays de Galles. «Nous avons toujours su que Bacon Hole était un site paléolithique extraordinaire, mais découvrir que le plus ancien art rupestre de Grande-Bretagne se trouve ici au pays de Galles est très émouvant», dit l’archéologue du National Trust David Thomas. L’équipe de George Nash, elle, avait déjà découvert en 2012 dans la grotte voisine de Cathole Cave un renne gravé vieux de 14 500 ans, qui détenait jusqu’ici le record britannique. Ce sont désormais deux records insulaires que concentre la péninsule de Gower, à quelques kilomètres de distance.
En bref
Où se trouve cette grotte ?
Bacon Hole est située sur la péninsule de Gower, au pays de Galles, près de Mumbles, sur le bord du canal de Bristol.
Comment a-t-on prouvé que ces lignes sont bien une peinture humaine ?
L’analyse du pigment a révélé un mélange d’hématite et d’argile, c’est-à-dire une recette délibérée. La datation uranium-thorium sur la calcite qui les recouvre donne un âge minimum de 15 700 ans et un maximum de 18 300 ans, avec une date centrale de 17 100 ans.
Pourquoi avait-on conclu à un phénomène naturel en 1928 ?
Les chercheurs de l’époque ne disposaient pas d’outils de datation, et des graffitis d’un pêcheur de 1894 avaient peut-être brouillé la lecture. La présence d’oxydes de fer naturels dans de nombreuses grottes rendait l’hypothèse minérale plausible.
Quel était le record précédent au Royaume-Uni ?
Un renne gravé découvert dans la grotte de Cathole Cave, également sur la péninsule de Gower, daté d’environ 14 500 ans. La même équipe de chercheurs l’avait identifié en 2012.
Que représentent ces onze lignes rouges ?
On ne sait pas avec certitude. L’équipe suggère un système de communication ou des marques de comptage, peut-être liés à des rituels dans un espace symboliquement chargé. La signification exacte dépasse notre compréhension actuelle.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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