
Dan Salas avait douze ans quand il a commencé à travailler sur les docks de San Pedro, en Californie. Des décennies plus tard, devenu capitaine et fondateur de Harbor Breeze Cruises à Long Beach, il a obtenu quelque chose que beaucoup jugeaient irréaliste : un bateau d’observation des baleines capable de naviguer en mode entièrement électrique, sans émettre une seule particule de carbone lorsqu’il longe la côte pacifique. Ce navire, baptisé El Escudo (le bouclier), a effectué ses premières sorties commerciales durant la première semaine de juin 2026. Il est considéré comme le premier bâtiment de sa catégorie au monde à intégrer une architecture hybride parallèle permettant une propulsion 100 % électrique.
Le chiffre qui donne la mesure du problème : selon une étude publiée dans le Journal of Sustainable Tourism, une sortie en mer sur un bateau diesel émet autant de CO2 qu’un trajet de 300 kilomètres en voiture individuelle. Par passager, par sortie. Les opérateurs d’observation de cétacés transportent des milliers de touristes chaque année, et chaque croisière laissait jusqu’ici une empreinte carbone comparable à un aller-retour Paris-Tours en voiture. Pour Dan Salas, continuer ainsi revenait à abîmer ce qu’il vendait : l’océan lui-même.

Cinq ans de négociations pour un moteur propre
Le projet a nécessité cinq ans de démarches pour réunir les financements. Harbor Breeze Cruises a travaillé avec le Port de Los Angeles, le Port de Long Beach et le California Air Resources Board (CARB, l’agence californienne de qualité de l’air), qui a accordé une subvention dans le cadre du programme de réduction des émissions marines du port. Le navire a été conçu par le cabinet néo-zélandais Teknicraft Design et construit pour dépasser les normes EPA Tier IV américaines et les exigences du CARB.
El Escudo mesure 108 pieds (environ 33 mètres) et peut transporter jusqu’à 350 passagers. Il fonctionne selon quatre modes : propulsion diesel classique, propulsion entièrement électrique, recharge des batteries en navigation, et recharge à quai sur le réseau électrique terrestre. Pour les tours en rade et les sorties à faible vitesse, le navire tourne en électrique pur, avec zéro émission directe. Les moteurs diesel sont présents pour les trajets plus longs, mais associés à des systèmes de traitement des gaz d’échappement qui réduisent les particules fines et les oxydes d’azote. La revue spécialisée Baird Maritime note que la performance et la vitesse sont maintenues malgré cette réduction d’émissions.
Le capitaine Salas a résumé l’enjeu dans une interview à ABC 7 : « C’est un cadeau rendu à l’océan, pour lui rendre l’air propre et un futur propre. » Cette déclaration ne relève pas seulement du symbolique. L’observation des cétacés au large de Los Angeles et Long Beach concerne des populations de baleines bleues, de baleines à bosse et de dauphins dont les trajets migratoires longent précisément les zones où opèrent ces navires. Les émissions diesel des flottes touristiques contribuent à la dégradation acoustique et chimique de leur habitat.

Ce que cela dit aux opérateurs français
En France, le whale-watching s’est considérablement développé ces vingt ans. En 2019, on comptait déjà 38 structures sur le littoral méditerranéen français, dont 25 en Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Le sanctuaire Pelagos, qui couvre une large zone maritime entre la France, Monaco et l’Italie, abrite huit espèces de cétacés régulières : dauphins rayés, grands dauphins, cachalots, rorquals communs. Les sorties partent de Marseille, de Toulon, de Nice, ou depuis les côtes atlantiques basques. Le modèle El Escudo arrive donc au moment précis où ces opérateurs sont confrontés à une double pression : croissance de la demande et exigences environnementales croissantes de leurs propres clients.
Le paradoxe est connu mais rarement mis en chiffres : vouloir observer les baleines en diesel, c’est abîmer leur environnement pour mieux les regarder. Harbor Breeze a résolu le problème par le financement public et la volonté d’un seul capitaine. La question, pour les opérateurs de Méditerranée et d’Atlantique, est de savoir si des mécanismes similaires, subventions régionales, appels à projets européens pour la décarbonation maritime, peuvent s’appliquer à leur flotte. L’exemple californien montre au moins que c’est faisable, et que le tourisme de nature peut tirer son propre fil sans tout défaire.
En bref
C’est quoi, El Escudo ?
Un bateau de 33 mètres appartenant à Harbor Breeze Cruises, basé à Long Beach (Californie). Il peut naviguer en mode entièrement électrique et est considéré comme le premier navire d’observation des baleines à architecture hybride parallèle au monde.
Qu’est-ce que le mode hybride parallèle ?
Le navire dispose à la fois de moteurs diesel et d’un système de batteries électriques (ABB/BorgWarner). En mode électrique pur, il n’émet aucun gaz d’échappement. En diesel, les gaz sont traités par des filtres antipollution. Les deux systèmes peuvent fonctionner simultanément ou séparément.
Pourquoi c’est important pour l’observation des baleines ?
Une sortie sur un bateau diesel émet autant de CO2 qu’un trajet de 300 km en voiture, par passager. Les zones d’observation côtoient les routes migratoires des cétacés. Réduire les émissions améliore à la fois la qualité de l’air et l’environnement sonore sous-marin.
Qui a financé le projet ?
Le Port de Los Angeles, le Port de Long Beach et le California Air Resources Board, via une subvention pour la réduction des émissions marines. Dan Salas a mené les négociations pendant cinq ans.
Est-ce qu’il existe des initiatives similaires en France ?
Pas encore à cette échelle, mais le sanctuaire Pelagos en Méditerranée encourage les bonnes pratiques des opérateurs via un label de qualité. La transition vers des propulsions hybrides ou électriques reste un chantier ouvert pour les flottes françaises.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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