Vue aérienne d'une vaste pinède française sous une lumière d'été voilée, un mince panache de fumée blanche au loin.

Feux de forêt : 15 000 hectares brûlent en France chaque année (et 2026 déborde)

La forêt française gagne du terrain et brûle deux fois moins qu'il y a une génération. Le panorama chiffré que le direct empêche de faire, de l'IGN à EFFIS.

Sommaire
  1. En bref
  2. 17,3 millions d'hectares : la forêt qui gagne du terrain
  3. 15 000 hectares par an : deux fois moins qu'il y a une génération
  4. Sauf que 2026 déborde déjà : le thermomètre européen
  5. Qui allume, qui éteint : neuf feux sur dix et 200 000 volontaires
  6. Ce que disent les projections : deux fois plus de jours à risque
  7. L'incendie de l'été, remis à l'échelle
  8. Questions courantes

Panorama

Publié le 2 août 2026 · Mis à jour le 3 août 2026 à 11h23

En bref

  • La France hexagonale et la Corse comptent 17,3 millions d’hectares de forêt, 31 % du territoire, 4e surface d’Europe (IGN, 2020).
  • La surface brûlée annuelle a été divisée par deux en une génération : 29 000 ha/an sur 1980-1999, 15 000 ha/an sur 2000-2024, dont 75 % en Méditerranée.
  • À l’échelle européenne, 2026 déborde déjà : 434 976 ha brûlés au 29 juillet, plus du double de la moyenne longue durée.
  • Près de neuf départs de feu sur dix sont d’origine humaine ; les incendies pèsent 6 % des interventions des 258 641 sapeurs-pompiers.
  • Météo-France projette un doublement des jours de danger très élevé en zone méditerranéenne d’ici la fin du siècle.

On croit connaître la forêt française : un décor stable et vert, qu’un incendie d’été vient troubler le temps d’un journal télévisé. Sauf que les chiffres officiels racontent presque l’inverse. La 7e édition des Indicateurs de gestion durable, publiée le 1er juillet 2026 par l’Observatoire des forêts françaises, pose un cadre que le direct efface : 17,3 millions d’hectares boisés, 31 % du territoire, une surface brûlée annuelle divisée par deux en vingt-cinq ans. Pendant qu’un seul feu girondin parcourt 42 000 hectares, la moyenne nationale récente s’établit à 15 000. Le chiffre de l’été fait sauter le cadre de référence. Il reste à poser ce cadre, dénominateur compris.

17,3 millions d’hectares : la forêt qui gagne du terrain

Premier réflexe : imaginer un couvert forestier qui recule sous le béton. Sauf que la donnée dit le contraire. La France hexagonale et la Corse comptent 17,3 millions d’hectares de forêt en 2020, soit 31 % du territoire et la 4e surface forestière d’Europe, selon l’IGN. Depuis le milieu des années 1980, le pays a gagné 3,1 millions d’hectares boisés, l’équivalent de la superficie de la Belgique. La forêt avance donc, portée par la déprise agricole et les plantations. C’est le premier terme de l’équation, ce dénominateur que l’on oublie dès qu’un panache de fumée occupe l’écran : rapporter la surface brûlée d’une année à ce stock, c’est déjà changer d’échelle mentale.

15 000 hectares par an : deux fois moins qu’il y a une génération

Voici la correction qui dérange le récit catastrophiste. Sur la période 1980-1999, la France perdait en moyenne 29 000 hectares par an aux flammes. Sur 2000-2024, cette moyenne tombe à 15 000 hectares, soit deux fois moins, un recul que l’Observatoire attribue aux dispositifs de prévention et de lutte. La concentration reste massive : 75 % des surfaces brûlées se situent en région méditerranéenne, là où le débroussaillement, le guet et l’attaque des feux naissants ont été le plus rodés. La doctrine française, l’attaque massive des départs dans les premières minutes, a donc payé sur la durée. Le tableau ci-dessous met ces ordres de grandeur côte à côte, du stock forestier aux moyens humains.

Le feu en France : surfaces et moyens
IndicateurValeurSource
Surface forestière (2020)17,3 Mha (31 % du territoire)IGN
Surface brûlée / an (1980-1999)29 000 haIGN
Surface brûlée / an (2000-2024)15 000 haIGN
Part méditerranéenne des surfaces brûlées75 %IGN
Sapeurs-pompiers (31/12/2025)258 641 (dont 200 961 volontaires)DGSCGC
Part des incendies dans les interventions6 %DGSCGC
Europe brûlée en 2026 (au 29/07)434 976 haEFFIS

Sauf que 2026 déborde déjà : le thermomètre européen

La moyenne rassure, l’année en cours alerte. À l’échelle du continent, 434 976 hectares avaient brûlé au 29 juillet 2026, d’après le service européen EFFIS. C’est davantage que les 346 836 hectares de 2025, jusqu’ici pire année enregistrée sur la même période, et plus du double de la moyenne longue durée (172 186 hectares). Les 1 407 feux détectés depuis janvier valent eux aussi plus du double de la normale (632), pour 17,98 millions de tonnes de CO2 relâchées. Et la carte des jours suivants ne détend rien : pour la période du 29 juillet au 5 août, EFFIS annonçait des conditions très extrêmes sur une large part de l’Europe occidentale et centrale, avec la concentration la plus forte sur la France.

Qui allume, qui éteint : neuf feux sur dix et 200 000 volontaires

Reste la question du geste. Près de neuf départs de feu sur dix sont liés à l’activité humaine, rappelle la Sécurité civile : mégot, barbecue, étincelle de machine, travaux. L’aléa climatique charge le fusil, l’homme appuie sur la détente. En face, un dispositif de masse : au 31 décembre 2025, la France comptait 258 641 sapeurs-pompiers, dont 200 961 volontaires, 44 303 professionnels et 13 377 militaires, pour 4,89 millions d’opérations de secours, selon les statistiques de la DGSCGC. Les incendies n’y pèsent que 6 % des interventions. Côté matériel, l’État a engagé près de 200 millions d’euros pour deux Canadair, 83 millions pour deux autres cofinancés par l’Europe, avec une cible de 16 Canadair d’ici 2032 et un pacte capacitaire de 250 millions.

Sol de pinède carbonisé après un incendie, troncs noircis et premières pousses vertes perçant les cendres, lumière du matin.
Près de 200 millions engagés pour deux Canadair, avec une cible de 16 appareils d'ici 2032.

Ce que disent les projections : deux fois plus de jours à risque

Le passé rassure, l’avenir moins. Dans une France à +4 degrés à l’horizon 2100, Météo-France projette un doublement des jours de danger très élevé en régions méditerranéennes, de 40 aujourd’hui à plus de 80 par an en moyenne. La saison des feux pourrait s’allonger de un à deux mois supplémentaires, et le risque déborder vers le nord, gagnant des territoires de la Loire au Bassin parisien aujourd’hui épargnés. Autrement dit, la géographie du feu bouge : la carte calée sur l’arc méditerranéen ne suffira plus. C’est déjà ce que suggère l’été 2026, dont l’épisode majeur ne s’est pas déclaré en Corse ou dans le Var, mais en Gironde.

L’incendie de l’été, remis à l’échelle

Reste à rendre justice au feu qui a tout déclenché. Selon la préfecture de la Gironde, l’incendie de Saumos avait parcouru 42 000 hectares au 1er août 2026, pour 240 kilomètres de lisières. Aucun mort ni blessé n’est à déplorer parmi la population, mais plus de 330 sapeurs-pompiers ont été blessés ; sur 220 000 personnes évacuées dans 23 communes, 208 000 avaient été autorisées à revenir ce jour-là. AAP relevait plus de 41 000 hectares le 21 juillet ; au 1er août, la préfecture en compte 42 000. Ce seul feu représente près de trois fois la moyenne nationale annuelle des vingt-cinq dernières années. C’est toute la leçon du panorama : l’exception d’une saison ne se lit qu’à côté du récit de terrain et du dénominateur.

Vidéo : Vidéo

Questions courantes

Combien de forêt brûle en France chaque année ? En moyenne 15 000 hectares par an sur 2000-2024, contre 29 000 sur 1980-1999, dont 75 % en région méditerranéenne (IGN).

L’été 2026 est-il exceptionnel ? À l’échelle européenne oui : 434 976 hectares brûlés au 29 juillet, plus du double de la moyenne longue durée ; en France, un seul feu girondin a parcouru 42 000 hectares.

Qui provoque les incendies ? Près de neuf départs de feu sur dix sont liés à l’activité humaine, selon la Sécurité civile.

La forêt française recule-t-elle ? Non : elle a gagné 3,1 millions d’hectares depuis le milieu des années 1980 et couvre 17,3 millions d’hectares en 2020.

Que prévoient les climatologues ? Un doublement des jours de danger très élevé en Méditerranée (de 40 à plus de 80 par an) et une saison allongée de un à deux mois dans une France à +4 degrés (Météo-France).

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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