Coupe microscopique de fibres nerveuses avec gaines de myéline, certaines endommagées et d'autres en cours de réparation

Sclérose en plaques : deux molécules parviennent à réparer la myéline dans des modèles de la maladie

Tous les médicaments contre la SEP calment l'inflammation, mais aucun ne répare les nerfs abîmés. Une thèse de doctorat finlandaise ouvre une piste concrète avec deux molécules qui, pour la première fois, ont relancé la remyélinisation dans des modèles animaux et cellulaires.

Trois millions de personnes dans le monde vivent avec la sclérose en plaques, et toutes les thérapies dont elles disposent ont un point commun : elles freinent l’emballement du système immunitaire, mais ne réparent rien. Les nerfs déjà endommagés restent endommagés. C’est précisément ce mur que cherchait à franchir une thèse de doctorat soutenue le 8 mai 2026 à l’Université d’Helsinki : Tapani Koppinen a identifié deux molécules expérimentales capables, dans des modèles animaux et cellulaires, de relancer la remyélinisation, c’est-à-dire la reconstruction de la gaine protectrice des neurones. Une première dans l’histoire des candidats médicaments testés pour cet objectif.

La myéline, c’est l’isolant qui entoure les fibres nerveuses à la façon d’une gaine de câble électrique. Dans la SEP, le système immunitaire l’attaque par erreur. Quand elle s’effrite, les signaux nerveux ralentissent ou disparaissent, ce qui peut provoquer des troubles visuels, des difficultés à marcher, une fatigue profonde. Ce que l’on sait moins, c’est que les nerfs ont, en théorie, la capacité de se réparer : c’est le processus dit de remyélinisation. Le problème, c’est qu’il échoue systématiquement dans la SEP progressive, car la maladie crée dans le tissu cérébral des conditions locales hostiles qui bloquent cette reconstruction.

Chercheur examinant des cultures cellulaires en laboratoire dans le cadre d'une étude sur la sclérose en plaques
Les deux molécules ont été testées dans des modèles animaux et des cultures cellulaires reproduisant les lésions de la SEP.

Deux verrous biologiques, deux clés différentes

Les deux molécules de Koppinen attaquent ces verrous par des chemins opposés. La première cible un mécanisme de stress interne aux cellules cérébrales. Dans les zones lésées par la SEP, ce mécanisme, appelé réponse aux protéines mal repliées (UPR pour unfolded protein response), reste en état d’alerte permanent, ce qui empêche les cellules réparatrices, les oligodendrocytes précurseurs, de faire leur travail. En bloquant cette surdactivation avec un fragment de la protéine MANF, les chercheurs ont obtenu une remyélinisation significativement accélérée dans du tissu cérébral modélisant la SEP. Cette étude a été publiée dans la revue Molecular Therapy le 4 février 2026.

La seconde molécule s’attaque à un obstacle physique : la cicatrice gliale, une sorte de tissu fibreux qui se forme autour des lésions et constitue une barrière mécanique à la repousse de la myéline. En modifiant la composition de cette cicatrice, notamment en agissant sur les protéoglycanes de chondroïtine sulfate qui la rendent imperméable, la deuxième molécule (une protamine de faible poids moléculaire) a elle aussi favorisé la récupération neuronale. Ce travail a été publié dans Neuropharmacology en novembre 2025.

Ce qui rend le résultat frappant, c’est la convergence : deux molécules aux mécanismes d’action radicalement différents ont conduit aux mêmes deux effets, remyélinisation accrue et neuroinflammation réduite, dans les modèles testés. Les deux ont également montré leur capacité à franchir la barrière hématoencéphalique, l’un des plus grands obstacles pour tout médicament ciblant le cerveau, chez les animaux de laboratoire.

Représentation d'un axone avec sa gaine de myéline et une zone de tissu cicatriciel glial environnant
La cicatrice gliale forme une barrière physique qui bloque la reconstruction de la myéline dans les lésions SEP progressives.

Ce que ces résultats ne sont pas encore

Il faut être précis sur ce que ces travaux représentent et ce qu’ils ne représentent pas. Les résultats sont obtenus sur des modèles animaux et des cultures cellulaires qui reproduisent la pathologie de la SEP, et non sur des patients humains. Les tissus humains présentent des conditions bien plus complexes. La thèse est une étape de recherche fondamentale, pas un médicament en vue d’une mise sur le marché. Pour franchir cette étape, les deux molécules devront être testées en essais cliniques, un processus qui prend des années. « L’objectif est de permettre aux molécules que nous avons développées d’atteindre les essais cliniques, qui pourraient un jour produire les premiers médicaments améliorant la remyélinisation dans la SEP », déclare Koppinen.

En France, la SEP concerne environ 120 000 personnes, selon l’Inserm, ce qui en fait l’une des maladies neurologiques invalidantes les plus fréquentes chez l’adulte jeune. Les traitements actuels disponibles, essentiellement des immunomodulateurs, ont transformé le pronostic des formes récurrentes-rémittentes, mais laissent les formes progressives sans solution pour stopper la destruction nerveuse accumulée. C’est ce fossé thérapeutique que visent précisément les travaux d’Helsinki.

Reste que la route est longue. Tous les candidats remyélinisants testés avant ce travail ont échoué en essais cliniques, souvent faute d’efficacité suffisante dans le tissu humain ou à cause de la barrière hématoencéphalique. La thèse de Koppinen constitue une preuve de concept robuste sur des modèles, avec deux mécanismes nouveaux validés simultanément. C’est, selon les standards du domaine, une avancée réelle. Ce n’est pas encore une guérison, et le dire clairement fait partie du respect dû aux personnes qui vivent avec cette maladie au quotidien.

En bref

La SEP abîme les nerfs : pourquoi les médicaments actuels ne les réparent-ils pas ?
Parce qu’ils agissent sur le système immunitaire pour ralentir les attaques, mais aucun n’a encore démontré la capacité de reconstruire la myéline déjà détruite. C’est l’objectif de la remyélinisation, encore au stade de la recherche.

Que sont exactement ces deux molécules ?
La première est un fragment de la protéine MANF qui bloque un mécanisme de stress cellulaire suractivé dans les lésions SEP. La seconde est une protamine de faible poids moléculaire qui ramollit la cicatrice gliale entourant les lésions. Toutes deux ont augmenté la remyélinisation dans des modèles animaux et cellulaires.

Ces résultats s’appliquent-ils déjà aux patients ?
Non. Les études ont été menées sur des animaux de laboratoire et des cultures cellulaires. Des essais cliniques chez l’humain sont nécessaires avant toute application médicale. Le stade actuel est préclinique.

La SEP est-elle fréquente en France ?
Oui : environ 120 000 personnes vivent avec la SEP en France, selon l’Inserm. C’est l’une des maladies neurologiques chroniques les plus courantes chez l’adulte de moins de 40 ans.

Où en est la recherche sur la remyélinisation en général ?
Plusieurs pistes sont explorées dans le monde, notamment par l’Inserm et l’Institut du Cerveau à Paris. Tous les candidats médicaments testés jusqu’ici en essais cliniques ont échoué. Ces deux nouvelles molécules apportent deux mécanismes d’action inédits qui n’avaient pas encore été explorés à ce niveau de preuve.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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