
Quatorze marches couleur rouille, disposées en spirale, hautes au total de 2,75 mètres. Rien d’autre. Pourtant ce fragment d’escalier hélicoïdal a été adjugé 450 160 euros le 21 mai 2026 chez Artcurial, à Paris, soit trois fois son estimation initiale de 120 000 à 150 000 euros. Ce n’est pas un caprice de salle des ventes : c’est l’aboutissement logique d’une histoire commencée en 1983, quand la Tour Eiffel a cédé par morceaux une partie de son corps d’origine.
Ces 14 marches constituaient autrefois une section de l’escalier qui reliait le deuxième au troisième étage du monument, accessible aux visiteurs lors de l’ouverture de la tour pour l’Exposition universelle de 1889. Gustave Eiffel en avait lui-même emprunté les courbes pour poser avec son gendre, l’ingénieur Adolphe Salles, dans une photographie restée célèbre. Ce que vous touchez en posant la main sur la rambarde de ce tronçon, c’est donc du fer qui a porté des semelles depuis cent trente-sept ans.
Le démontage de 1983 et la dispersion en tronçons

En 1983, lors de travaux de modernisation et d’installation de nouveaux ascenseurs, l’escalier hélicoïdal d’origine a été entièrement démonté. Long d’environ 160 mètres, il a été découpé en 24 tronçons. Le 1er décembre de la même année, vingt d’entre eux ont été mis aux enchères directement sur la Tour Eiffel, lors d’une vente organisée par les maîtres Ader, Picard et Tajan. Dès le départ, ces fragments ont pris des routes divergentes.
Certains sont restés visibles : un tronçon trône encore au premier étage de la tour elle-même. D’autres ont traversé les océans : on en trouve un dans les jardins de la Fondation Yoshi à Yamanashi, au Japon, un autre près de la Statue de la Liberté à New York, un troisième à Disneyland en Floride. Selon Artcurial, rares sont les sections qui sont restées en France et conservées par leurs acquéreurs d’origine. C’est précisément ce qui rend la pièce vendue en mai 2026 exceptionnelle : elle est sortie d’une collection privée française où elle dormait depuis quarante ans, restaurée par les ateliers habituellement chargés de l’entretien de la tour, dans un état proche de l’original.
L’objet appartient à une catégorie particulière du marché de l’art, à la croisée de l’architecture, du souvenir et du patrimoine industriel. Acheter un tronçon de l’escalier de la Tour Eiffel, ce n’est pas tout à fait comme acheter un tableau ou une sculpture. C’est acquérir une pièce fonctionnelle, conçue pour être montée, dont la valeur naît précisément de son intégration dans un tout que l’on ne peut plus reconstituer. Chaque marche de ces 14 porte le poids d’un usage : des visiteurs de la Belle Epoque grimpant vers Paris, la ville s’ouvrant peu à peu sur la Seine et les toits.

Un marché solide, loin du record de 2016
Artcurial a plusieurs fois présenté des tronçons analogues aux enchères : en 2013, l’un d’eux a été adjugé 212 458 euros ; en 2018, 162 500 euros ; en 2020, 253 500 euros. Le record absolu appartient à la maison Sotheby’s, qui a obtenu 523 800 euros en 2016 pour un tronçon comparable. Le prix du 21 mai s’inscrit donc dans une fourchette haute mais raisonnable pour ce marché très étroit.
Ce que ces ventes successives révèlent, c’est la robustesse d’un attachement qui ne doit rien à la spéculation financière ordinaire. La Tour Eiffel est un des rares monuments au monde dont un fragment physique, découpé au chalumeau, parvient à concentrer autant de mémoire collective. Elle n’est pas seulement un symbole de Paris : elle est une prouesse d’ingénierie du XIXe siècle, contestée à sa naissance par une pétition d’artistes qui la trouvaient laide, devenue en quelques années l’emblème le plus consensuel de la modernité française. Posséder un morceau de son escalier, c’est détenir une parcelle de cette trajectoire.
Les 1 665 marches qui courent encore aujourd’hui dans la tour sont celles du grand escalier public. L’escalier hélicoïdal de 1889 n’existe plus que par fragments, dispersés sur quatre continents. Ce tronçon n°1, numéroté dès sa mise en vente initiale, rejoint une collection dont l’identité n’a pas été dévoilée. Il ne retournera probablement plus jamais aux Champs-de-Mars. Reste à voir dans combien d’années il réapparaîtra sur le marché, et pour quelle somme.
En bref
Qu’est-ce qui a été vendu exactement ?
Un tronçon de 14 marches de l’escalier hélicoïdal d’origine de la Tour Eiffel, construit en 1889 pour relier le deuxième au troisième étage. Il mesure 2,75 m de haut et date de la construction initiale par Gustave Eiffel.
Pourquoi cet escalier n’est-il plus en place ?
En 1983, lors de la modernisation de la tour et de l’installation de nouveaux ascenseurs, l’escalier hélicoïdal a été démonté et découpé en 24 tronçons. Certains ont été vendus aux enchères dès décembre 1983, directement sur la Tour Eiffel.
A quel prix la pièce a-t-elle été adjugée ?
450 160 euros le 21 mai 2026 chez Artcurial, pour une estimation initiale de 120 000 à 150 000 euros. Soit environ trois fois la fourchette haute prévue.
Est-ce un record ?
Non. En 2016, la maison Sotheby’s avait vendu un tronçon similaire pour 523 800 euros, qui reste le record pour ce type de pièce.
Où se trouvent les autres tronçons ?
Dispersés dans le monde : un tronçon est encore visible au premier étage de la Tour Eiffel, d’autres sont au Japon, aux Etats-Unis et en Europe. Peu sont restés en France.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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