Couloir de centre de données bordé de baies de serveurs allumées, fermé par une grille métallique verrouillée.

50 téraoctets d’archives bloqués parce que l’hébergeur a disparu

Une chaîne publique américaine n’accède plus à 70 ans d’archives depuis que son prestataire de stockage a cessé d’exister. Nous avons chiffré ce que représente vraiment la clause des « 30 jours pour récupérer vos données » : 154 Mbit/s sans interruption pendant un mois.

Sommaire
  1. En bref
  2. Ce qui s’est passé à Saint-Louis
  3. Trente jours pour 50 téraoctets : ce que dit l’arithmétique
  4. Pourquoi vous ne savez pas qui détient vos fichiers
  5. Ce que le droit européen impose depuis septembre 2025
  6. Ce que ça coûte de garder la main
  7. Questions courantes

Décryptage

Vos fichiers ne sont peut-être pas là où vous croyez.

Une chaîne de télévision publique américaine vient d’en faire la démonstration. Elle payait un prestataire de stockage, qui louait lui-même de la place dans le centre de données d’une troisième société. Le jour où le prestataire a cessé d’exister, la chaîne s’est retrouvée devant une porte qu’elle n’avait jamais contractée. Concrètement, ses 50 téraoctets d’archives ne sont pas détruits. Ils sont intacts, et hors d’atteinte. Un juge du Colorado a tranché le 13 août 2026. Nous avons fait le calcul que ni la plainte ni ses reprises ne font : combien de temps, et combien d’euros, représente vraiment le sauvetage de ces 50 téraoctets.

En bref

  • La chaîne publique Nine PBS, à Saint-Louis, n’accède plus depuis le 6 mars 2026 à plus de 50 téraoctets d’archives couvrant 70 ans d’histoire de la station.
  • Son prestataire de stockage, Open Source Storage, a cessé de répondre puis d’exister. Les fichiers dorment dans un centre de données exploité par Iron Mountain, qui n’avait aucun contrat avec la chaîne.
  • Le 13 août 2026, le juge Eric Elliff, du tribunal de district de Denver, a reconnu la chaîne propriétaire des données et ordonné à Iron Mountain de coopérer à leur récupération.
  • Le contrat prévoyait 30 jours pour récupérer les fichiers en cas de fin de service. Notre calcul : tenir ce délai imposait 154 Mbit/s soutenus, jour et nuit, sans une coupure.
  • Conserver le même fonds en archive froide reviendrait à 999 euros par an au tarif public d’OVHcloud, soit 14,30 euros par année d’archives sauvegardée.

Ce qui s’est passé à Saint-Louis

Nine PBS est la station de télévision publique de Saint-Louis, dans le Missouri. Depuis 2019, elle confiait ses archives numérisées à Open Source Storage, un fournisseur installé au Colorado, avec un contrat renouvelé chaque année. Le 6 mars 2026, jour de renouvellement, le fournisseur ne répond plus. L’accès tombe dans la foulée, sans préavis. La chaîne découvre que le site web de la société a disparu et qu’elle est enregistrée comme défaillante auprès du secrétariat d’État du Colorado, détaille Tom’s Hardware. Un homme se présentant comme le repreneur de l’entreprise prend contact, avant d’affirmer qu’il a lui-même été victime d’une fraude en la rachetant.

Restait à savoir où étaient physiquement les fichiers. Ils se trouvent dans un centre de données d’Iron Mountain, à Denver, loué par Open Source Storage. La chaîne adresse une mise en demeure à Iron Mountain le 13 mars, engage une action contre son fournisseur à Saint-Louis le 16 avril, puis dépose plainte contre l’exploitant du centre de données le 28 juillet 2026, rapporte Current. Le fonds bloqué couvre plus de 70 ans et contient notamment la couverture d’East Saint-Louis, celle de la pandémie de Covid-19 et celle de la grande crue de 1993. Iron Mountain refusait jusque-là toute restitution, au motif que les données appartenaient à son client, le fournisseur disparu.

Le 13 août 2026, le juge Eric Elliff a posé un cadre : Nine PBS est reconnue propriétaire des quelque 50 téraoctets, Iron Mountain doit coopérer et restituer tout support physique une fois l’accès rétabli, et la chaîne a 30 jours pour désigner un prestataire tiers capable d’aller chercher les données, éventuellement un ancien salarié du fournisseur, selon la décision. Les deux parties doivent faire un point d’étape le 14 septembre. La chaîne paiera les frais de stockage courants et impayés depuis l’arrêt des versements de son fournisseur. Sa vice-présidente Leah Freeman parle d’archives qui représentent « une part importante de l’histoire de notre région ».

Trente jours pour 50 téraoctets : ce que dit l’arithmétique

Le contrat avec Open Source Storage prévoyait une clause banale, présente dans presque toutes les conditions générales de stockage : à la fin du service, le client a 30 jours pour récupérer ses données. Confrontée au volume réel, cette protection s’évapore.

Quel débit faut-il tenir en continu pour transférer 50 téraoctets en 30 jours ?

154 Mbit/s, sans interruption ni ralentissement pendant un mois entier.

Le calcul tient en une ligne. 50 téraoctets font 50 000 gigaoctets, soit 50 000 milliards d’octets. Trente jours durent 2 592 000 secondes. La division donne 19,3 mégaoctets par seconde : selon nos calculs, rapatrier les 50 téraoctets d’archives de Nine PBS dans les 30 jours prévus au contrat imposait de tenir 154 Mbit/s en continu, jour et nuit. Aucun des chiffres publiés sur cette affaire ne le mentionne : il se déduit du volume et du délai, tous deux documentés.

La clause des 30 jours de récupération n’est tenable qu’à partir de 154 Mbit/s soutenus jour et nuit : sur une liaison professionnelle courante à 100 Mbit/s, le transfert des 50 téraoctets de Nine PBS demanderait 46 jours, soit plus que le délai contractuel. Limite : ces durées supposent un débit théorique plein, sans perte de protocole ni partage de la ligne.
La clause des 30 jours de récupération n’est tenable qu’à partir de 154 Mbit/s soutenus jour et nuit : sur une liaison professionnelle courante à 100 Mbit/s, le transfert des 50 téraoctets de Nine PBS demanderait 46 jours, soit plus que le délai contractuel. Limite : ces durées supposent un débit théorique plein, sans perte de protocole ni partage de la ligne.
Reprendre ce graphique

Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :

Le graphique se lit dans un seul sens : en dessous d’un gigabit par seconde, la fenêtre contractuelle devient une contrainte industrielle, pas une formalité administrative.

Temps nécessaire pour transférer 50 téraoctets selon le débit disponible (calcul Actu Alt Plus)
Débit disponibleÉquivalent en Mo/sDurée pour 50 ToTient dans les 30 jours ?
100 Mbit/s12,546,3 joursNon
154 Mbit/s19,330,0 joursTout juste, sans aucune coupure
1 Gbit/s1254,6 joursOui
10 Gbit/s1 25011,1 heuresOui

Ces durées supposent un débit théorique plein, sans perte de protocole ni partage de la ligne avec le reste de l’activité : dans la vraie vie, il faut compter davantage. La leçon vaut au-delà du cas américain. Une clause de réversibilité qui ne précise ni le débit mis à disposition ni le format de restitution promet une sortie que la physique refuse.

Pourquoi vous ne savez pas qui détient vos fichiers

Rien n’a lâché techniquement dans cette affaire. Tout s’est joué sur le contrat. Nine PBS avait un contrat avec un fournisseur, qui avait lui-même un contrat avec un exploitant de centre de données. La chaîne n’avait aucun lien juridique avec l’entreprise qui détenait physiquement ses disques. Quand le maillon du milieu s’évapore, la responsabilité se rompt au point exact où se trouvent les données.

Un archiviste vu de dos tient une cassette vidéo devant des étagères métalliques remplies de boîtes d’archives.
En 2025, 52,7 % des entreprises européennes achetaient des services en nuage, et le stockage de fichiers est leur troisième usage.

Cette sous-traitance en cascade est devenue la norme. En 2025, 52,7 % des entreprises de l’Union européenne achetaient des services d’informatique en nuage, soit 7,4 points de plus qu’en 2023, mesure Eurostat. Le stockage de fichiers arrive au troisième rang des usages, cité par 71,5 % des entreprises utilisatrices, derrière la messagerie et la bureautique. La France figure parmi les trois pays qui ont le plus progressé sur la période, avec 13,7 points gagnés en deux ans. Autrement dit, le nombre d’organisations exposées au scénario de Saint-Louis augmente vite. La question à poser tient en une phrase : qui exploite le bâtiment, et ai-je un recours direct contre lui ?

Le sujet rejoint celui de la souveraineté des données, par un angle plus prosaïque que la nationalité du serveur : la solvabilité du prestataire.

Ce que le droit européen impose depuis septembre 2025

En Europe, le règlement sur les données, applicable depuis le 12 septembre 2025, encadre précisément la sortie. Il oblige les fournisseurs de services de traitement de données à permettre à leurs clients de changer de prestataire « rapidement et sans heurt », sans perdre ni les données ni les fonctionnalités de leurs applications, avec des interfaces ouvertes et un export dans des formats courants lisibles par machine, explique la Commission européenne. Deuxième levier, financier celui-là : les frais de changement de fournisseur, y compris les frais de sortie des données, disparaîtront entièrement le 12 janvier 2027, au terme d’une période transitoire ouverte le 11 janvier 2024.

Ces règles ne protègent pas Nine PBS, qui relève du droit américain. Elles donnent en revanche une grille de lecture à tout client européen : un contrat de stockage qui facture la récupération de vos propres fichiers vit désormais ses derniers mois de légalité. Reste que le règlement organise la sortie d’un fournisseur en activité. Il ne dit rien de celui qui ne répond plus au téléphone, le scénario exact de Saint-Louis.

Ce que ça coûte de garder la main

Sauvegarder soi-même passe pour un luxe. Les tarifs publics disent l’inverse. L’archive froide d’OVHcloud est facturée 0,00000228 euro par gigaoctet et par heure, selon sa grille tarifaire. Multiplié par les 8 760 heures d’une année, cela fait 0,02 euro par gigaoctet et par an, soit 19,97 euros par téraoctet et par an. Pour les 50 téraoctets du fonds Nine PBS : 999 euros par an. Rapporté aux 70 années d’archives concernées, la conservation d’une année entière d’histoire de la station revient à 14,30 euros par an. Ressortir l’intégralité du fonds une fois coûterait 450 euros de frais de restitution, au tarif de 0,009 euro par gigaoctet, avec une durée minimale de conservation de 180 jours.

Deux disques durs externes reliés par des câbles à un ordinateur portable fermé, posés sur un bureau en bois.
Conserver 50 téraoctets en archive froide revient à 999 euros par an au tarif public, soit 14,30 euros par année d’archives.

Côté particulier ou petite structure, trois gestes suffisent à sortir du scénario de Saint-Louis. Appliquer la règle 3-2-1 d’abord : trois copies des fichiers, sur deux supports de nature différente, dont une hors du lieu principal. Vérifier ensuite que l’export fonctionne, en le testant une fois, plutôt que de faire confiance à un bouton jamais cliqué. Lire enfin la clause de réversibilité du contrat, en cherchant quatre informations : le délai de récupération, le format de sortie, l’existence d’un sous-traitant de stockage et son nom. Le même réflexe s’appliquait déjà à la fermeture annoncée d’un service en ligne, comme lors de l’arrêt du navigateur d’OpenAI. La différence, ici, est qu’il n’y a eu aucune annonce.

L’affaire de Saint-Louis n’est pas encore refermée : le point d’étape du 14 septembre dira si un prestataire tiers a pu être désigné et si les données sont techniquement lisibles, une question de chiffrement que le juge a explicitement laissée ouverte. Le grand public l’a comprise comme une leçon simple, résume Engadget : le stockage en ligne fonctionne très bien, jusqu’au jour où l’entreprise qui le vend cesse d’exister.

Questions courantes

Les archives de Nine PBS sont-elles perdues ?
Non. Les sources parlent d’un accès bloqué, pas d’une destruction. Les fichiers se trouvent physiquement dans un centre de données d’Iron Mountain à Denver et le juge a ordonné à l’exploitant de coopérer à leur récupération. La question ouverte porte sur la lisibilité technique des supports, notamment leur éventuel chiffrement.

Pourquoi 30 jours ne suffisent-ils pas pour récupérer 50 téraoctets ?
Parce que le délai contractuel ignore le débit. Transférer 50 000 gigaoctets en 2 592 000 secondes impose 19,3 mégaoctets par seconde, soit 154 Mbit/s tenus sans interruption pendant un mois. Sur une liaison professionnelle courante à 100 Mbit/s, l’opération demanderait 46 jours, et davantage encore avec les pertes réelles de transfert.

Comment savoir si mon hébergeur sous-traite le stockage ?
La réponse figure en principe dans les conditions générales, à la rubrique des sous-traitants ultérieurs, souvent sous la forme d’une liste de partenaires et de leurs pays d’implantation. Si cette liste n’existe pas, il faut la demander par écrit. Un prestataire incapable de nommer l’exploitant du bâtiment où sont vos données est un prestataire dont vous ignorez la chaîne de responsabilité.

Le droit européen protège-t-il mieux un client français ?
Sur la sortie de service, oui. Le règlement européen sur les données impose depuis le 12 septembre 2025 un changement de fournisseur sans perte de données ni de fonctionnalités, avec des formats d’export lisibles par machine, et il supprimera tous les frais de changement au 12 janvier 2027. Ces obligations visent un fournisseur en activité et ne règlent pas le cas d’une société qui disparaît sans prévenir.

Combien coûte la conservation d’un fonds de 50 téraoctets ?
Au tarif public de l’archive froide d’OVHcloud, environ 999 euros par an, soit 19,97 euros par téraoctet et par an, auxquels s’ajoutent 450 euros si l’on ressort la totalité du fonds une fois. Rapporté à la profondeur du fonds de Nine PBS, cela représente 14,30 euros par année d’archives et par an.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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