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Mise en perspective
Frank Heemskerk a résumé la position européenne d’ASML en une phrase, lors d’un débat public à Amsterdam. « Nous ne vendons absolument rien en Europe », a déclaré le vice-président exécutif chargé des affaires publiques du groupe néerlandais (propos rapportés par l’agence ANP, 22 septembre 2026). ASML est le seul fabricant au monde de machines de lithographie EUV, celles qui gravent les nœuds 7, 5 et 3 nanomètres.
L’Europe a représenté 0 % des ventes d’ASML au premier semestre 2026, contre 5 % en 2024, quand la France programmait 8,7 milliards d’euros d’aides à ses semi-conducteurs entre 2018 et 2025. Les résultats du deuxième trimestre du groupe et le rapport de la Cour des comptes du 21 avril 2026 racontent chacun une moitié de ce paradoxe.
Le fait
La puce principale d’un smartphone récent sort d’une fonderie de Taïwan ou de Corée du Sud. Elle est gravée sur un disque de silicium de 300 millimètres, à peu près le diamètre d’une assiette plate, par une machine assemblée à Veldhoven, aux Pays-Bas. La chaîne part d’Europe et se termine en Asie.
Les usines européennes en service ou en projet visent des technologies matures, celles de l’automobile et de l’industrie. Aucune ne grave en EUV (Tom’s Hardware). Le glissement avait commencé avant 2026 : 2 % des ventes du groupe en Europe en 2022, 4 % en 2023, 5 % en 2024, puis 1 % en 2025.
La courbe de cette part européenne se lit d’un coup d’œil.

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Cinq points de part de marché se sont évaporés en deux ans, et le dernier palier est un zéro.
| Année | Part de l’Europe |
|---|---|
| 2022 | 2 % |
| 2023 | 4 % |
| 2024 | 5 % |
| 2025 | 1 % |
| 2026 (1er semestre) | 0 % |
« C’est parce que l’Europe n’investit pas et qu’aucune usine de puces ne se construit ici », a ajouté Frank Heemskerk. La conséquence est tangible pour l’acheteur français. Le processeur d’un téléphone récent et celui d’un ordinateur portable sortent de fonderies asiatiques ou américaines.
Et chez nous ?
Notre regard
La France a programmé 8,7 milliards d’euros d’aides à la filière des semi-conducteurs entre 2018 et 2025, dont environ 5 milliards effectivement versés (Cour des comptes, 21 avril 2026). Cela représente 126 euros par habitant, pour 69,1 millions d’habitants au 1er janvier 2026 (Insee).
Le morceau principal s’appelle Liberty. Ce projet installé à Crolles, dans l’Isère, doit doubler la capacité française de production de puces, sur un investissement annoncé de 7,5 milliards d’euros. La Commission européenne a autorisé 2,9 milliards d’aides françaises le 28 avril 2023 : 1,8 milliard pour GlobalFoundries et 1,1 milliard pour STMicroelectronics.

À fin juin 2025, 574 millions d’euros avaient été versés à STMicroelectronics et aucun à GlobalFoundries, relève la Cour des comptes. Elle pointe le montage juridique : « si l’une des deux parties ne remplit pas ses engagements, elle ne perçoit certes pas de subvention, mais elle pénalise la complétude du projet ».
L’usine de Crolles est conçue pour du FD-SOI, une technologie développée en Europe et économe en énergie. Elle n’a pas besoin d’EUV. Même achevée, elle n’aurait commandé aucune des machines qui font la valeur d’ASML.
La nuance
Un chiffre d’affaires nul en Europe ne dit pas une industrie absente. ASML assemble ses systèmes à Veldhoven et la valeur ajoutée reste en grande partie sur le continent. Le déséquilibre porte sur un point précis : l’Europe vend l’outil de pointe et n’exploite que des nœuds matures.
La Cour des comptes européenne avait chiffré l’écart avant le débat d’Amsterdam. Son rapport spécial 12/2025 juge le règlement européen très peu susceptible de suffire à l’objectif de 20 % du marché mondial en 2030, et retient une projection de 11,7 %, contre 9,8 % en 2022. La Commission ne porte elle-même que 4,5 des 86 milliards d’euros attendus.
Le rapport français dit la même chose sous un autre angle. Les aides restent concentrées sur quelques acteurs, STMicroelectronics et le CEA-Leti au premier rang, sous forme de subventions et avec peu de conditions.
Le règlement européen sur les puces est entré en vigueur le 21 septembre 2023. La Commission a depuis approuvé 18 décisions d’aides d’État, pour plus de 32 milliards d’euros d’investissements publics et privés.
À surveiller
Une révision est sur la table. La Commission a proposé un Chips Act 2.0 en juin 2026, qui déplace le curseur de la construction d’usines vers l’agrégation de la demande européenne. C’est la demande d’ASML, portée jusqu’à Ursula von der Leyen.
L’Union sait contraindre les usages quand elle légifère : le DMA a forcé Apple à ouvrir iOS aux boutiques concurrentes. Organiser un carnet de commandes industriel est un autre métier. La Cour des comptes attend d’abord de l’État une cartographie de l’offre et de la demande françaises en composants, et davantage d’avances remboursables que de subventions.
L’objectif européen de 20 % du marché mondial des puces tombe en 2030. D’ici là, les machines de Veldhoven continueront de prendre l’avion vers l’est.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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