Un petit poisson rouge couvert de verrues, posé sur ses nageoires en forme de mains au pied d’un récif sableux

Le red handfish, ce poisson qui marche, élevé en bassin en Tasmanie pour repeupler ses récifs

Il ne nage presque pas, il marche. En Tasmanie, des chercheurs font naître ce petit poisson en bassin, puis le rendent à son récif.

Sommaire
  1. En bref
  2. Pourquoi le red handfish marche-t-il au lieu de nager ?
  3. Pourquoi ne reste-t-il que deux récifs de red handfish ?
  4. Comment l’élevage tente-t-il de sauver le red handfish ?
  5. L’apron du Rhône, l’autre poisson qu’on a élevé pour le sauver
  6. Questions courantes

Récit

Il y a un an, le 7 octobre 2025, l’annonce tombait : 65 red handfish nés en bassin venaient d’être relâchés en Tasmanie. Ce poisson d’environ 8 centimètres, qui marche sur le fond au lieu de nager, n’avait pas beaucoup plus d’adultes en mer. En 2020, la population mondiale de red handfish était estimée à 101 adultes, répartis sur deux récifs de la baie Frederick Henry, près de Hobart, en Tasmanie. Les juvéniles sortent de l’élevage de l’Institut d’études marines et antarctiques (IMAS) de l’université de Tasmanie (annonce de la FAME).

En bref

  • 101 adultes estimés en mer en 2020, sur deux récifs proches de Hobart.
  • Sans vessie natatoire, le red handfish marche et ne parcourt que 48,5 mètres par an.
  • Ses petits ne dérivent pas au large : un récif vidé ne se repeuple pas seul.

Pourquoi le red handfish marche-t-il au lieu de nager ?

Parce qu’il n’a pas de vessie natatoire, la poche de gaz qui permet à la plupart des poissons de flotter entre deux eaux. Le red handfish (Thymichthys politus) avance donc sur ses nageoires pectorales, larges comme des mains, explique le magazine britannique Discover Wildlife, qui lui trouve une « triste tête de crapaud ».

Le red handfish parcourt en moyenne 48,5 mètres par an, selon une étude du Journal of Fish Biology parue en 2024. Pendant trois ans, des plongeurs ont suivi les poissons en reconnaissant chaque individu à ses taches sur photo. Ses petits ne voyagent pas davantage. Ils naissent sans phase larvaire qui dériverait au gré des courants, et ne peuvent donc pas coloniser un autre récif (Pulse Tasmania).

Chaque poisson repéré a sa fiche en ligne, et l’IMAS propose de le baptiser contre un don d’au moins 1 000 dollars australiens (opération « Name that handfish »). Sur le site du programme, Red_115 attend encore son nom. Vu une seule fois, le 17 janvier 2019 à 1,8 mètre de fond, il mesurait 52 millimètres.

Pourquoi ne reste-t-il que deux récifs de red handfish ?

Parce que son habitat a été rongé, notamment par un oursin local qui broute les algues et les herbiers dont le poisson dépend. Discover Wildlife cite aussi les canicules marines, la pollution et l’aménagement du littoral. L’espèce vivait autrefois sur plusieurs sites du sud-est de la Tasmanie, de Port Arthur à la péninsule Forestier (fiche Wikipédia de l’espèce). Elle ne survit plus que sur deux petits récifs de la baie Frederick Henry, entre 1 et 20 mètres de fond.

L’étude de 2024 estime la population de ces deux récifs. En 2020, elle compte 94 adultes sur le premier, avec une fourchette de 40 à 231, et 7 sur le second. Elle relève aussi une densité en baisse, une part de juvéniles qui recule et des poissons en moyenne plus grands : une population qui vieillit sans se renouveler. En 2025, Pulse Tasmania évalue toujours la population sauvage à moins de 250 red handfish.

Comment l’élevage tente-t-il de sauver le red handfish ?

En faisant naître des petits en bassin, puis en les rendant à la mer. Un lâcher avait déjà eu lieu en novembre 2020 : 42 juvéniles nés à l’IMAS, au CSIRO et à Seahorse World, de quoi doubler probablement l’une des populations restantes, selon l’agence scientifique CSIRO.

En janvier 2024, les bassins ont aussi servi de refuge : une canicule marine poussait l’eau au-delà des maximums estivaux connus. L’équipe a mis 25 red handfish à l’abri. En mai 2024, 18 sont retournés à la mer, 4 ont rejoint l’élevage et 3 étaient morts. « Ce sont des animaux sauvages, leur place est dans la mer », résume Andrew Trotter, qui dirige l’élevage de l’IMAS.

En juin 2025, l’élevage comptait 284 red handfish, dont 192 juvéniles éclos fin 2024 et 75 reproducteurs issus de six lignées génétiques (point d’étape de la FAME). Cette fondation australienne pour les espèces les plus menacées cofinance le programme et lui a consacré une vidéo.

Vidéo de la FAME (YouTube) : « Saving the Red Handfish from Extinction »

Au moment de l’annonce, le 7 octobre 2025, les 65 juvéniles avaient rejoint la population sauvage proche de Hobart, sur un habitat restauré avant leur arrivée. « Ce moment représente un effort incroyable de beaucoup de gens pendant de nombreuses années », souligne Jemina Stuart-Smith, l’écologue marine qui codirige le programme. Sur les récifs, l’équipe retire les oursins quand ils deviennent trop nombreux.

En juin 2025, l’élevage de l’IMAS comptait 284 red handfish, près de trois fois les 101 adultes estimés en mer en 2020.
En juin 2025, l’élevage de l’IMAS comptait 284 red handfish, près de trois fois les 101 adultes estimés en mer en 2020.
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Et chez nous ?

L’apron du Rhône, l’autre poisson qu’on a élevé pour le sauver

La France a aussi son poisson de fond en sursis : l’apron du Rhône (Zingel asper), 15 à 20 centimètres, qui vit sur les fonds de cailloux et de sable du bassin du Rhône. Au début du XXe siècle, il occupait 1 700 kilomètres de cours d’eau. À la fin des années 1990, il n’en gardait que 380 au plus, d’après la fiche du programme européen LIFE mené de 1998 à 2001. Ce programme estimait sa population entre 2 000 et 4 000 individus et a fait naître 200 aprons en centre d’élevage.

Questions courantes

Quel est le nom scientifique du red handfish ?
Thymichthys politus. Le nom anglais signifie poisson-main rouge. L’espèce appartient à la famille des Brachionichthyidae, dans l’ordre des baudroies.

Le red handfish est-il protégé ?
Oui. L’UICN l’a classé en danger critique d’extinction dans son évaluation de 2020. Il figure aussi parmi les 110 espèces prioritaires du plan d’action du gouvernement australien pour les espèces menacées.

Où les red handfish sont-ils élevés ?
Dans les bassins de l’IMAS, à Hobart. Une population de secours plus réduite est maintenue à Seahorse World, en Tasmanie, selon le point d’étape publié par la FAME en août 2025.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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