Un piège photo fixé à un tronc moussu dans la forêt brumeuse du sud-ouest de la Tasmanie, sans aucun animal dans le champ

Tigre de Tasmanie vivant ou disparu : 1 237 signalements, 5 % de chances de survie

Depuis 1910, 1 237 signalements de tigre de Tasmanie ont été compilés. Une étude modélise ces témoignages et situe l’extinction réelle vers la fin des années 1980. Colossal Biosciences, de son côté, travaille à faire revenir l’animal.

Sommaire
  1. En bref
  2. Le tigre de Tasmanie est-il encore vivant ?
  3. Que valent les signalements de thylacine ?
  4. Quand le tigre de Tasmanie a-t-il disparu ?
  5. Pourquoi l’extinction est-elle passée inaperçue ?
  6. Où en est la résurrection du thylacine ?
  7. Questions courantes

Décryptage

1 237 signalements de thylacine compilés en Tasmanie depuis 1910 ne laissent à l’espèce que 5 % de probabilité de survie, selon l’étude de Barry Brook (Université de Tasmanie, 2023). Selon toute vraisemblance, le tigre de Tasmanie n’est donc plus vivant. Le dernier individu connu est mort le 7 septembre 1936 au zoo de Beaumaris, à Hobart. Dans la nature, la dernière capture confirmée date de 1931.

Le film de 21 secondes tourné en 1935 à Beaumaris montre le dernier tigre de Tasmanie filmé. Depuis, des centaines de témoins assurent en avoir croisé un. En 2023, l’équipe de Barry Brook a mis leurs récits en équation. Une entreprise américaine, Colossal Biosciences, se propose de son côté de refaire l’animal à partir de son ADN.

En bref

  • Une équipe internationale menée par Barry Brook a modélisé une base de 1 237 signalements, dont 429 attribués à des observateurs experts.
  • Il reste 5 % de probabilité qu’une population survive aujourd’hui dans le sud-ouest sauvage de la Tasmanie.
  • Selon la meilleure estimation du chercheur, l’extinction réelle remonte à la fin des années 1980.
  • Colossal Biosciences dit avoir reconstitué le génome à plus de 99,9 % et introduit plus de 300 modifications dans des cellules de dunnart.

Le tigre de Tasmanie est-il encore vivant ?

Le modèle de l’équipe de Barry Brook, publié dans la revue Science of the Total Environment, répond très probablement par la négative. Il laisse une fenêtre étroite, à peu près une chance sur vingt qu’une population subsiste dans les zones reculées du sud-ouest. Barry Brook juge lui-même ce scénario improbable, en s’appuyant sur un argument de terrain.

En quatre ans de suivi, son équipe a accumulé plus d’un demi-million de « nuits-pièges » photographiques à travers l’île. Aucune image ne montre un animal qui ressemble à un thylacine, rapporte Australian Geographic le 16 janvier 2024. Pour un seul appareil, 500 000 nuits représentent environ 1 370 ans de surveillance continue. Un piège photo allumé au milieu du VIIe siècle tournerait encore aujourd’hui.

Barry Brook résume l’argument dans le Smithsonian Magazine : « Le thylacine était un grand prédateur qui couvrait de vastes territoires. Il y a eu assez de caméras sur le terrain, surtout ces dix dernières années, pour dire qu’il n’est tout simplement pas là. » Zéro thylacine en 500 000 nuits-pièges.

Que valent les signalements de thylacine ?

La base réunit 1 237 entrées depuis 1910, dont 99 restes physiques, carcasses et peaux. Tous ces restes sont antérieurs à 1936. Les chercheurs n’ont pas accordé le même poids à chaque témoignage : 429 signalements viennent d’observateurs jugés experts, et 709 autres pèsent moins lourd dans l’analyse.

La période couverte va de 1910 à 2019, soit 110 ans. Cela représente en moyenne 11 signalements par an, presque un par mois pendant plus d’un siècle. Depuis la mort du dernier captif, aucun de ces signalements ne s’accompagne d’une preuve matérielle. Le graphique ci-dessous montre ce déséquilibre entre les récits et les pièces.

Plus d’un millier de témoignages et aucune preuve physique postérieure à 1936 : c’est pour cette raison que le modèle ne laisse que 5 % de chances de survie. Les signalements ne sont pas tous indépendants ni de même fiabilité.
Plus d’un millier de témoignages et aucune preuve physique postérieure à 1936 : c’est pour cette raison que le modèle ne laisse que 5 % de chances de survie. Les signalements ne sont pas tous indépendants ni de même fiabilité.
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Le modèle ne traite pas ces récits comme des preuves. Il s’en sert comme d’indices de présence, plus ou moins fiables, répartis dans le temps et dans l’espace. Ce maillage a permis de cartographier le recul de l’espèce sur l’île. Il désigne le sud-ouest de la Tasmanie comme la région la plus probable pour la dernière sous-population. Un témoignage isolé ne pèse presque rien, mais des centaines de témoignages qui convergent dessinent une carte.

Quand le tigre de Tasmanie a-t-il disparu ?

Plus tard que la date officielle de 1936. Une première analyse place l’extinction entre les années 1940 et les années 1970, dans les quatre décennies qui suivent la dernière capture. En intégrant les signalements les plus tardifs, le modèle autorise une disparition dans les années 1980, voire au début des années 2000.

« S’il fallait deviner, je dirais que l’extinction a eu lieu à la fin des années 1980 », explique Barry Brook à Australian Geographic. Le thylacine aurait donc survécu un demi-siècle à sa disparition officielle, sans que personne ne parvienne à le photographier.

Les effectifs expliquent cette discrétion : avant la colonisation européenne, la population est estimée entre 2 000 et 4 000 animaux. Entre les années 1830 et 1920, au moins 3 500 thylacines ont été tués par des chasseurs. Cela fait près de 40 bêtes par an pendant 90 ans, soit l’équivalent de la population entière.

Le thylacine en chiffres : témoignages, preuves et chasse
DonnéeValeurMoyenne par an
Signalements et restes (1910-2019)1 23711,2
Dont signalements d’experts4293,9
Restes physiques collectés (tous avant 1936)990 après 1936
Nuits de pièges photo (4 ans de suivi)500 000125 000
Thylacines tués par des chasseurs (années 1830-1920)3 500 au moins39
Sources : Brook et al., Science of the Total Environment, 2023 ; Australian Geographic, 16 janvier 2024 ; Smithsonian Magazine, 11 avril 2023. Moyennes annuelles calculées par Actu Alt Plus.

Pourquoi l’extinction est-elle passée inaperçue ?

En 1888, le gouvernement de Tasmanie instaure une prime sur la tête des thylacines. Il la lève en 1909, alors que l’espèce est déjà au bord de l’extinction, rappelle Australian Geographic. La protection intégrale n’arrive qu’en juillet 1936. Le dernier thylacine connu meurt le 7 septembre 1936. Après lui, plus aucun corps n’est collecté : il ne reste que des récits, sans rien à dater ni à analyser.

La chasse reposait sur une peur que la science contredit aujourd’hui. Vera Weisbecker (université Flinders) a mené une étude parue dans Nature Communications. Elle décrit un crâne de la taille de celui d’un loup gris, mais avec un museau long et fin, adapté à des proies de la taille d’un lapin. Accusé d’attaquer les troupeaux, l’animal n’avait sans doute pas la mâchoire pour le faire (présentation de l’étude par Colossal).

Chronologie

  1. Le gouvernement de Tasmanie instaure une prime sur la tête des thylacines.

  2. Fin des primes, avec une espèce déjà au bord de l’extinction.

  3. Dernière capture confirmée d’un thylacine sauvage.

  4. Le thylacine devient une espèce intégralement protégée.

  5. Mort du dernier thylacine captif connu, au zoo de Beaumaris, à Hobart.

  6. Séquençage du génome à partir d’un spécimen vieux de 108 ans.

  7. L’équipe de Barry Brook publie sa modélisation de 1 237 signalements.

  8. Colossal annonce un génome reconstitué à plus de 99,9 %.

Où en est la résurrection du thylacine ?

Le projet de dé-extinction en cours est celui de Colossal Biosciences. Il est mené avec le laboratoire TIGRR de l’université de Melbourne, que dirige Andrew Pask. Tout part d’un génome séquencé en 2018 à partir d’un spécimen vieux de 108 ans, conservé par un musée de l’État de Victoria. Depuis l’étude de 2023, le même animal se lit donc de deux façons : par ses témoins et par son ADN.

Le 17 octobre 2024, Colossal annonçait un génome reconstitué avec une précision estimée à plus de 99,9 %. L’équipe dit avoir introduit plus de 300 modifications génétiques dans une lignée cellulaire de dunnart à queue grasse, le plus proche parent vivant retenu comme espèce hôte. Elle a aussi cultivé des embryons de dunnart dans un dispositif d’utérus artificiel, au-delà de la moitié de la gestation.

Ce travail produirait un dunnart dont une partie des gènes aurait été réécrite pour se rapprocher de ceux du thylacine. Colossal vise un animal presque parfaitement conforme à son ancêtre « dans la prochaine décennie », sans annoncer de date de naissance. Le génome séquencé en 2018 sert de plan. Le corps doit venir d’un autre animal, qui pèse 10 à 20 grammes, contre 16 à 29 kilos pour le thylacine adulte.

Les deux chantiers se rejoignent : l’équipe de Barry Brook continue d’enrichir sa base de signalements, une carte de l’habitat passé qui pourrait servir si un thylacine renaissait un jour. Un prélèvement clé du projet a 110 ans : c’est une tête de thylacine, dont l’équipe de Colossal a pu extraire de l’ARN.

Questions courantes

Le tigre de Tasmanie était-il un félin ?
Non. C’était un grand marsupial carnivore, de 51 à 69 cm de haut pour 16 à 29 kg, au pelage marqué de 15 à 20 rayures sombres du dos à la queue. Les femelles comme les mâles avaient une poche abdominale.

Le thylacine vivait-il seulement en Tasmanie ?
Non. Son aire de répartition couvrait aussi la Nouvelle-Guinée et l’Australie continentale. La Tasmanie a été son dernier territoire.

Le tigre de Tasmanie a-t-il été filmé vivant ?
Oui, une dizaine de films d’animaux vivants sont connus, qui totalisent quelques minutes d’images. Le dernier, long de 21 secondes, a été tourné en 1935 au zoo de Beaumaris et n’a été rendu public qu’en mai 2020.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

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