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Sommaire
Récit
Le poisson que Marc Antoine remonte devant ses invités, à Alexandrie, est déjà salé. Cléopâtre a fait accrocher la salaison à son hameçon par un de ses serviteurs, en représailles d’une triche de pêche qu’elle avait percée la veille. La scène se passe au Ier siècle avant notre ère, et c’est Plutarque qui la raconte.
En bref
- Une quinzaine de cuves de 4 mètres salaient le poisson à Douarnenez aux IIe et IIIe siècles : la denrée de la farce relevait d’un commerce de masse.
- Devant Cléopâtre, Antoine fait plonger ses pêcheurs pour accrocher des prises à sa ligne ; la reine feint d’admirer, puis convie du monde le lendemain.
- Sa riposte se termine par une réplique qui renvoie Antoine à la conquête.
- Plutarque tient ses histoires alexandrines d’un médecin qui les racontait à son grand-père.
La triche, puis la riposte
Plutarque ouvre la scène ainsi, dans la traduction de Bernadotte Perrin : « Il pêchait un jour, sans succès, et il en était contrarié parce que Cléopâtre était là pour le voir. » Le général ordonne alors à ses pêcheurs de plonger et de fixer en douce à son hameçon des poissons déjà pris. Il en remonte deux ou trois. L’épisode tient au chapitre 29 de la Vie d’Antoine.
Cléopâtre voit le manège. Elle feint d’admirer l’adresse de son amant, en parle à ses amis et les invite à venir assister au spectacle le lendemain. Ils viennent nombreux et montent dans les barques de pêche. La reine a pris les devants : un de ses serviteurs nage jusqu’à la ligne et y fixe un poisson salé du Pont. Antoine ferre, et sort une salaison. « Il y eut, naturellement, un grand éclat de rire », écrit Plutarque.
« Imperator, laisse ta canne aux pêcheurs de Pharos et de Canope : ta chasse, c’est celle des cités, des royaumes et des continents. »
Cléopâtre, dans la Vie d’Antoine de Plutarque (traduction Bernadotte Perrin, Loeb Classical Library, 1920)
Le texte ne prête aucune réponse à Antoine.
Et chez nous ?
Des cuves de quatre mètres à Douarnenez
Le poisson accroché par la reine est une marchandise d’import. Dans la traduction Perrin, c’est un « salted Pontic herring », un hareng salé venu de la mer Noire. Polybe range le poisson conservé parmi les denrées que les pays du Pont fournissent en abondance, avec le miel et la cire (Histoires, IV, 38).
Le choix n’est pas neutre : le poisson salé du Pont arrivait en abondance dans le monde grec, loin d’une prise à exhiber. La salaison de poisson a d’ailleurs tourné à l’échelle industrielle en Gaule romaine. À Douarnenez, l’usine gallo-romaine des Plomarc’h produisait du garum dans une quinzaine de cuves profondes de 4 mètres, entre le IIe et le IIIe siècle de notre ère. Le bâtiment central mesurait 30 mètres sur 18, et le dossier « Archéologie du sel » de l’Inrap la donne pour « sans doute la plus importante connue en Europe pour la période gallo-romaine ».
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| Texte | Ce qu’il dit du poisson conservé |
|---|---|
| Plutarque, Vie d’Antoine, 29 | Un hareng salé du Pont, accroché à l’hameçon d’Antoine par un serviteur de Cléopâtre |
| Polybe, Histoires, IV, 38 | Le poisson conservé figure, avec le miel et la cire, parmi les denrées que les pays du Pont fournissent en abondance |
| Inrap, site des Plomarc’h à Douarnenez | Une quinzaine de cuves de 4 mètres de profondeur, dans un bâtiment de 30 mètres sur 18, entre le IIe et le IIIe siècle |
Ce que Plutarque savait de l’Alexandrie d’Antoine
Plutarque écrit en grec, longtemps après les faits, et il dit d’où il tient ses histoires alexandrines. Au chapitre précédent, il nomme Philotas d’Amphissa, un médecin qui « racontait à mon grand-père Lamprias qu’il était à Alexandrie à l’époque, pour ses études ». La chaîne de transmission tient donc en deux maillons avant lui. Aucun informateur n’est nommé pour la scène de pêche.
Une anecdote qui voyage sans sa source dérive vite. L’histoire du « patient zéro » en donne la version moderne : un O de dossier lu comme un chiffre a désigné un homme pendant plus de trente ans, avant que le génome ne l’innocente en 2016. Le texte qui porte le poisson salé, lui, se lit en ligne, chapitre par chapitre.
La canne est restée à Alexandrie. Au chapitre suivant, Antoine quitte la ville « comme un homme tiré du sommeil après une profonde débauche ». Il part contre les Parthes et pousse jusqu’en Phénicie. Une lettre de Fulvia le fait ensuite mettre le cap sur l’Italie, à la tête de deux cents navires.
Questions courantes
Où lire l’épisode du poisson salé dans Plutarque ?
Au chapitre 29 de la Vie d’Antoine. La traduction anglaise de Bernadotte Perrin a paru dans le tome IX de la Loeb Classical Library en 1920, et elle se lit librement en ligne.
Avec qui Marc Antoine passait-il ses journées à Alexandrie ?
Avec une société de convives que Plutarque appelle les Inimitables. Ils se recevaient chaque jour, avec des dépenses d’une profusion incroyable, écrit-il.
Du garum breton partait-il vraiment vers la Méditerranée ?
Oui. Celui des Plomarc’h était acheminé jusqu’en Méditerranée, soit par la voie romaine, soit par voie maritime, selon l’Inrap.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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