Une gélule blanche posée dans une main ouverte, dans une salle de soins aménagée comme un salon

Psilocybine contre la dépression : un effet dès le 2e jour, un avantage qui fond en un an

Une seule prise de la molécule des champignons hallucinogènes soulage vite la dépression. Un essai suédois a suivi les malades un an : l’avance s’étiole.

Sommaire
  1. Que reste-t-il un an après une dose de psilocybine ?
  2. Pourquoi le groupe placebo a-t-il rattrapé son retard ?
  3. Peut-on se fier à ces résultats ?
  4. Psilocybine et dépression en France : que dit la loi ?

Décryptage

Une seule dose de psilocybine a mis 53 % des malades déprimés en rémission en six semaines, contre 6 % sous placebo. L’essai randomisé de l’institut Karolinska de Stockholm, paru le 15 mai 2026 dans JAMA Network Open, portait sur 35 adultes.

Un an après une dose unique de psilocybine, 53 % des patients de l’essai suédois étaient en rémission, contre 41 % sous placebo : un écart que l’essai ne distingue plus du hasard (JAMA Network Open, mai 2026).

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Le site PsyPost les a relayés le 18 octobre 2026. Ces résultats montrent les deux faces de la molécule active des champignons hallucinogènes : un effet rapide, une durée qui reste à prouver.

Le fait

Une dose de 25 mg, encadrée par cinq séances de soutien psychologique, soulage plus vite qu’un placebo actif : dès le deuxième jour selon les questionnaires remplis par les patients, et jusqu’au 102e.

Notre lecture

La vitesse distingue la molécule : l’écart est net au huitième jour, le critère principal de l’essai.

La nuance

Presque tous les participants ont deviné ce qu’ils avaient reçu, ce qui brouille la comparaison avec le placebo.

À surveiller

En France, la molécule reste un stupéfiant réservé aux essais autorisés. Le CHU de Nîmes en pilote un depuis juillet 2026, chez des malades de l’alcool qui souffrent aussi de dépression.

Que reste-t-il un an après une dose de psilocybine ?

L’équipe de Hampus Yngwe et Johan Lundberg a recruté 35 adultes en épisode dépressif récurrent, modéré à sévère. Dix-sept ont reçu 25 mg de psilocybine, dix-huit un placebo. Au huitième jour, le score MADRS avait baissé de 7,3 points de plus sous psilocybine. Déjà 47 % des patients traités étaient en rémission, c’est-à-dire sous la barre de 10 points, contre 12 % dans l’autre groupe.

Le groupe traité n’a ensuite rien perdu : son taux de rémission n’a pas bougé de la sixième semaine à la fin de l’année. Le groupe placebo, lui, est passé de 12 % de rémissions au huitième jour à 41 % à un an.

  • Psilocybine, à 6 semaines 53 %
  • Placebo, à 6 semaines 6 %
  • Psilocybine, à 1 an 53 %
  • Placebo, à 1 an 41 %
En un an, le groupe placebo a presque rejoint le groupe psilocybine, resté stable.

Pourquoi le groupe placebo a-t-il rattrapé son retard ?

La dépression évolue par épisodes, et une partie des malades en sortent d’eux-mêmes. C’est la première explication avancée par les auteurs, qui rappellent ce potentiel de rémission spontanée.

L’essai n’a pas non plus laissé les patients sans soins. Ceux qui restaient déprimés au 42e jour ont été orientés vers un traitement standard. Pendant l’année, 7 participants sur 18 du groupe placebo ont commencé un antidépresseur, contre 6 sur 17 dans le groupe psilocybine. Selon les auteurs, une analyse qui écarte ces patients montre que les antidépresseurs n’expliquent pas la remontée du groupe placebo.

Reste la petite taille de l’essai : dans un groupe de 17, chaque patient pèse près de 6 points de pourcentage, selon notre calcul. L’écart final se résume à deux personnes : 9 rémissions contre 7.

À titre de repère, les auteurs rappellent que les essais contrôlés d’antidépresseurs classiques rapportent 40 à 45 % de rémission chez les patients traités.

Peut-on se fier à ces résultats ?

En partie seulement, car presque tous les participants ont deviné ce qu’ils avaient reçu. L’équipe avait pourtant choisi un placebo dit actif, 100 mg de niacine (vitamine B3). À un an, 94 % des patients sous psilocybine ont identifié leur groupe, comme les 16 patients sous niacine qui ont répondu. Les évaluateurs, censés tout ignorer de l’attribution, ont vu juste dans 82 % et 77 % des cas.

Les auteurs reconnaissent que cette perte d’aveugle a pu peser sur la taille de l’effet mesuré, d’autant que la dépression s’évalue par entretiens et questionnaires. Le recrutement sur les réseaux sociaux a pu aussi introduire un biais lié aux attentes des volontaires : 748 candidats ont répondu à une présélection en ligne et par téléphone, pour 35 places.

Côté tolérance, les effets indésirables ont surtout été passagers : maux de tête, anxiété, hallucinations. Deux patients traités ont toutefois souffert d’une anxiété sévère et durable, qui a demandé une prise en charge médicale.

Le CHU de Nîmes a buté sur le même écueil. Pour son nouvel essai, il a porté la dose donnée au groupe contrôle de 1 à 3 mg de psilocybine, pour que les patients devinent moins facilement leur groupe.

Et chez nous ?

Psilocybine et dépression en France : que dit la loi ?

En France, la psilocybine ne se donne contre la dépression ou les addictions que dans des essais cliniques. Elle figure sur la liste des stupéfiants fixée par l’arrêté du 22 février 1990. Sa détention et son emploi exigent une autorisation expresse de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Le ministère de la Santé l’a rappelé dans une réponse au Journal officiel du 27 mai 2025.

Le public potentiel est large : selon le Baromètre santé 2021 de Santé publique France, 12,5 % des 18-85 ans avaient vécu un épisode dépressif caractérisé dans l’année.

Pour la dépression résistante aux traitements, l’hôpital Sainte-Anne, à Paris, participe depuis juillet 2024 à l’essai international COMP006. La psychiatre Lucie Berkovitch le conduit sur place, a raconté Le Blob, le média d’Universcience. La salle où la molécule est administrée y a été pensée comme « un environnement qui est plus agréable, moins austère, et dans lequel les gens se sentent bien ».

Vidéo : l’essai de Sainte-Anne filmé par Le Blob (YouTube)

Le CHU de Nîmes a mené l’étude pilote PAD entre février et octobre 2024, auprès de 30 patients dépendants à l’alcool et déprimés. À douze semaines, 55 % de ceux qui avaient reçu deux doses de 25 mg étaient abstinents, contre 11 % du groupe contrôle.

Sa suite, l’essai national ERPPAD, a donné sa première dose le 1er juillet 2026. Il s’adresse aux personnes récemment sevrées d’un trouble sévère de l’usage de l’alcool qui gardent des symptômes dépressifs. Celles qui veulent y participer peuvent contacter l’équipe par le formulaire en ligne indiqué dans le communiqué du CHU. Six mois après les deux premières doses, tous les participants se verront proposer une troisième dose de 25 mg.

L’essai ERPPAD doit inclure 172 patients dans huit hôpitaux universitaires, de Brest à Besançon.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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