Des tubes de culture bactérienne alignés sur une paillasse, près de feuilles de stévia et de comprimés d’édulcorant

39 édulcorants testés sur le microbiote intestinal, et un duo avec un antidépresseur qui intrigue

Une étude de Cambridge relativise l’effet des édulcorants seuls sur nos bactéries intestinales et repère, en laboratoire, des associations qui le renforcent ou l’affaiblissent.

Sommaire
  1. Les édulcorants abîment-ils le microbiote intestinal ?
  2. Que change un second composé dans le tube ?
  3. Pourquoi le duo isostéviol-duloxétine intrigue-t-il les chercheurs ?
  4. Faut-il s’inquiéter sous duloxétine ?
  5. Stévia, sucralose, aspartame : que sait-on chez l’humain ?

À l’université de Cambridge, cinq souches de bactéries intestinales sur 25 seulement ont réagi à l’un des 39 édulcorants testés seuls en laboratoire. Associé à la duloxétine, un antidépresseur courant, l’isostéviol en freine en revanche deux réputées utiles, selon l’étude parue en ligne le 25 juin 2026 dans la revue Molecular Systems Biology. Elle est signée par l’équipe de Kiran Patil, à l’unité de toxicologie du Medical Research Council (MRC).

L’isostéviol vient de la stévia : on l’obtient par hydrolyse acide du stévioside, un composé extrait des feuilles de la plante. « Les édulcorants sont souvent vendus comme métaboliquement neutres, mais notre étude remet cette idée en question », résume Sonja Blasche, coautrice principale, dans le communiqué de l’université du 16 juillet 2026.

Les édulcorants abîment-ils le microbiote intestinal ?

Pris seuls, ils agissent rarement. Sur 975 couples édulcorant-bactérie testés en laboratoire à Cambridge pour l’étude parue en juin 2026, 30 seulement montrent un effet confirmé, soit 3 % selon notre calcul. Ces 30 effets impliquent 26 des 39 édulcorants, mais toujours les cinq mêmes souches.

Le résumé de l’étude, repris par le communiqué, annonce pourtant trois quarts d’édulcorants actifs. Le décompte détaillé, après confirmation à cinq doses (de 25 à 400 micromoles par litre), n’en garde que 26. Seul, l’isostéviol freine déjà trois bactéries et en stimule une quatrième, Lactobacillus gasseri.

Que change un second composé dans le tube ?

Il fait passer de cinq à neuf le nombre de bactéries touchées. L’équipe a rejoué le test en associant chaque édulcorant à l’un de quatre composés consommés par des millions de personnes : la caféine, la vanilline, l’advantame (un autre édulcorant) et la duloxétine. Bilan : 102 interactions. Dans 34 cas, l’association renforce l’effet de l’édulcorant ; dans 68, elle l’affaiblit. La saccharine et la vanilline, par exemple, se contrarient sur Bifidobacterium adolescentis.

Associé à la caféine, la vanilline, l’advantame ou la duloxétine, un édulcorant touche neuf souches au lieu de cinq seul, en laboratoire.
Associé à la caféine, la vanilline, l’advantame ou la duloxétine, un édulcorant touche neuf souches au lieu de cinq seul, en laboratoire.
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Pourquoi le duo isostéviol-duloxétine intrigue-t-il les chercheurs ?

Ensemble, à 50 micromoles par litre chacun, les deux molécules freinent bien plus que séparément deux bactéries intestinales. La première, Roseburia intestinalis, décrite en 2002 à partir de selles humaines, produit du butyrate, un acide gras à chaîne courte. Des travaux antérieurs l’ont liée à la régulation du sucre sanguin. La seconde, Parabacteroides merdae, est une habituée des flores en bonne santé. Les analyses de protéines, de métabolites et de gènes pointent un transport de petites molécules perturbé chez ces bactéries.

Dans une communauté artificielle de bactéries intestinales, le duo réduit la diversité des espèces plus nettement que les autres traitements. Le liquide produit par cette communauté devient plus toxique pour des cellules humaines en culture. Il fait aussi baisser la sécrétion de deux messagers de l’inflammation, IL-6 et IL-8, par des cellules intestinales.

Faut-il s’inquiéter sous duloxétine ?

L’étude ne permet pas de le dire : ses criblages initiaux ont été menés à une seule dose, dans un seul milieu de culture, avec quatre composés associés seulement, reconnaissent les auteurs. Autorisée dans l’Union européenne depuis le 17 décembre 2004 sous le nom de Cymbalta, la duloxétine traite la dépression, l’anxiété généralisée et les douleurs nerveuses du diabète. Aux États-Unis, elle a dépassé 18 millions d’ordonnances et 4 millions de patients en 2022 et 2023, selon l’étude.

La notice française de la duloxétine demande de ne pas arrêter le traitement sans avis médical, même en cas d’amélioration. Quand le médecin décide l’arrêt, la dose baisse progressivement, sur au moins deux semaines.

« Notre étude suggère que les édulcorants artificiels ne font pas que traverser le corps passivement : ils peuvent interagir avec les microbes intestinaux […] », estime Kiran Patil, qui a dirigé les travaux. Son équipe juge désormais indispensable de mesurer ces molécules dans l’intestin humain. Dans l’étude de Cambridge, le duo isostéviol-duloxétine n’a été testé qu’en laboratoire, sur des cultures de bactéries et de cellules, sans aucun volontaire.

Stévia, sucralose, aspartame : que sait-on chez l’humain ?

Un essai a bien été mené sur des volontaires, à l’Institut Weizmann des sciences, en Israël. En 2022, l’équipe d’Eran Elinav a donné de la saccharine, du sucralose, de l’aspartame ou de la stévia à des adultes qui n’en consommaient pas. Ils étaient 120, groupes témoins compris, pendant deux semaines (essai publié dans Cell). Les quatre édulcorants ont modifié le microbiote, différemment d’une personne à l’autre. La saccharine et le sucralose ont en plus dégradé la tolérance au glucose.

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) ne trouve aucun bénéfice aux édulcorants intenses sur le poids, la glycémie des diabétiques ou le risque de diabète de type 2. Elle préconise de réduire le goût sucré de l’alimentation dès le plus jeune âge. Depuis le 15 mai 2023, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déconseille les édulcorants pour contrôler son poids, sauf aux personnes déjà diabétiques.

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Article créé en collaboration avec l’IA.

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