
Sommaire
Décryptage
Vous avez peut-être vu passer l’information : deux mantes venues d’Asie viendraient d’être classées espèces exotiques envahissantes en Europe. Sauf que la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union en compte 114, et qu’aucune des deux n’y figure. La base de données de la Commission les enregistre même, aujourd’hui encore, avec la mention « aucun impact ». Le classement dont tout le monde parle n’est pas une décision européenne : c’est la conclusion de quatre chercheurs.
En bref
- Le mot « classées » vient d’une étude, pas de Bruxelles : les deux mantes ne figurent dans aucune des 114 espèces de la liste de l’Union, et la base EASIN de la Commission leur attribue toujours « aucun impact enregistré ».
- Une oothèque d’Hierodula tenuidentata a livré 209 nymphes en moyenne en laboratoire, contre environ 127 pour la mante indigène. Soit 1,6 fois, et non le double relayé partout.
- Les mâles de mante religieuse sont attirés par les femelles Hierodula, qui les dévorent : les auteurs appellent cela une attraction fatale.
- Les deux espèces sont présentes en France. La première a été repérée à Marseille le 1er septembre 2019, par la photo d’un amateur.
Ce que l’étude a réellement mesuré
Le travail est signé de Roberto Battiston, William Di Pietro, Federico Boscato et Antonio Fasano, et il est paru dans le Journal of Orthoptera Research le 9 février 2026. Notez la date : c’est son communiqué, rediffusé le 11 juillet, qui a fait le tour des rédactions cinq mois plus tard.
Les chercheurs ont d’abord compté. En incubant des oothèques, ces coques d’œufs brunes et spongieuses de 2 à 3 centimètres, ils ont vu éclore 3 133 individus, soit une moyenne de 209 nymphes par oothèque, avec un minimum de 101 et un maximum de 304.

C’est là que la comparaison devient intéressante. Le chiffre de référence pour notre mante religieuse indigène, Mantis religiosa, est d’environ 127 nymphes par oothèque, et il vient d’une série d’expériences de 1991.

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209 contre 127, cela fait 1,6 fois plus, pas deux fois plus. Les auteurs sont d’ailleurs les premiers à poser la limite : les essais de 1991 n’ont pas été menés en milieu contrôlé et portaient sur 227 oothèques, un échantillon bien plus large que le leur. Le « deux fois plus prolifique » qui circule est un arrondi de communiqué.
L’autre ressort est plus discret : les jeunes nymphes s’entredévorent peu. Sur trois semaines d’expérience, neuf spécimens seulement ont été cannibalisés. Une mante qui ne mange pas ses frères et sœurs, c’est une population qui décolle.
L’attraction fatale
Le mécanisme le plus troublant n’est pas alimentaire, il est sexuel. Placés dans une arène de test, les mâles de Mantis religiosa se dirigent vers les femelles Hierodula, tentent de s’accoupler, et se font manger.
Cinquante tests ont été conduits, sur trois créneaux horaires couvrant le jour et la nuit, chaque spécimen participant à dix d’entre eux. Les auteurs nomment cela une « fatal attraction » et y voient une interférence reproductive : chaque mâle égaré est un accouplement de moins pour l’espèce indigène.
Pour le reste, les Hierodula sont des généralistes. Elles mangent large, des abeilles domestiques aux petits vertébrés, dont le lézard des murailles (Podarcis muralis) et la rainette Hyla perrini, deux espèces protégées par la législation européenne.
Une pression de plus sur des pollinisateurs déjà fragilisés par ailleurs : nous racontions il y a peu comment un pesticide interdit en France dérègle les gènes de la reproduction du bourdon. Les mantes, elles, ne dérèglent rien : elles mangent.
Classées par qui, exactement ?
Répondons franchement : par les auteurs de l’étude, et par personne d’autre. Leur conclusion applique les critères de l’UICN aux impacts qu’ils ont mesurés, et confirme sur cette base le statut d’espèce exotique envahissante. C’est une qualification scientifique, pas un acte juridique.
Le circuit européen est tout autre. La liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union, établie par le règlement 1143/2014, compte aujourd’hui 114 espèces, dont 65 animales et 49 végétales. Sa quatrième mise à jour est entrée en vigueur le 7 août 2025. Pour y entrer, il faut une évaluation des risques, l’avis du Forum scientifique, puis celui du comité des États membres.
Nous avons donc interrogé la base EASIN, le catalogue des espèces exotiques tenu par le Centre commun de recherche de la Commission. Verdict pour les deux mantes : préoccupation pour l’Union, non. Impact enregistré, non.
| Espèce | 1re introduction dans l’UE | Pays européens de présence | Présente en France | Liste de l’Union |
|---|---|---|---|---|
| Hierodula patellifera | Italie, 2015 | 4 | Oui | Non |
| Hierodula tenuidentata | Italie, 2016 | 13 | Oui | Non |
Ce décalage n’a rien d’un scandale, il a un nom : le temps administratif. Mais il change ce que vous pouvez en attendre. Tant qu’une espèce n’est pas sur la liste de l’Union, aucune obligation de détection précoce, d’éradication rapide ou de gestion ne pèse sur la France. Le classement de février n’a, à ce jour, déclenché aucun dispositif.
Le chat, prédateur numéro un ? Regardez le dénominateur
C’est le détail qui a fait les titres : le chat domestique serait le premier prédateur de ces mantes, avec 45 % des cas. Le chiffre existe. Il ne dit pas cela.
Dans l’étude, 45 % est la part des mammifères parmi 31 interactions positives recensées, c’est-à-dire 31 cas où un animal s’en est pris à une Hierodula. Quatorze de ces 31 cas impliquent un mammifère, et le seul mammifère nommé par les auteurs est effectivement le chat domestique.
Trente et un cas. Sur plus de 2 300 signalements. Et l’étude désigne un tout autre champion : le frelon européen, Vespa crabro, principal prédateur insecte des Hierodula, nymphes comme adultes. S’y ajoutent les punaises diaboliques qui percent les oothèques au rostre, les loriots, les chevêches, les pics épeiches et les mésanges bleues qui décrochent les coques d’œufs pour les manger.
Et en France, qui les a vues en premier ?
Un amateur. Le 1er septembre 2019, la photo d’une mante inconnue est mise en ligne depuis Marseille via l’application INPN Espèces, puis discutée sur le forum insecte.org. De ce fil est né un article du Biodiversity Data Journal, publié le 7 janvier 2020, qui documente la première mention d’Hierodula patellifera en France et établit qu’elle y était installée depuis 2013 au moins.
La science participative a donc bien vu avant les institutions, mais pas dans l’étude de février. Les 2 393 signalements analysés par Battiston et son équipe viennent tous du projet italien « Mantidi Aliene » et couvrent l’Italie, de juin 2020 à décembre 2024. Les mots-clés cherchés étaient italiens : « gatto », « mantide », « predazione ».

Si vous en croisez une cet été, le geste utile tient en deux temps. Photographiez, signalez sur une plateforme de science participative, et n’arrachez surtout pas une oothèque repérée sur une branche nue en hiver sans avis d’un spécialiste : rien ne ressemble plus à une coque d’Hierodula que celle de notre mante indigène.
Méthode : impacts mesurés en laboratoire et par science participative en Italie uniquement (2 393 signalements, juin 2020 à décembre 2024), publiés le 9 février 2026 dans le Journal of Orthoptera Research. Statut réglementaire relevé le 17 juillet 2026 dans la base EASIN de la Commission européenne. Limites : la comparaison de prolificité oppose un essai contrôlé de 2026 à des données de 1991 non contrôlées ; les 31 interactions positives sont un effectif trop faible pour hiérarchiser des prédateurs ; aucune donnée d’abondance française n’est publiée.
Questions courantes
Ces mantes sont-elles officiellement classées envahissantes en Europe ?
Non. Le classement vient d’une étude parue le 9 février 2026, qui applique les critères de l’UICN. La base EASIN de la Commission européenne les enregistre toujours hors de la liste de l’Union et sans impact enregistré.
Sont-elles présentes en France ?
Oui, les deux. La base de la Commission recense Hierodula patellifera dans 4 pays européens dont la France, et Hierodula tenuidentata dans 13, France comprise.
Mangent-elles vraiment des lézards et des grenouilles ?
Oui, et c’est documenté par photo. Les signalements citoyens analysés par l’étude incluent la prédation du lézard des murailles et de la rainette Hyla perrini, deux espèces protégées par la législation européenne.
Menacent-elles notre mante religieuse ?
L’étude décrit un mécanisme précis : les mâles de Mantis religiosa sont attirés par les femelles Hierodula et se font dévorer au lieu de s’accoupler. Cinquante tests de comportement ont été conduits, mais aucun suivi de population indigène n’a mesuré l’effet réel.
Le chat est-il leur premier prédateur ?
Non, pas selon l’étude. Les mammifères représentent 45 % de 31 interactions positives recensées, soit 14 cas, et le chat est le seul mammifère nommé. Les auteurs désignent le frelon européen comme principal prédateur.
Que faire si j’en trouve une dans mon jardin ?
Photographiez-la et signalez-la sur une plateforme de science participative. C’est exactement ainsi que l’espèce a été détectée en France, à partir d’une photo mise en ligne depuis Marseille le 1er septembre 2019.
Faut-il détruire les coques d’œufs ?
Pas sans avis d’un spécialiste. Les oothèques, brunes et spongieuses, mesurent 2 à 3 centimètres et deviennent visibles sur les branches nues en hiver, mais celles de notre mante indigène leur ressemblent beaucoup.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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