Un félin élancé aux longues pattes se tient dans une rivière arctique peu profonde, un saumon argenté entre les mâchoires.

Le « guépard américain » n’était pas un guépard : un cousin du puma qui pêchait le saumon au Yukon

Un siècle de manuels a fait de Miracinonyx trumani le guépard des prairies nord-américaines. Son génome, publié le 4 septembre dans Current Biology, en fait une espèce sœur du puma qui pêchait le saumon 20 degrés de latitude plus au nord que prévu.

On l’appelait le guépard américain depuis plus d’un siècle. Sauf que son génome, tiré de fossiles de 23 000 à 31 000 ans et publié le 4 septembre dans Current Biology, en fait une espèce sœur du puma qui pêchait le saumon jusqu’au Yukon arctique.

Miracinonyx trumani avait pourtant tout du guépard : museau court, pattes longues, silhouette de coureur. Environ 70 kilos, 90 centimètres au garrot, 2,5 mètres jusqu’au bout de la queue. Deux lignées éloignées ont fabriqué chacune de leur côté la même carrosserie de sprinteur, ce qu’on appelle une convergence évolutive. Aucun ancêtre commun récent là-dedans : l’ADN nucléaire, séquencé par le laboratoire de paléogénomique de l’université de Californie à Santa Cruz, range le félin à côté du puma actuel, dont il s’est séparé il y a environ 2,6 millions d’années.

Le pronghorn courait devant quelqu’un d’autre

Premier renversement. Depuis des décennies, l’espèce sert d’explication à la vitesse de l’antilope d’Amérique, le pronghorn, qui tient des allures qu’aucun prédateur vivant ne justifie. L’hypothèse dite des « fantômes des prédateurs passés » voulait que cette pointe soit une défense coévoluée face à un poursuivant de type guépard. Le génome retire le guépard de l’équation. Il ne retire pas la course : il oblige à redemander devant qui le pronghorn a appris à courir.

En attendant que les manuels suivent, l’animal continue de circuler en ligne sous son ancien costume, sprinteur des prairies et rien d’autre. Cette présentation du musée Hutchings, mise en ligne avant l’étude, le raconte encore comme tel.

Vidéo : American Cheetahs of the Ice Age (Hutchings Museum)

2 200 kilomètres plus au nord que prévu

Les fossiles de Miracinonyx trumani exhumés au Yukon repoussent l’aire connue de l’espèce de 20 degrés de latitude vers le nord, soit environ 2 200 kilomètres : plus de deux fois la France du nord au sud (Current Biology, 4 septembre 2026). Un degré de latitude vaut 111 kilomètres. « Cette espèce de carnivore a une aire immense, de l’Arctique jusqu’aux quarante-huit États contigus », résume Matthew Wooller, de l’université d’Alaska Fairbanks, cité dans la reprise de l’étude.

Les isotopes stables prélevés dans les os donnent le menu, et il change avec la latitude. Au Wyoming et en Floride, un prédateur généraliste des prairies tempérées. Au Yukon, un consommateur de bout de chaîne alimentaire, spécialisé dans les poissons qui remontent les rivières pour frayer : le saumon. « Ces chats étaient remarquablement flexibles, un peu comme les pumas le sont aujourd’hui sur toute leur aire », observe Molly Cassatt-Johnstone, doctorante au laboratoire de paléogénomique et première autrice de l’étude.

Deux populations, deux vies : ce que les fossiles de Miracinonyx trumani disent du régime selon la latitude (Current Biology et UC Santa Cruz, 4 septembre 2026).
PopulationMilieuRégime reconstituéSignature isotopique
Wyoming et FloridePrairies tempéréesPrédateur terrestre généralisteProfil de chasseur terrestre
Yukon arctiqueArctique, 20 degrés de latitude plus au nordPoissons anadromes, dont le saumonAzote environ 6 ‰ plus élevé

Le contraste tient dans une signature chimique : l’azote des os du Yukon sort à environ six pour mille au-dessus de celui du spécimen du Wyoming, écart détaillé par Sci.News, exactement ce que produit un régime de poisson.

Le même félin élancé traverse seul une prairie sèche au crépuscule, silhouette de profil dans les hautes herbes.
Au Wyoming et en Floride, la même espèce chassait en prédateur généraliste des prairies tempérées.

Ce que la nuit polaire a laissé dans ses gènes

Vivre au-dessus du cercle polaire, c’est un été sans nuit et un hiver sans jour. L’équipe a trouvé des mutations qui désactivent certains gènes réglant l’horloge interne, celle qui cale le sommeil et la chasse sur l’alternance jour/nuit : les rythmes circadiens. Elle y lit une adaptation aux cycles lumineux extrêmes des hautes latitudes.

Autre trouvaille, plus étrange : Miracinonyx et toutes les lignées de félins échantillonnées dans l’étude n’ont pas de version fonctionnelle du gène codant le récepteur du goût acide. On savait les chats insensibles au sucré. C’est, selon Santa Cruz, « le premier cas recensé chez les félidés » d’inactivation de gènes de perception des saveurs acides.

La mécanique a déjà servi ailleurs : AAP racontait le 2 août comment deux ancêtres fantômes avaient été retrouvés dans l’ADN humain, dont un à 0,5-1 % du génome, sans le moindre os pour les annoncer. Ici, le même outil retire un guépard d’un continent.

Le génome documente aussi la sortie de scène, et elle ne ressemble pas à un effondrement. Aucun signe d’hybridation avec une lignée voisine, mais une diversité génétique restée basse du Pléistocène ancien au Pléistocène récent.

La fin, elle, a pris son temps. Miracinonyx « a persisté très longtemps sans les signes de consanguinité qu’on attendrait avant un effondrement », note Beth Shapiro, professeure d’écologie et de biologie évolutive à Santa Cruz. « Le déclin a été lent, pas soudain, et c’est peut-être ce qui l’a laissé incapable de s’adapter quand le climat a basculé. »

Votre réaction :

Article créé en collaboration avec l’IA.

Les plus lus

  1. 1Taratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusionTaratata 600 : la date d’enregistrement et celle de diffusion
  2. 2Résultat du Super Loto du 18 septembre : 13 millions gagnésRésultat du Super Loto du 18 septembre : 13 millions gagnés
  3. 3Steam Frame, 72 heures pour acheter après le tirage au sortSteam Frame, 72 heures pour acheter après le tirage au sort
  4. 4Nouveau félin : le tilcayo, premier chat décrit depuis un siècleNouveau félin : le tilcayo, premier chat décrit depuis un siècle
  5. 5Résultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembreRésultats des évaluations nationales 2026, dès le 21 septembre

Nos dossiers

Recevez notre sélection dans votre boîte mail

Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

Avatar illustré de Élise, voix éditoriale d'Actu Alt Plus
Elise

« Élise » est la voix éditoriale d’Actu Alt Plus pour Nature, Science & Planète : le vivant, le climat et les découvertes scientifiques, expliqués simplement et sans jargon.

Articles: 363