
Sommaire
Publié le 25 juin 2026 · Mis à jour le 4 juillet 2026 à 14h05
Plus de 18 000 kilomètres. C’est la distance qu’une seule gazelle de Mongolie a parcourue en cinq ans, mesurée heure par heure grâce à un collier GPS, soit presque la moitié du tour de la Terre à l’équateur. Le chiffre, publié dans la revue scientifique Ecology par une équipe du centre Senckenberg et de la Wildlife Conservation Society, raconte autre chose qu’un record : une errance sans saison, imprévisible, là où nous croyions connaître par coeur les grandes migrations animales.
En bref
- Une femelle de gazelle de Mongolie a couvert plus de 18 000 km en cinq ans, soit environ la moitié de la circonférence terrestre (Senckenberg).
- Ses déplacements ne suivent aucun rythme saisonnier, contrairement au gnou ou au cerf-mulet : c’est une errance nomade.
- La population de l’espèce est estimée à 2,14 millions de têtes, dont 99 % en Mongolie (recensement 2024).
- Le suivi a duré jusqu’en août 2019, date à laquelle le collier a signalé la mort de l’animal.
Cinq ans de GPS, un demi-tour de planète
L’histoire commence en octobre 2014. Des chercheurs équipent quinze gazelles de Mongolie, de leur nom latin Procapra gutturosa, de colliers GPS à recharge solaire. La plupart des balises s’éteignent vite. Une seule tient cinq ans, le temps de suivre presque toute la vie d’une femelle. Le total, calculé à partir des positions relevées chaque heure, dépasse les 18 000 km. Pour donner une idée : la circonférence de la Terre à l’équateur avoisine les 40 000 km, et le Tour de France 2024 affichait 3 492 km au compteur. Cette gazelle a donc avalé l’équivalent de plus de cinq Tours de France, à pied, sur la seule steppe orientale de Mongolie, qu’elle a traversée du nord au sud à plusieurs reprises.
Le récit, reconstitué par les scientifiques, se lit comme un carnet de route. En novembre 2015, l’animal part vers le nord sans raison apparente, franchit deux grands fleuves gelés et atteint la frontière russe après 900 km. Au printemps, retour vers le sud, où elle peine à retraverser les rivières Ulz et Kherlen redevenues furieuses avec le dégel. Elle ne refait jamais le même chemin. Ce genre d’exploit du vivant, comme celui de Jonathan, record animal, ne se laisse mesurer qu’à coups de patience.

Détail qui touche : au printemps 2017, elle revient exactement à l’endroit où elle avait été capturée trois ans plus tôt, et à la même période de l’année. Puis elle repart. Le collier transmettra sa mort en août 2019.
Pourquoi cette gazelle n’a pas de saison
C’est là que l’étude bouscule nos repères. Les grandes migrations que nous connaissons, celle du gnou dans le Serengeti ou du cerf-mulet aux États-Unis, obéissent à un calendrier : on part, on revient, on retrouve chaque année les mêmes zones de mise bas et d’hivernage. La gazelle de Mongolie, elle, ne rentre jamais au même endroit. Elle visite certaines régions une seule fois, d’autres plusieurs fois, de façon irrégulière et imprévisible, comme l’explique l’auteure principale, la chercheuse Nandintsetseg Dejid.
La raison tient à la steppe elle-même. Les ressources y sont dispersées et changeantes : la neige tombe ici et pas là, l’herbe pousse au gré d’une pluie capricieuse. Plutôt que de suivre un itinéraire fixe, l’animal lit le paysage en temps réel et va là où il y a de quoi manger. Une intelligence du déplacement, en somme, qui ressemble moins à une migration qu’à un nomadisme permanent. Les collines qui restent déneigées certains hivers deviennent alors des refuges vitaux, des îlots de survie quand le reste de la plaine se couvre de glace.
Les graphiques ci-dessous remettent les 18 000 km de la gazelle à l’échelle de repères familiers.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
L’écart parle de lui-même : ce que nous prenons pour un exploit isolé pourrait être un comportement répandu. Les chercheurs n’ont suivi qu’un seul animal sur une si longue période, mais ils estiment que ces longues distances ne sont pas une exception, puisque ces gazelles se rassemblent parfois en très grands troupeaux.
2,14 millions de têtes, des rails qui coupent la steppe
Car la championne de la marche n’est pas seule. Un recensement publié en 2024 dans la revue Oryx chiffre la population à environ 2,14 millions d’individus, dont 99 % vivent en Mongolie. C’est l’un des plus grands troupeaux d’ongulés de plaine encore debout sur la planète, à la manière du plus grand groupe d’orques observé au large de l’Angleterre, et le dernier grand système nomade terrestre de cette ampleur.
Sauf qu’il se fragmente. Le développement du pays multiplie les infrastructures linéaires, et de nouvelles voies ferrées menacent de découper la steppe ouverte en morceaux. Si ces lignes sont clôturées sans passages à faune suffisants, préviennent les chercheurs, la population pourrait s’effondrer. Pour mesurer ce que représente un rail face à un troupeau lancé, une image vaut mieux qu’un long discours.
En France, le sujet n’est pas si lointain. Nos infrastructures fragmentent aussi les corridors du cerf et du chevreuil, et les passages à grande faune au-dessus des autoroutes répondent à la même logique : laisser la vie circuler. À grande échelle, protéger un animal nomade revient d’abord à ne pas couper son horizon.

Reste une question ouverte : comment ces gazelles s’orientent-elles, et se transmettent-elles l’information ? Tant que nous l’ignorons, chaque collier qui tient cinq ans de plus est une chance.
Questions courantes
Combien de kilomètres a parcourus cette gazelle ?
Plus de 18 000 km en cinq ans, mesurés heure par heure par collier GPS, soit environ la moitié de la circonférence de la Terre.
Est-ce une migration comme celle des gnous ?
Non. Contrairement au gnou ou au cerf-mulet, la gazelle de Mongolie ne suit aucun rythme saisonnier et ne revient pas chaque année aux mêmes lieux : c’est une errance nomade.
Combien reste-t-il de gazelles de Mongolie ?
Environ 2,14 millions d’individus selon un recensement de 2024, dont 99 % en Mongolie, ce qui en fait l’un des plus grands troupeaux d’ongulés de plaine au monde.
Qu’est-ce qui menace l’espèce ?
La fragmentation de la steppe par les nouvelles voies ferrées et clôtures, qui risquent de couper les déplacements si les passages à faune sont insuffisants.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Grève easyJet : un préavis sans aucune date, et une loi qui ne prévient les passagers que 24 heures avant - 2
L’Odyssée de Nolan en IMAX 70 mm : la seule salle de France est à Montpellier - 3
Musées gratuits le premier dimanche du mois : la règle et les pièges - 4
Conseillers numériques : le budget passe de 40 à 14 millions d’euros, et les démarches bloquent toujours - 5
600e de Taratata : ce que France 2 a rediffusé jeudi soir avait été tourné dix mois plus tôt
Nos dossiers
- France486
- Santé208
- Science207
- Prévention195
- Culture184
- Consommation178
- Biodiversité171
- IA149
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

