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On a tous appris pourquoi une abeille ouvrière renonce à se reproduire pour servir sa reine : ses sœurs partagent 75 % de ses gènes, sauf que cette belle mécanique vient de se heurter à 69 000 espèces d’insectes. Dans une étude publiée le 3 août 2026 dans Current Biology, Sachin Suresh et Timothy Linksvayer, de l’Arizona State University, montrent que l’haplodiploïdie, le système génétique des fourmis, des abeilles et des guêpes, ne prédit pas à elle seule l’apparition des sociétés d’insectes.
La corrélation qui fondait ce chapitre du manuel existe bel et bien, mais elle provient presque entièrement d’une seule branche de l’évolution : les hyménoptères aculéates, autrement dit les guêpes, abeilles et fourmis équipées d’un aiguillon. Partout ailleurs dans l’arbre des insectes, les espèces haplodiploïdes ne basculent pas vers la vie en société plus souvent que les autres.
Ce que le manuel raconte depuis soixante ans
Le raisonnement enseigné en SVT tient en trois lignes. Chez les hyménoptères, les mâles naissent d’œufs non fécondés et ne portent qu’un exemplaire de chaque chromosome, quand les femelles en portent deux. Conséquence arithmétique : deux sœurs partagent en moyenne 75 % de leurs gènes, contre 50 % entre une mère et sa fille. Aider sa mère à produire des sœurs rapporterait donc génétiquement davantage que d’élever ses propres petits. Formulée dans les années 1960 dans le sillage des travaux de William Hamilton sur la sélection de parentèle, cette hypothèse haplodiploïde est devenue l’explication standard de l’eusocialité, cette organisation extrême où la reproduction est réservée à quelques individus, où les générations cohabitent et où le couvain est élevé collectivement. Des générations d’élèves en ont retenu la formule : les abeilles sont sœurs à 75 %. Le débat a environ soixante ans, rappelle ScienceDaily, qui relaie le communiqué de l’université.
Une seule branche portait presque toute la preuve
L’équipe a cartographié le comportement social et le système génétique de près de 69 000 espèces sur deux des plus grands arbres phylogénétiques construits au niveau de l’espèce : 68 886 espèces pour le premier, près de 49 000 pour le second, précise le manuscrit des auteurs, librement accessible. Sur l’ensemble des données, le taux de passage à l’eusocialité apparaît effectivement bien plus élevé chez les haplodiploïdes. Mais dès que l’on met de côté les aculéates, le signal s’effondre : hors de cette lignée, haplodiploïdes et diploïdes franchissent le pas à des taux comparables. Il n’existe pas de véritable association entre le système de détermination génétique et l’eusocialité, résume Suresh, cité par SciTechDaily : l’environnement et les traits biologiques propres à chaque groupe pèsent davantage.

Le décompte des naissances de l’eusocialité raconte la même histoire, et il mérite d’être posé noir sur blanc.
| Groupe d’insectes | Origines indépendantes de l’eusocialité |
|---|---|
| Haplodiploïdes | 17 |
| Diploïdes | 9 |
Dix-sept origines contre neuf : l’écart est réel, mais l’essentiel des origines haplodiploïdes se concentre chez les seuls aculéates. Trop mince, concluent les auteurs, pour porter une loi générale liant un système génétique à la vie en société.
Ce qui reste vrai
Les sœurs à 75 % ne disparaissent pas du manuel : l’arithmétique reste exacte, et la sélection de parentèle demeure un cadre central pour penser la coopération animale. Ce qui tombe, c’est le raccourci qui faisait d’un système génétique le déclencheur des sociétés d’insectes. Les neuf origines diploïdes suffisaient déjà à semer le doute ; la comparaison à l’échelle de 69 000 espèces le transforme en constat. Pour expliquer pourquoi les aculéates, eux, ont inventé l’eusocialité à répétition, l’étude oriente vers leurs traits particuliers : l’aiguillon et les comportements de nidification, combinés aux conditions de l’environnement.
La limite vaut d’être dite : une analyse comparative, aussi vaste soit-elle, dépend de la qualité des données de socialité renseignées espèce par espèce, et elle ne clôt pas à elle seule un débat sexagénaire. Elle déplace la charge de la preuve : ce sera désormais aux défenseurs de l’hypothèse haplodiploïde de montrer ce que les 69 000 espèces auraient manqué. En attendant, les insectes sociaux continuent d’alimenter nos pages, des nuées de fourmis volantes qui traversent nos étés à cette fourmi de l’ambre vieille de 40 millions d’années passée au synchrotron. Le manuel, lui, gagnera une leçon plus précieuse qu’une jolie fraction : une explication élégante n’est pas une explication suffisante.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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