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Sommaire
Récit
3 coléoptères perdus d’un seul coup, à en croire sa lettre : Charles Darwin vient de glisser l’un d’eux dans sa bouche. L’étudiant de Cambridge avait les deux mains pleines quand il a vu le troisième sous l’écorce. L’histoire est vraie, et il la raconte deux fois : dans une lettre du 17 octobre 1846, puis dans son autobiographie.
L’insecte convoité s’appelle Panagaeus cruxmajor, le Grand Croix. Le coléoptère que Charles Darwin a perdu vers 1828 à Cambridge, un Grand Croix de 7,4 à 8,8 millimètres, figure aujourd’hui parmi les insectes protégés en Île-de-France. La version qui circule se trompe pourtant sur un point : l’insecte qui lui a brûlé la langue n’était pas celui-là.
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En bref
- Vers 1828 à Cambridge, Charles Darwin glisse un coléoptère dans sa bouche pour libérer une main.
- L’insecte projette un liquide acide : dans sa lettre de 1846, Darwin repart sans aucune prise.
- Ses deux récits de l’épisode ne comptent pas les mêmes pertes.
- Le Grand Croix est classé « Vulnerable » au Livre rouge britannique.
Sous l’écorce, deux carabes dans les mains
Le détail du récit tient dans une lettre à Leonard Jenyns, naturaliste et pasteur, datée du 17 octobre 1846, près de vingt ans après les faits. Darwin y situe la scène sur une berge de la Cam, sous un morceau d’écorce soulevé. Dessous, deux carabes, qu’il saisit un dans chaque main. Puis le Grand Croix apparaît. Deux mains, trois coléoptères.
« Si bien que, désespéré, je saisis doucement l’un des carabes entre mes dents ; alors, à mon dégoût et à ma douleur indicibles, la petite bête inconsidérée projeta son acide dans ma gorge, et je perdis les carabes comme le Panagæus ! »
Charles Darwin, naturaliste, lettre à Leonard Jenyns du 17 octobre 1846 (traduit de l’anglais)
L’animal qui l’a arrosé n’est pas identifié : Darwin note « two carabi (I forget which) », il a oublié lesquels. La notice du spécimen conservé par le Hampshire Cultural Trust y lit un bombardier. Le Grand Croix, lui, n’a jamais atteint la boîte.
Deux récits, deux comptes
La scène revient dans son autobiographie restaurée, et la version a bougé. Aucune espèce n’y est nommée : il y a « deux coléoptères rares » et « un troisième, d’une sorte nouvelle ».
| Élément du récit | Lettre à Leonard Jenyns (17 octobre 1846) | Autobiographie (édition Nora Barlow, 1958, p. 62-63) |
|---|---|---|
| Coléoptères en jeu | 3 | 3 |
| Espèces nommées | « two carabi » et « Panagæus crux major » | aucune |
| Insecte mis en bouche | l’un des deux carabes, saisi « entre mes dents » | celui de la main droite |
| Effet décrit | « squirted his acid down my throat » | « intensely acrid fluid, which burnt my tongue » |
| Spécimens perdus | 3 : « I lost both Carabi & Panagæus ! » | 2 : celui recraché et le troisième |
L’écart tient à une prise : la lettre liquide les trois spécimens, l’autobiographie laisse Darwin avec celui de sa main gauche. Seule la lettre nomme le Grand Croix, et seule elle précise que l’acide venait d’un carabe.
Le Grand Croix tient dans un grain de riz
Noir, velu, long de 7,4 à 8,8 millimètres : la fiche de l’espèce tenue par le réseau britannique de recensement des coléoptères donne les mesures. Soit la longueur d’un grain de riz. Deux taches rouges transversales barrent chaque élytre, et l’ensemble dessine une croix noire sur fond rouge. D’où le nom. L’insecte chasse la nuit et passe le jour sous un morceau de bois, près d’une eau dormante ou lente.
La même fiche le classe « Vulnerable » au Livre rouge et l’inscrit parmi les espèces du plan d’action britannique pour la biodiversité. Pour un étudiant de 1828, c’était une pièce de choix : « the pretty Panagæus crux-major was a treasure in those days », écrit Darwin. Il en reverra un proche bien plus tard, à Down : un coléoptère traversant une allée de son jardin, ramassé, et qui diffère « légèrement » de P. crux-major.
Un collectionneur de 1828 travaillait à l’œil et à l’épingle. La biologie actuelle descend au génome : huit espèces de murins ont livré en 2026 le secret de leur longévité. Le Grand Croix se trouve toujours là où Darwin le cherchait, sous un morceau de bois, près de l’eau.
En France, un protégé d’Île-de-France
L’Inventaire national du patrimoine naturel connaît l’espèce sous le nom de Grand Croix et la donne présente en France métropolitaine. Elle y porte deux statuts : espèce déterminante ZNIEFF, et inscription sur la liste des insectes protégés en région Île-de-France. Le même inventaire lui réserve une dernière ligne : son introduction est interdite à La Réunion.
Vrai ou faux ?
C’est le Grand Croix, le coléoptère rare, qui a projeté son acide dans la gorge de Darwin.
Faux. L’acide vient de l’un des deux carabes qu’il tenait déjà. Le Grand Croix n’a jamais été attrapé.
Les deux récits de Darwin ne perdent pas le même nombre de coléoptères.
Vrai. La lettre en perd trois, l’autobiographie deux.
Le Grand Croix mesure moins d’un centimètre.
Vrai. De 7,4 à 8,8 millimètres.
Questions courantes
Où trouve-t-on encore le Grand Croix au Royaume-Uni ?
Local en Angleterre, selon le réseau britannique de recensement des coléoptères : l’espèce remonte au nord jusqu’au Lincolnshire, avec des stations dans le sud du pays de Galles et le sud de l’Irlande. Elle se tient dans la litière, les fens bien végétalisés et les dépressions dunaires.
Darwin était-il le seul naturaliste à s’être fait avoir ?
Non. Les notes de l’édition de sa lettre renvoient à un épisode semblable décrit par Leonard Jenyns, son destinataire, dans un texte paru la même année, en 1846.
Comment s’écrit aujourd’hui le nom de l’espèce ?
Darwin écrit « Panagæus crux major », en deux mots. Le nom accepté est Panagaeus cruxmajor (Linnaeus, 1758), famille des Carabidae, sous-famille des Harpalinae. En français, le Grand Croix.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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