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165 millions d’années séparent cette forêt de vos oreilles, et vous pouvez pourtant l’écouter, sauf que ce n’est pas un enregistrement. Le chant de neuf espèces d’insectes du Jurassique chinois a été reconstitué à partir de vingt ailes fossiles par une équipe internationale, dans une étude publiée par PNAS le 25 août 2026. Ce qui sort des haut-parleurs est un calcul, pas une capture.
La vidéo diffusée par Science X met bout à bout les timbres obtenus, espèce après espèce.
Une aile fossile porte sa propre fréquence
Le son vient d’un frottement. Chez les ensifères, le sous-ordre qui réunit grillons, sauterelles et leurs parents disparus, une aile porte une rangée de dents minuscules et l’autre un racloir qui court dessus ; la membrane mince qui vibre derrière fait office de haut-parleur. Le nombre de dents, leur espacement et la surface qui vibre commandent la hauteur du son, et ces trois grandeurs se lisent encore sur une aile bien conservée.
L’équipe a travaillé sur vingt fossiles d’ensifères répartis en neuf espèces, sept prophalangopsidés et deux haglidés, tous tirés de la formation de Jiulongshan, en Mongolie-Intérieure, rapporte Sci.News. Elle a mesuré au vibromètre laser à effet Doppler la façon dont vibrent les ailes d’insectes actuels, simulé numériquement la vibration des ailes fossiles, puis calé le tout sur les liens de parenté entre espèces et sur un modèle d’apprentissage automatique.
Sur les neuf espèces d’insectes du Jurassique dont le chant a été reconstitué, huit émettaient autour de 5 kilohertz, dans la bande que perçoit l’oreille humaine, selon l’étude publiée le 25 août 2026 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. Des sons purs, tenus sur une seule fréquence, écrivent les auteurs. Huit sur neuf, soit 89 % des espèces reconstituées : cette forêt-là restait, pour l’essentiel, à portée d’oreille.
| Ce qui a été reconstitué | Fréquence | À portée de l’oreille humaine |
|---|---|---|
| Huit des neuf espèces du Jurassique | environ 5 kHz | oui |
| Sigmaboilus peregrinus, Jurassique | plus de 20 kHz (20 à 22) | non |
| Prophalangopsis obscura, spécimen de musée | environ 5 kHz | oui |
| Plafond de l’audition humaine | 20 kHz | référence |
Le tableau situe chaque valeur par rapport au plafond de notre audition, qui tombe autour de 20 kilohertz.
Une espèce chantait au-dessus de nos oreilles
Sigmaboilus peregrinus fait exception. Sa fréquence reconstituée dépasse 20 kilohertz, entre 20 et 22 d’après Smithsonian Magazine, soit juste au-delà de ce que l’oreille humaine capte. Cette valeur déplace une hypothèse installée, celle d’une fuite vers l’ultrason déclenchée par la chasse des chauves-souris : les auteurs rejettent l’idée que les chauves-souris aient été le seul moteur de l’évolution de l’ultrason chez ces insectes, puisque celui de Mongolie-Intérieure leur est très antérieur. L’étude oriente le regard vers les mammifères primitifs et leurs parents, déjà en mesure d’entendre haut.

Ce que la pierre donne, ce que le modèle ajoute
Le fossile livre une géométrie, pas un son. Ce qui est mesuré tient dans la pierre : le compte des dents, leur espacement, la surface de membrane qui vibrait. Le reste sort d’un modèle calibré sur des insectes vivants, qui prédit à quelle fréquence cette géométrie-là aurait vibré. Smithsonian Magazine parle d’un paysage sonore « simulé », et le mot est juste : personne n’a capté ce chant, la piste audio est une prédiction rendue audible.
La méthode a déjà servi sur du matériel bien plus récent. En 2022, une équipe avait reconstitué par vibrométrie laser le chant de Prophalangopsis obscura, à partir d’un spécimen conservé depuis cent cinquante ans au Natural History Museum de Londres : environ 5 kilohertz, indiquait l’université de Lincoln. Deux des signataires de ce travail se retrouvent sur l’étude jurassique.
Les cousines actuelles de ces fossiles chantent chaque été dans les friches françaises : les sauterelles vertes de la famille des tettigoniidés relèvent du même sous-ordre que les insectes de Jiulongshan. Actu Alt Plus a raconté ce que nos gènes gardent des insectes mangés par nos ancêtres.
« Le monde du Jurassique était acoustiquement bien plus riche et bien plus divers qu’on ne le pensait », résume Thorin Jonsson, bioacousticien et coauteur de l’étude, dans Smithsonian Magazine.
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Article créé en collaboration avec l’IA.
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