![]()
Sommaire
Décryptage
On a lu partout que la vie serait née deux fois sur Terre, sauf que la publication citée ne dit pas tout à fait cela. Le 7 août 2026, dix-sept chercheurs signent dans Science Advances une reconstitution des tout premiers pas du métabolisme. Leur résumé tient en une phrase : le métabolisme enzymatique de l’ancêtre commun universel était incomplet, et il s’est achevé séparément dans les lignées qui mènent aux bactéries et aux archées. Une seule origine pour le code génétique. Deux achèvements pour la machinerie chimique. Nous avons croisé le résumé publié et les déclarations des auteurs pour montrer où passe la frontière entre ce qu’ils revendiquent et ce que les titres leur font dire.
En bref
- L’étude paraît dans Science Advances le 7 août 2026 (vol. 12, n° 32, DOI 10.1126/sciadv.aef3128), sous le titre « Intermediate stages in the origin of metabolism at a phosphorylating hydrothermal vent ».
- Le résumé signé par les auteurs écrit que le métabolisme enzymatique de l’ancêtre commun universel « était incomplet, son assemblage final s’étant fait indépendamment dans les lignées menant aux bactéries et aux archées ». Il n’y écrit jamais « deux origines de la vie ».
- La formule qui circule (« une origine du code génétique, mais deux origines de la vie ») est une phrase prononcée par le dernier auteur, William F. Martin, dans le communiqué de son université, et sa première moitié dit « une seule origine » du code.
- Sur les 420 réactions du réseau métabolique reconstitué, LUCA ne possédait les enzymes que d’environ la moitié : le reste était catalysé par les métaux natifs de son milieu, fer, cobalt, nickel et palladium.
- Les auteurs affichent une confiance élevée (« les nouvelles données ne laissent qu’une seule conclusion ») tout en rappelant dans leur résumé que les études empiriques manquent sur cette période.
- Un cosignataire travaille en France : Quentin Dherbassy, université de Strasbourg, CNRS, institut ISIS.
La phrase que les auteurs signent, et celle qu’ils prononcent
Il faut séparer deux textes, parce qu’ils ne disent pas la même chose. Le premier est le résumé de l’article, relu par les pairs. Il énonce ceci, mot pour mot : « We show that enzymatic metabolism in the universal common ancestor was incomplete, undergoing final assembly independently in the lineages leading to bacteria and archaea. » Traduction : nous montrons que le métabolisme enzymatique de l’ancêtre commun universel était incomplet, son assemblage final s’étant fait indépendamment dans les lignées menant aux bactéries et aux archées. On cherchera en vain, dans ce résumé, l’expression « deux origines de la vie ». Ce qui y est revendiqué tient dans un assemblage terminé deux fois, chez deux lignées déjà issues d’un même ancêtre.
Le second texte est le communiqué de l’université Heinrich Heine de Düsseldorf, où William F. Martin, dernier auteur, commente son propre travail : « The new data leave only one conclusion. The bacterial and archaeal lineages made the transition to the free-living state independently. Only free-living cells are alive. Let’s call it by name: we are looking at one origin of the genetic code, but two origins of life. » La formule existe donc bien, mais elle est prononcée, pas publiée, et elle commence par « une origine du code génétique ». Les titres qui retiennent « la vie est née deux fois » coupent la phrase en son milieu.
La méthode : faire parler la forme des enzymes
L’équipe n’a pas exhumé de fossile. Elle a pris le réseau des réactions qui fabriquent les acides aminés, les nucléotides et les cofacteurs, puis elle a regardé, réaction par réaction, quelle enzyme la catalyse chez les bactéries et chez les archées. Le critère retenu porte sur la structure des protéines, plus lente à s’effacer que la séquence des gènes. Quand les deux domaines du vivant emploient, pour la même réaction, des enzymes de formes différentes, l’hypothèse la plus économique est qu’aucune des deux n’était présente chez l’ancêtre : chaque lignée a bricolé la sienne après la séparation.
Le tri suppose de remettre ces réactions dans l’ordre où elles ont pu apparaître. C’est le rôle du mathématicien Mike Steel, cosignataire : « La première question est de savoir s’il existe un ordre unique pour ces réactions. Une fois prouvé qu’il en existe un, l’algorithme pour les ordonner est devenu traitable. » S’ajoute un volet expérimental, mené avec un institut français, l’ISIS de l’université de Strasbourg et du CNRS : en faisant réagir du phosphite avec des composés organiques, l’équipe obtient dans l’eau, en une nuit, des réactions de phosphorylation du métabolisme. Manon Schlikker le résume ainsi : « Le phosphite et le palladium remplacent l’ATP et les enzymes. »

Ce que veut dire « LUCA dépendait de son environnement »
La formule est répétée partout sans être détaillée. Elle a pourtant un contenu chiffré. Le réseau métabolique reconstitué compte 420 réactions. Selon William F. Martin, « le dernier ancêtre universel de toutes les cellules, LUCA, possédait des enzymes pour seulement la moitié environ des réactions du métabolisme. L’autre moitié était catalysée par des métaux dans l’environnement où LUCA est apparu ». Autrement dit, LUCA n’était pas une cellule autonome : la moitié de sa chimie était rendue par la roche autour de lui, dans un système hydrothermal où le fer, le cobalt, le nickel et le palladium existent à l’état natif, et où le phosphite fournit l’énergie. Le graphique ci-dessous partage les 420 réactions selon cette moitié annoncée.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
Les deux moitiés sont égales en nombre et différentes en nature : la seconde regroupe des réactions que la cellule ne contrôlait pas. Un organisme qui ne peut fabriquer la moitié de ses briques hors d’un site géologique précis n’est pas libre de son milieu. C’est la définition retenue par les auteurs pour dire que LUCA n’avait pas franchi le seuil de l’état libre, et c’est aussi ce qui rend possible la suite de leur raisonnement : ce seuil, il restait à le franchir, et il l’a été deux fois.
Ce que l’étude ne revendique pas
Le tableau ci-dessous met face à face les formulations qui circulent et celles du texte, avec l’endroit exact où chacune se trouve. La distinction n’est pas cosmétique : selon la ligne retenue, on parle d’une seconde apparition du vivant à partir de la chimie inerte, ou d’une seconde mise au point d’une machinerie chez des lignées déjà apparentées.
| Ce qu’on lit dans les reprises | Ce que disent les auteurs | Où c’est écrit |
|---|---|---|
| « La vie est née deux fois » | « Une origine du code génétique, mais deux origines de la vie » | Phrase prononcée par William F. Martin, communiqué ; absente du résumé |
| Deux apparitions du vivant à partir de la chimie | Le métabolisme enzymatique de l’ancêtre commun était incomplet et son assemblage final s’est fait indépendamment dans les deux lignées | Résumé de l’article, Science Advances |
| Deux codes génétiques distincts | Un seul code génétique, hérité d’un ancêtre commun aux deux lignées | Première moitié de la phrase de William F. Martin |
| LUCA était la première cellule libre | LUCA disposait d’enzymes pour environ la moitié des 420 réactions ; l’autre moitié revenait aux métaux du milieu | Communiqué et résumé de l’article |
| Une reconstitution purement théorique | Le phosphite et les métaux natifs produisent en laboratoire, dans l’eau, des réactions de phosphorylation du métabolisme | Résumé de l’article, Science Advances |
Reste une nuance que les auteurs assument : si l’on définit la vie par la cellule libre, alors deux franchissements de seuil font bien deux origines. C’est un choix de définition, énoncé comme tel par Martin (« seules les cellules libres sont vivantes »), et non un résultat de laboratoire. Le débat porte donc moins sur les enzymes comptées que sur le mot « vivant ». Une cellule synthétique assemblée pièce par pièce pose la même question de seuil, par l’autre bout.
Le degré de confiance affiché par les auteurs
Il est élevé, et formulé sans précaution. « Les nouvelles données ne laissent qu’une seule conclusion », déclare Martin dans le communiqué de son université, avant d’ajouter « appelons cela par son nom » pour introduire la formule des deux origines. Le résumé lui-même emploie le verbe le plus affirmatif de la langue scientifique, « we show », nous montrons, quand une hypothèse prudente aurait donné « we suggest ». La confiance porte sur le résultat comparatif : les enzymes ne sont pas conservées de part et d’autre de la séparation entre bactéries et archées.
La même publication pose pourtant sa limite quelques lignes plus haut : « les études empiriques sur l’évolution métabolique précoce font défaut ». On raisonne sur des protéines actuelles pour remonter quatre milliards d’années, sans témoin direct. La conclusion est solide au sens où elle découle de la comparaison, provisoire au sens où l’arbre du vivant se redessine à chaque nouvelle méthode. Ce mode de lecture vaut pour toute origine reconstituée, y compris quand elle concerne des cellules bien plus récentes.

Une fois la formule remise en entier, il reste un ancêtre incapable de vivre hors de sa cheminée hydrothermale et deux descendances qui ont terminé le travail chacune de leur côté. Le détail des réactions est repris par ScienceDaily et par SciTechDaily, et le texte intégral reste la référence à lire dans Science Advances.
Questions courantes
L’étude dit-elle que la vie est apparue deux fois à partir de rien ?
Non. Le résumé publié indique que le métabolisme enzymatique de l’ancêtre commun universel était incomplet et que son assemblage final s’est fait indépendamment chez les bactéries et chez les archées. Il s’agit d’un ancêtre unique, déjà porteur du code génétique, dont deux descendances ont achevé séparément la machinerie chimique.
D’où vient alors la phrase « deux origines de la vie » ?
Elle est prononcée par le dernier auteur, William F. Martin, dans le communiqué de l’université Heinrich Heine de Düsseldorf. Sa formulation complète est « une origine du code génétique, mais deux origines de la vie ». La première moitié affirme donc une origine unique, et elle disparaît dans la plupart des titres.
Que signifie « LUCA dépendait de son environnement » ?
Que la moitié de sa chimie ne se faisait pas dans la cellule. Sur les 420 réactions du réseau métabolique reconstitué, l’ancêtre commun possédait des enzymes pour environ la moitié seulement ; l’autre moitié était catalysée par des métaux natifs présents dans le milieu hydrothermal, fer, cobalt, nickel et palladium.
Comment remonte-t-on à l’origine d’une enzyme ?
En comparant les structures des protéines plutôt que les séquences de gènes, qui s’effacent plus vite. Quand bactéries et archées catalysent la même réaction avec des enzymes de formes différentes, les auteurs en déduisent que l’ancêtre commun n’en possédait aucune des deux et que chaque lignée a développé la sienne après la séparation.
Quel est le degré de confiance des auteurs ?
Élevé sur le constat comparatif : le résumé emploie « nous montrons » et William F. Martin déclare que les nouvelles données ne laissent qu’une seule conclusion. Les auteurs rappellent toutefois dans le même résumé que les études empiriques manquent sur l’évolution métabolique précoce, puisque le raisonnement part de protéines actuelles pour remonter quatre milliards d’années.
Y a-t-il une équipe française associée ?
Oui. Parmi les dix-sept cosignataires figure Quentin Dherbassy, rattaché à l’université de Strasbourg, au CNRS et à l’institut ISIS. Le volet expérimental porte notamment sur les réactions de phosphorylation obtenues avec du phosphite et des métaux natifs dans l’eau.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
Trois confédérations pèsent 136 voix à la FIFA, les statuts en réclament 159 - 2
Vos vieux papiers de famille : ce que l’OCR sait lire en 2026 - 3
Aucune loi n’interdit de vendre une énergisante à un ado de 14 ans en France - 4
Observer le Soleil sans danger, et ce que valent vos lunettes - 5
Non, la Caf n’envoie pas de SMS pour vos coordonnées bancaires
Nos dossiers
- France500
- Science229
- Santé213
- IA213
- Prévention211
- Culture196
- Consommation187
- Biodiversité180
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

