
Sommaire
Panorama
28 % du territoire hexagonal a retrouvé un ciel presque noir en 2023, contre 9 % dix ans plus tôt : sur le papier, la nuit regagne du terrain en France. Sauf que le territoire ne se compte pas en habitants, et que la même mesure officielle, rapportée à la population, raconte l’histoire inverse.
Le service statistique du ministère de la Transition écologique a publié le 10 octobre 2025 son état des lieux de la pollution lumineuse. Voici ce que son chiffre phare mesure exactement, d’où vient l’amélioration, ce que la réglementation impose réellement, et ce que le pourcentage devient quand on le divise par les personnes plutôt que par les kilomètres carrés.
En bref
- 72 % de la surface de la France hexagonale reste exposée à un niveau élevé de pollution lumineuse en cœur de nuit en 2023, contre 91 % en 2014.
- La donnée vient du capteur satellite VIIRS-DNB (500 mètres de résolution), convertie en luminance du ciel au zénith : le seuil du « niveau élevé » est 21,5 magnitude par seconde d’arc au carré.
- Notre calcul : au moins 96 % des habitants, soit plus de 63 millions de personnes, vivent sous un ciel classé impacté.
- 35 % des communes de l’Hexagone éteignent totalement leur éclairage public en cœur de nuit en 2025, mais seulement 23 % des villes de plus de 40 000 habitants.
- Cinq réserves internationales de ciel étoilé sont labellisées en France, la dernière dans le Vercors en 2023.
Ce que mesure vraiment le chiffre de 72 %
Le chiffre ne sort pas de mesures au sol. Il vient de l’espace : le capteur VIIRS-DNB, embarqué sur les satellites Suomi-NPP, NOAA-20 et NOAA-21, enregistre chaque nuit la lumière qui s’échappe vers le haut, avec une résolution d’environ 500 mètres par pixel. Ces radiances brutes passent ensuite dans un modèle de diffusion atmosphérique, le logiciel Otus, qui reconstitue la luminance du ciel au zénith en conditions de ciel clair moyen. L’unité est celle des astronomes : la magnitude par seconde d’arc au carré, ou mag/arcsec2, une échelle inversée où plus le nombre est grand, plus le ciel est sombre.
Le rapport méthodologique de l’indicateur national découpe cette échelle en trois classes : ciel fortement impacté à 21,0 mag/arcsec2 ou moins, ciel impacté entre 21,0 et 21,5, ciel peu impacté au-delà de 21,5. Le fameux « 72 % » n’est donc ni une surface sous un halo visible à l’œil nu, ni un seuil d’éclairement au sol : c’est la part du territoire dont le ciel, au zénith, en plein cœur de nuit, est modélisé sous la barre des 21,5. Le détail par classe, lui, est rarement repris.
| Classe de ciel | Luminance au zénith (mag/arcsec2) | Part du territoire hexagonal |
|---|---|---|
| Fortement impacté | 21,0 ou moins | 13,9 % |
| Impacté | de 21,0 à 21,5 | 57,7 % |
| Peu impacté | plus de 21,5 | 28,4 % |
| Total « niveau élevé » (classes 1 et 2) | 21,5 ou moins | 71,6 %, arrondi à 72 % |
Deux limites accompagnent la donnée, et elles comptent : le modèle ne descend pas sous 500 mètres, inutile donc de l’invoquer pour juger un lampadaire de rue, et il décrit le cœur de nuit. Sur les extrémités de nuit, ces heures où chauves-souris, insectes et rapaces nocturnes sont les plus actifs, la part de l’Hexagone au niveau élevé remonte à 80 %.
91 % en 2014, 72 % en 2023 : ce qui a bougé
En 2023, 72 % de la surface de la France hexagonale reste exposée à un niveau élevé de pollution lumineuse en cœur de nuit, contre 91 % en 2014, selon l’état des lieux du SDES publié le 10 octobre 2025. Une précision de vocabulaire s’impose : le ministère écrit « une baisse de 19 % », alors que l’écart entre 91 % et 72 % est de 19 points, ce qui correspond à environ 21 % en valeur relative. Le fait reste solide, la formulation prête à confusion.
Trois moteurs expliquent ce recul. La réglementation d’abord, avec l’arrêté de 2018 puis son complément de 2022. La crise de l’énergie ensuite, qui a poussé les collectivités à couper. Les communes enfin : le Cerema a analysé les images satellite de 19 262 communes entre 2014 et 2024 et recense environ 12 000 communes en extinction totale, 3 500 en extinction partielle ou en rénovation lourde, et 131 revenues en arrière.
Le SDES chiffre la même pratique autrement : en 2025, 35 % des communes de l’Hexagone éteignent totalement leur éclairage public en cœur de nuit. Le détail est plus parlant que le total. Plus de la moitié des communes de 1 000 à 5 000 habitants ont franchi le pas, contre 23 % des villes de plus de 40 000 habitants. Autrement dit, la France qui éteint est celle où vivent le moins de gens. Si vous comptez guetter les étoiles filantes cette semaine, notre taux réel par heure vaut aussi pour cela : le ciel de votre commune pèse plus lourd que le calendrier.

Le territoire dit une chose, la population en dit une autre
Aucune publication officielle ne convertit ce pourcentage de surface en pourcentage d’habitants. Nous l’avons fait, avec une méthode volontairement favorable au ciel préservé. Point de départ : 28,4 % du territoire hexagonal est classé peu impacté en 2023, et ce territoire épargné est forcément le moins habité. Selon la grille de densité de l’Insee, les communes très peu denses couvrent 29,3 % de la superficie métropolitaine et abritent 3,6 % de la population.
Supposons donc, hypothèse la plus généreuse possible, que la totalité des 28,4 % épargnés se situe dans ces communes très peu denses. Le calcul tient en une ligne : 3,6 % multiplié par 28,4 / 29,3 donne au plus 3,5 % de la population. Conséquence : au moins 96,5 % des habitants de l’Hexagone, soit plus de 63 millions de personnes sur environ 65,8 millions, dorment sous un ciel classé impacté. Même en doublant arbitrairement la part épargnée pour absorber l’imprécision, on resterait au-dessus de 93 %.
La bascule ci-dessous reprend la même donnée officielle et change simplement de dénominateur.
Compté en kilomètres carrés, le ciel noir gagne du terrain : 28 % de l’Hexagone en 2023 contre 9 % en 2014.

Reprendre ce graphique
Réutilisez ce graphique librement sur votre site, en citant Actu Alt Plus. Copiez le code ci-dessous :
Compté en habitants, le même progrès se réduit à une frange : au mieux un Français sur 29.

Cette bascule n’annule pas l’amélioration, elle la situe. La nuit revient d’abord là où il n’y a presque personne pour la regarder, et les villes, qui concentrent la population, sont aussi celles qui éteignent le moins.
L’arrêté de 2018 : ce qu’il impose, qui le contrôle
Le texte de référence est l’arrêté du 27 décembre 2018 relatif à la prévention, à la réduction et à la limitation des nuisances lumineuses. Il fixe des horaires : vitrines de commerces éteintes au plus tard à 1 heure du matin ou une heure après la fin de l’activité, façades de bâtiments non résidentiels éteintes au plus tard à 1 heure, parcs de stationnement au plus tard deux heures après la fin de l’activité, chantiers une heure après. Il fixe aussi des règles techniques : température de couleur plafonnée à 3 000 kelvins en règle générale, 2 400 kelvins dans les réserves naturelles, les parcs nationaux hors agglomération et autour des sites astronomiques, et proportion de lumière émise au-dessus de l’horizontale inférieure à 1 % en valeur nominale.
Point souvent mal compris : l’éclairage public de voirie n’est soumis à aucune obligation nationale d’extinction nocturne. Les 35 % de communes qui coupent le font par décision locale. Côté contrôle, la police administrative revient au maire pour les installations qui ne sont pas communales, et à l’État pour les installations communales, avec une amende pouvant atteindre 750 euros par installation irrégulière. Les prescriptions techniques s’appliquent aux installations existantes depuis le 28 décembre 2023. Nous n’avons pas trouvé de bilan national chiffré de ces contrôles : à ce jour, la mesure satellitaire reste le seul suivi national de l’effet du texte.
Où le ciel reste noir
Cinq territoires français sont labellisés réserve internationale de ciel étoilé par DarkSky International : le Pic du Midi en 2013, le parc national des Cévennes en 2018, Alpes Azur Mercantour en 2019, le parc naturel régional de Millevaches en 2021 et le Vercors en 2023, ce dernier couvrant 1 600 kilomètres carrés dont 245 de zone cœur. Le label suppose un inventaire de l’éclairage, un programme de rénovation et un suivi de la qualité du ciel dans la durée.
L’outre-mer sort du cadre hexagonal et étale les extrêmes. La Guadeloupe, la Martinique et Mayotte dépassent chacune 98 % de surface exposée à un niveau élevé, La Réunion atteint 85 %, tandis que la Guyane reste à 2 % grâce à la forêt amazonienne. Les effets ne sont pas seulement esthétiques : la lumière artificielle nocturne est identifiée comme la deuxième cause de disparition des insectes après les pesticides, et ses conséquences se lisent jusque sous l’eau, comme le rappelle notre article sur les poissons de récif.

Questions courantes
Le chiffre de 72 % désigne-t-il la surface couverte par un halo visible ?
Non. Il désigne la part du territoire hexagonal dont la luminance du ciel au zénith, modélisée en cœur de nuit à partir des images satellite VIIRS, reste égale ou inférieure à 21,5 magnitude par seconde d’arc au carré. C’est une mesure de brillance du ciel, pas une carte des halos vus depuis le sol.
La pollution lumineuse recule-t-elle vraiment en France ?
Oui, en surface : 91 % du territoire hexagonal était exposé à un niveau élevé en 2014, contre 72 % en 2023, soit 19 points de moins en dix ans. Mais le recul se concentre dans les communes peu peuplées, si bien que la quasi-totalité de la population reste sous un ciel classé impacté.
L’arrêté de 2018 oblige-t-il les communes à éteindre l’éclairage public la nuit ?
Non. Il encadre les vitrines, les façades de bâtiments non résidentiels, les parkings, les chantiers et les mises en lumière, avec des horaires d’extinction et des règles techniques comme une température de couleur limitée à 3 000 kelvins. L’extinction de l’éclairage public de voirie relève d’une décision du maire, pas d’une obligation nationale.
Où trouver un ciel encore sombre en France ?
Cinq réserves internationales de ciel étoilé sont labellisées : Pic du Midi en 2013, Cévennes en 2018, Alpes Azur Mercantour en 2019, Millevaches en 2021 et Vercors en 2023. En outre-mer, la Guyane affiche 2 % seulement de sa surface exposée à un niveau élevé, grâce à la couverture forestière.
Votre réaction :
Article créé en collaboration avec l’IA.
Les plus lus
- 1
8 337 spectateurs par match : la Ligue 2 rouvre les stades treize jours avant la Ligue 1 - 2
2 millions d’acres brûlés : l’Oregon bat son record d’incendies avec deux mois de saison à venir - 3
36 792 à 19 694 : Hollywood ne tourne presque plus à Los Angeles - 4
600 euros, ETA, quotas : votre guide pour voyager sans mauvaise surprise - 5
88 km seule devant : le pari fou de Haugset qui rafle le jaune
Nos dossiers
- France496
- Santé211
- Science207
- Prévention201
- IA199
- Culture185
- Consommation181
- Biodiversité177
Recevez notre sélection dans votre boîte mail
Le meilleur d’Actu Alt Plus : décryptages, chiffres et panoramas. Désinscription en 1 clic, zéro spam.

